I .,..,|...,G(H1glc
les LA NEEitLAHDE
dans le cours des siècles, des changements qui ont laiëSé des traces.
Le RhÎD a longtemps cherché et plusieurs fois perdu son embouchure. C'est un fait attesté dans les-Pays-Bas par la présence des terrains d'alluvion. Quand le cours des eaux était rapide, d'anciennes tourbières hautes on^ été emportées, charriées à distance du lieu de leur formation, converties ça tourbières basses. Dans les. endroits, au contraire, où le fleuve voyageur, au cours lent et paresseux, tralnmt, pour ainsi dire, ses eaux, les ^ tourbières basses ont été revêtues d'une couche d'ai^ gile^lj.Enfln la mer n'est pas demeurée tranquille. Les tourbières de la Zélande ont été autrefois couvertes par les vagues. Les habitants de ces Iles ont longtenps extrait du sel des cendres de la tourbe ; ils ne renoncèrent à une telle industrie, source de grandes richesses, que dans les derniers siècles, où cet objet de commerce fut apporté de l'Espagne et de la France a vil pnx. Dans les dunes de la Hollande, j'ai rencontré plus d'une fois, BOUS le sable, des champs de tourbe que la culture mettait à nu, et dont on retirait des troncs d'arbres * presque tout entiers. Ces tourbières des dunes se pro*
(I) Dans nie d'Urk, au milieu du Zuyderiée, on trouTe des tou» bièieB Toiléee par une eemlilBble couche d'argile.. L'a Naljse micro* ecopique a découvert dans cette terre limoDeuse dex Infusoires d'eao douce. On est donc fondé â\ reconnaître ici l'aDolen lit de ITraelt UDe branche du Rhin, qui noulall autretolB daoa l'emplacement occupé maintenant par le Zayderiéc. L'Ile actuelle ae trontaJt dans la dlrectiM de ce lit
DoiiîHihvGoogle
KT LA VIE HOtLANDAISE. 109
longent très-avant sous la mer. Quiconque se promène le loug des cOtes peut ramasser, presque à chaque pas, des rouleaux de tourbe à divers états de formation, que la mer rejette de son lit. Dans la Hanche, entre Boulogne et Douvresj il existe un bauc de tourbe connue sous le nom de tourbe bocagère, qui passe pour être formée de noisetiers. Près de 111e de Texel, il est un. bois sous-marin, composé de grands arbres et dans les branches desquels les pêcheurs embarrassent quelquefois leurs filets.
Tous ces faits démontrent assez que dans le temps oii les anciennes dunes de la Hollande, de la Belgique et du nord de la France ont été forcées, la mer du Nord a enlevé d'énormes fragments de tourbe mêlée à des débris de forêts, des lies entières qui, battues par les tempêtes, englouties, reposent maintenant au fond des eaux. La nature flottante et inconsistante de la matière tourbeuse s'est prêtée merveilleusement à de telles catastrophes. Sur les cêtes oîi la mer rencontre de l'argile ou du sable, elle avance malgré te sol qui réùste, mais elle avance lentement. Dans les endroits, au contraire, où s'étendent des champs formés de glèbes végétales, l'explosion des eaux peut être subite. La tradition, d'accord avec l'expérience scientifique, veut que le lit actuel du ZuyderKée ait été occupé autrefois par d'anciennes tourbières que la fureur des vagues a brisées, soulevées, ensevelies ; il est certain que de gros morceaux de tourbe roulée sont apportés tous les jours sur les
DinliîHinvGoOglc
nt LA NÉËRLAKDK
cdtes de ta Frise par les eaux du golfe. Enfin l'action de la mer n'a pas seulement détruit ces champs de matière' bitumineuse, elle en a formé. Il existe une tourbière (aie avec des plantes marines et qu'on peut regarder comme un ouvrage de l'Océan (1),
L'origine des tourbières estmaiptenant connue. Il est temps de nous demander quels enseignements les naturalistes et les archéologues peuvent Urer des corps étrangers qui se rencontrent dans ces terrains de formntioD récente. Les objets trouvés dans la tourbe appartiennent soit au règne végétal, soit au règne animal, soit à llndustrle humaine. Une des particularités qui étonnent dans la Flore des tourbières, c'est la présence des pins. Les pins croissent aujourd'hui dans la Drenihe et dans diverses provinces des Pays-Bas ; mais ces arbres vivants ne sont pas les enfants spontanés du sol. Ils ont été introduits dans la Néerlande,il y a environ deux siècles, et encore dans les commencements ces arbres importés à grands frais ne s'y plaisaient point. On pourrait dire qu'ils avaient oublié leur climