‹ La néerlande et la vie hollandaiseChapitre 34 sur 68 · UA . LA NEERLANDE · texte numérisé non relu

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leurs affections, leurs mœurs, leur foyer domestique. Parvenue au lieu de destination, la tourbe est déchargée par des porlefaîs ou par les hommes du bateau, quelquefois même par les femmes. C'est une scène intéressante; il est curiçux de voir comme les carreaux de tourbe sont rangés avec ordre dans ces magasins flottants. Cette construction ressemble à celle d'une Raison recouverte d'un toit angulaire. Deux hommes emplissent dans le bateau des corbeilles qu'ils passent à deux autres hommes et à deux fortes femmes debout sur le quai. Les tourbes sont alors versées dans une mesure en bois. Cette tonne contient ordinairement de 36 il 37pièces de tourbe pesante pour les fabriques, de 48 k 50 tourbes légères ou bleues, enfin 80 tourbes d'une qualité inférieure. Le nombre dépend de la manière dont on jette les morceaux; mais.malgré les soins les plus scrupuleux il y a généralement un tiers de la- tonne qui n'est pas rempli. Les tourbes sont alors chaînées dans des charrettes à bras d'une forme lourde et ^ngulière. C'est un souvenir de la domination étrangère. La tradition veut que des charrettes de même forme, plus grandes et tirées par des chevaux, aient apporté en Hollande les munitions de guerre des Espagnols, tl est permis' de réparer cet antique matérial, mais non de construire de nouveaux chariots sur le même modèle.

La corporation des porteurs de tourbe constitue dans les villes une classe à part; elle a un oommissaire, des règlements et des privilèges. Dans les cérémonies publi-

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ques et aux grandes fêtes nationales, les porteurs de tourbe forment entre eux des mascarades qui ne manquent pas de caractère. Il leur est défendu, sous peine d'une amende de trois flonns^ de fumer pendant qu'ils chargent ou déchargent les bateaux. L'extraction, le transport, la vente de la tourbe donnent naissance, on le voit, à un personnel nombreux et tout particulier. Quelquefois les plus lourds itateaux, dont le bord ne dépassait presque pas le niveau du canal, se trouvent vides en deux journées et sumagenl. Une vieille femme prépare dans le cabinet le café et les aliments qui doivent réparer les fatif^s de ces pauvres gens. Les bateliers sont vêtus de courtes blouses de toile, et par les temps de pluie, d'une étoffe jaune, huileuse, imperméable, que les Anglais appellent oil skin. Quand les tourbes sont déchargées, on fait la toilette du bateau, car, pareils aux cavaliers qui ne prennent point de repos avant d'avoir soigné leur cheval, les bateliers ne se couchent point qu'ils n'aient lavé, à renfort de grand seaux d'eau, les flancs de leur colossale monture.

La qualité des tourbes varie singulièrement. 11 y en a de plus ou moins riches en matières ligneuses, de poreuses et de compactes, de lourdes et de légères. Ces variétés répondent à différents usages industriels et domestiques. Les ménagères hollandaises reconnaissent tout de suite à la couleur et à la forme les propriétés de ce combustible.'li existe une espèce de tourbe qui convient pour la cuiâne, une autre pour les foyers, une

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troisième pour les fabriques. En général, on préfère le •produit des tourbières basses h celui des tourbières hautes. Les boulangers cuisent leur pain avec des glèbes peu denses qui prennent aisément feu. La tourbe sert à alimenter les fours à chaux, les brasseries, les distilleries, les fabriques d'buile, les tuileries. De Zwol à Amhem, nous avons compté soixante-dix briqueteries d'où sortent des briques par millions et qui sont chaufiées aux dépens de cette terre consacrée à Vesta. La consoftimation de la tourbe destinée aux fabriques a grandement augmenté dans les Pays-Bas depuis ces dix-Huit dernières années; elle s'est accrue de 12,000,000 de tonnes. La consommation de lahouille s'est élevée en même temps d'un million et demi d'hectolitres, d'où il résulte que le progrès de l'intïustrie des tourbes a été de cinquante fois plus actif que celuîde l'industrie des houilleB. Il convient maintenant d'établir le rapport calorifique entre les deux combustibles. La bouille gagne moitié sur la tourbe ; mais » deux quintaux de tourbe produisent le jnéme effet dans un foyer qu'un quintal de bouille, la tourbe coûte, toutes proportions gardées, beaucoup moins cber que te charbon de terre. Il y aur^t donc économie h se servir du combustible né sur le sol de la Hollande. On peut d'ailleurs voir dans l'usage de la tourbe plus qu'une raison d'économie; on peut y découvrir pour les Pays-Bas une question de haute politique. Par l'emploi de la houille et du coke, les fabriques, les chemins de fer, la navigation, les assèchements de la

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ET LA VIS HOLLANDAISB. Ul

.Néerlande deviennent dépendants de l'étranger. La. tourbe' est, au contraire, un élément d'indépendance nationale : les Hollandes devaient donc chercher les moyens d'alimenter la vapcjir, c'est-k-^lire le mouvement, avec le combustible que leur a donné la nature. . Le volume que présente la tourbe a été jusqu'ici DU obstacle à l'emploi de cette matière dans les grands travaux et les services publics. La tourbe occupe trois OU quatre fois plus d'espace que la bouille. On a cherché k vaincre cet obstacle par des moyens plus ou moins ingénieux. Des établissements se sont fondés pour comprimer la tourbe. Trente mille kilos de sub* stance tourbeuse de^ hautes tourbières peuvent se réduire par la condensatîoa à cinq mille kilos'. On a été plus loin, on a transformé la tourbe ainsi comprimée en charbon, l'aivifflté un de ces établissements oii par voie de suffocation, dans de grands fours.en maçonnerie, on fabriquait une nouvelle e^tèce de coke. L'^pect d e ces morceaux de tourbe carbonisée était vraiment celui du combustible minéral dont ils avaient la couleur. Avec deux mille kilos de tourbe condensée, Qp obtient mille kilos de coke. Ces essais industriels sont trèscurieux à titre d'expérience ; mais jusqu'ici 4es bénéfices ont été problématiques (1). La tourbe, quoique

(I ) Au nombre dea eesais 1«dI^ pour douer de propriétés arliflclellea le coniiiaitlble donné par la nature, Il ne faut pas oublier la combinaleon ^e la tourbe avec te cbarbon de terre. On a fabriqué aln»l des mottes Inflammables qui out une certaine valeur Indue-

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1S9 LA NÉEItLANDE

maniée et remaniée par l'industrie de l'hoaiiije, n'a pu lutter encore avec la houille sur le terrain du mouvement par la vapeur. Le steamer sur lequel je traversai ■ le Zuyderzée, de Zwol à Aitistet^elain, était cependant alimenté par la tourbe ordinaire, /''observais en silence la prodigieuse quantité de matière que le chauffeur remuait avec la pelle et jetait dans la fournaise. Le bateau marchait bien ; mais je ne tardai point à me convùncre que ce combustible, à raison de l'espace qu'il occupe, est impropre à la navigation de long cours.

Si la tourbe ne peut point soutenir la concurrence avec la houille pour le mouvement des machines, cette terre susceptible de prendre feu a été pendant des siècles l'unique ou presque l'unique moyen de chauffage des trois quarts de la population hollandaise. Le charbon de tourbe a même donné naissance à l'habitude toute nationale du cbauffe-pied. Pendant l'hiver, les femmes, dans leurs appartements et même au temple, durant le sermon, ont sous leur robe une chaufferette alimentée avec de la tourbe. )e fus frappé de voir h Leyde, dans une des salles qui ^ennent à la grande église, trois ou quatre cents stoven destinés au service du dimanche. Cette habitude domestique n'est point irréprochable au point de vue de l'hygiène; on J'accuse

trielle; mais tout rartderhommene saurait douer la maiière d'une puissance calorifique qu'elle n'a pas. L'alliance des corps élrongers apporte une force auxiliaire ."i la tourbe, elle ne la (ransforme nul-

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de ternir le teint des femmes les plus fraîches et encore jeunes. L'odeur de la tourbe porte à là t^te. Ce combustible dégage une forte vapeur de soufre qui, dans certaines localités, plombe le visage humain et donne aux habitants la p&leur des spectres. Quand la carbonisation de la tourbe n'aurait pour résultat que de lui ôter cette odeur désagréable et malfaisante, on devrait encourager un traitement artificiel qui remédie aux inconunodités du foyer.

Le principe économique des Hollandais est d'utiliser fout ce qu'ils ontsous la main ; c'est ainsi qu'ilsontmisà contribution les cendres, la suie et la fumée de la tourbe. Ces cendres fertilisent certaines (erres. Quelques parties de la Néerlande se reprochent même d'avoir trop méconnu les propriétés fécondantes de cet engrais, et d'avoir abandonné aux Flandres un des principes les plus riches de la culture. La suie de tourbe sert dans les ménages à nettoyer les instruments de fer ou d'étain. On emploie la fumée à préparer les viandes salées et ces millions de harengs que les pécheurs de la côte attirent dans leurs fllets. La tourbe n'a pas seulement été utilisée comme moyen de chauffage ; elle se prête à différents usages industriels. La substance tourbeuse pourrait être appliquée à l'éclairage au gaz ; elle fournit une base à la fabrication du papier, de l'encre, du vernis et du noir animal, surtout pour les raffineries (1). Dans certaines provinces maré-

(l)CinqparlieB(lechiirhoii de tourbe sont égales à quatre parlies

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ISi LA NËERLANDB

cageiises, la tourbe sert b jeter les fondements des maisons. On pose les briques et les autres ouvrages de maçonnerie sur une première construction de morceaux de terre combustible, disposés en forme de pyramide. Ces tourbes se gonflent sous l'eau et forment ainsi une base inébranlable que l'humidité ne détruit point. Après des siècles, lorsque la maison est tombée de' vieillesse, on retrouve la substance tourbeuse ausù bien conservée que le premier jour, et encore propre ' au chauffage. On ne sait pas assez tout ce que la Néer- ' lande doit à ce présent de la nature. Parmi les services que la tourbe a rendus aux Hollandais, il en est un que ne doit point oublier l'histoire. La ville de Bréda était occupée par les Espagnols. Un Hollandais nommé Vah Bergen, et qui avait pour industrie de conduire des tourbes sur l'eau, conçut le hardi projet de délivrer la ville. Il communiqua son plan à un chef militaire qui l'appuya. La tourbe est patriotique ; elle fait partie de cette vieille terre néerlandaise dont les entrailles s'étaient, pour ainsi dire, soulevées contre la domination étrangère. En cette qualité, elle devait protéger une ruse de guerre qui se proposait d'assurer l'indépendance nationale. Le4 mars 1590, les Espagnols, voyant venir un bateau chaîné de munitions contre l'hiver, le reçurent avec joie. Comme le port était couvert d'une légère croûte de glace, ils tirèrent eux-mêmes le bateau

de noir animal. Ce produit artificiel serait de 35 pour 100 meilleur marché que le noir animal proprement dii.

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, et aidèrent à l'introduire dans la ciladelle. Ce hatêau n'était ni plus ni moins qu'un second cheval de Troie. . Vers le milieu de la nuit, il accoucha de quatre-vingtdix hommes bravas et entreprenants, qui, cachés jusquelà sous la cargaison de tourbe, sortirent à la faveur des ténèbres; ils surprirent l'ennemi, le taillèrent en piècesj et rendirent la ville de Bréda au prince Maurice.

La matière extraite des tourbières de la Hollande s'était prêtée depuis des ^ècles à différents usages industriels et domestiques ; le feu de tourbe avait éclairé et réchauffé, pendant les nuits d'hiver, les méditations des poètes, les joies du premier amour^ les travaux de la famille, avant qu'on connùtau juste la nature du présent quia été fait dans la nuit des âges au sol delaNéerlande. Le moment est venu de nous adresser à nous-mëme cette question : Qu'est-ce que la tourbe ? D'où vientelle T Quelle est l'origine de cette terre qu'on brûle 1 H faofrecourir aux .umières de la science, si l'on veut pénétrer le mystère de cette formation. L'étude des circonstances au milieu desquelles est née la tourbe se lie à Vantique géographie de la Hollande, dont les principaux traits ne peuvent être suffisamment connus que par l'examen des tourbières. Si cette ancienne constitution du sol s'est effacée, les rapports entre l'état primitif des choses et la richesse industrielle du pays demeurent- et demeureront encore longtemps visibles.

NEBBLAnDt

La tourbe n'est point une substance créée à l'origine des choses et immuable ; elle ne préexiste pas ; elle n'a point été faite, elle se fait. Cette terre se forme et se compose encore aujourd'hui sous nos yeux. La tourbe étant une terre qui croit, cette croissance même a été diversement expliquée. Quelques visionnaires ont rapporté la formation des tourbières à l'influence des astres. Les rapports des mondes entre eux ne nous sont point connus : dans l'état présent de la science, il est aussi imprudent d'affirmer ces rapports que de les nier; mais dans tous les cas il n'y a aucune raison pour que la lumière des corps célestes a^psse plus sur la tourbe que sur les autres couches de la terre. D'autres naturalistes ont prétendu que cette matière combustible n'était point née sur le sol de la Hollande, qu'elle avait été amenée dans les Pays-Bas de la Norwège, de la Suède et des autres régions du Nord par de grands déluges. Celte explication recule l'origine de la tourbe sans donner une solution. On sait d'ailleurs aujourd'hui que l'existence de la tourbe est due à la décomposition de certîùns végétaux qui croissent sur place, et qu'un excès d'humidité empêche de se convertir en humus.

Dans l'histoire des travaux qui concourent à l'extraction de la tourbe, nous avons distingué les tourbières

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hautes des toarbiëres basses; cetts même diviuon doit être introduite dans l'histoire des faits naturels qui président à la formation de ce terrain. La forêt est la matrice des tourbières hautes, l'eau est l'origine des tourbières basses.

De nombreux documents historiques attestent ta pté' sence de bois sombre» et iinpénétrables sur le sol aujourd'hui découvert de la Belgique et de la Hollande- Plusieurs villages des Pays-Bas portent encore le nom d'antiques forêts qui n'existent plus. Nous n'avons d'ailleurs pas besoin de recourir à l'ancienne géogr«pUe de la Néerlande pour retrouver dans la présence des forêts l'origine des tourbières hautes. Dans la province d'Overyssel, non loin d'Almelo, il est un bois (le bois de Drieachigt, Trois-Coucbes) dans lequel j'ai vu, pour ainsi dire, la tourbe se former à l'œil nu. Moitié futaie et moitié tourbière, ce bois mélancolique constitue une genèse nouvelle, la genèse des phénomènes actuels de la création. La limite entre une partie de la végétation qui s'éteint, le passage du bois vivant à l'état de tourbière, les différentes phases de cette évolution plus ou moins rapide, le travail des lentes actions chimiques par lesquelles les végétaux se transforment en une espèce de terre croissante, tout cela justifie l'idée des anciens peuples qui avaient placé dans hS forêts de la Gaule et de la Germanie le seul culte digne de la Divinité. ^ L'histoire naturelle de cette métamorphose mérite qu'on s'y arrête. Quelques botanistes ont remarqué dans '

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ISI LA NEERtANDB

ces derniers tempe un rapporl entre certains grands arides et certaines plantes basses qui croissent à fleur de terre. L'antagonisme entre ces deux systèmes de végétation ne tarde point à se déclarer. Avec le temps, les bruyères et les mousses dévorent la forêt; le bétreest vaincu par le brin d'herbe. La form'ktion naturelle de la tourbe est liée à ce développement continu des bruyères et des mousses. Ces plantes meurent chaque année mais en mourant elles déposent, s'il est permis de s'exprimer ainsi, leur vengeance sur le sol. Le mécanisme en vertu duquel la matière végétale acquiert les propriétés de la tourbe est remarquablement simple et ingénieux. Des extrémités inférieures de la tige se détachent chaque année des pousses qui meurent, et dont la chute donne naissance à un terreau particulier. Cette coliche, formée de détritus végétaux, s'élève lentement, tandis que la mousse continue de croître par la tête. Le temps développe peu à peu ces inépuisables fécondités de la vie et de la mort. Les générations végétales s'entassent ain^ sur les générations^ les dépouilles sur les dépouilles. La forêt, moitié bois, moitié tourbière, présente alors l'image de ces hypogées d'Egypte, dans lesquelles les vivants croissaient sur les morts. Les grands arbres enfoncent leurs racines dans ces sombres galeries où dorment lesancétres delà végétationaccumuléeparcouches. Cette période de croissance de la tourbe marque de plus en plus la période de décroissance du bois. La tourbière, entée sur la f6rèt comme le gui sur le chêne, la ronge

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ET LA VIE HOLLANDAISE. (iS

soUFdenieDt. Étouffés par les bruyères et les mousses qui pullulent à leurs pieds, minés par la tourbe qu'ils enrichissent chaque jour de leurs ruines, les grands arbres tombent. Quand les arbres ont disparu, ces bruyères et ces mousses continuent à la surface des tourbières le travail lent et silencieux de décomposition qui doit accroître sans cesse la masse du combustible. Au milieu de ces champs vides, arva vacua, d'où les habitante primitifs, c'est-à-dire les chênes, les hêtres, les pins, se sont successivement effacés, on éprouve un sentiment indéfinissable. La pensée s'élève à la vue du système économique de la nature, qui fait tout contribuer à l'utilité de l'homme, tout jusqu'au tressaillement du brin d'herbe que le vent détache de la tige et qui tombe précieusement dans les ténèbres de la tourbière.

Quand même le bois de,Driescbigt ne serait pas 1.^ pour trahir le secret de la nature, l'influence des ancien* nés forêts sur la formation de la tourbe nous serait encore attestée par la multitude d'arbres qu'on trouve tous les jours au fond des tourbières hautes. Dans quelques localités des Pays-Bas, les habitants se chauffent avec ce bois enfoui rendu à la lumière (1). On trouve ces arbres conservés, pour ainsi dire, àl'état de momies dans la subit) On h tronvé Eoue U lonrbe des forêts entières :' od poaTOll encore reconnaltreleecouchee de fenilles qui étaient lombéee d'année. en année. La plupart des tronr« d'arbres étaient' renversés, d'autres M tenaient encore debout avec leur» feuilles el leurs fruits, ]| n'y avait donc, pas moyen de douter que ces arbres n'euuent végété ■ur place.

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161) LA NÉERLAKDE

siance bitumineuse. Quelques voyageurs racontent que les fils dégénérés de l'ancienne Egypte brûlent dans le désert les cadavres embaumés de leurs ancêtres pour préparer les aliments; les paysans hollandais livrent de même aux flammes les- ancêtres du sol, ces chênes, ces hêtres, ces sapins, habitans primitifs delà Néerlande, et que l'occupation- de l'homme a chassés. Ces ambres sqnt toujours au fond de la tourbe ; ils reposent le plussouvent sur le sable, d'où leurs branches s'élèvent plus ou moins dans la masse tourbeuse. La présence de ces arbres indique bien l'existence d'une ancienne forêt; maïs il reste à découvrir la nature àe l'événement qui les a abattus et précipités au fond du sol marécageux. I^s uns attribuent ce désastre de la végétation à un incendie (1), les autres à un déluge, à un tremblement de' terre ou à toute autre convulsion de la nature.

L'imagination des géologues a beaucoup trop abusé de ces causes violentes et perturbatrices. Il est facile d'expliquer la présence de ces arbres au fond des tourbières par des phénomènes plus simples et plus confbrmes à ce qui se passe encore sous nos yeux : ils ont

ji) Ce qui a donné l'idée que mb arbre* avaient été ■détruits par le feu, c'est qu'ils sont noircis; mais le séjour dans la terre humide côramuDlque au bois cet aspect légèrement carbonisé. Le foin. toupé et laisBÉ sur la terre termente au bout de quelques jours de pluie, les couclies Intérieures revêtent un aspect DolrAtrc, comme si le feu y avait passé. 11 faut chen^her dans ces faits vulgaires l'explleaiion des grands phénomènes de la nature i tonte décomposition végétale engendre de la chaleur.

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ET LA VIB HOLLANDAISE. Iflt

été renversés par le vent. Les exemples de tels ravages ne sont pas rares aujourd'hui en Hollande. Dans ce terrafn plus ou moins tourbeux, les arbres étendent plutôt leurs racines qu'ils ne les enfoncent, d'où il résulte qu'ils ne prennent guère pied sur le sol. On ne saurait croire en effet avec quelle facilité ils se renversent. J'ai rencontré très-souvent sur les routes de grands arbres soutenus par des tuteurs comme par des béquilles. Les propriétaires, qui connaissent la nature de leurs élèves, croient cette précaution nécessaire pour les défendre d'une chute. Les arbres les plus forts et les mieux enracinés ne résisteraient pas d'ailleurs à l'impétuosité des vents qui soufflent de la mer. Des ouragans qui balaient les églises par le milieu n'épargnent point les chênes (1).

Cest dans ces fiûts ordinaires et bien connus des Hollandais qu'il faut chercher l'explication des phénomènes géolo^ques. On a observé^ue la tête des arbres couchés au fond des tourbières était le plus souvent tournée entre le sud et l'est. Cette circonstance indique assez qu'ils ont été renversés par la tempête du norduuest. C'est en effet celle qui sévit le plus ordinairement

(i) La nef de l'église du DOme à Utrecht fut enlevée en 1874 par une tempête. On comprend la forra des agents les plus simples de la nature quand on volt Mite église coupée en denx,la tour d'un cAté, le chieur de l'autre, au milieu le vide. Les habitants de la Haye se souviennent d'avoir vu en 1836 les atbresséculaires d'une des places de cette vHIe e'abatlre dans leur chute et déraciner les pavés. G'é- 'tailla luUe du ciel contre les titans du régne végétal.

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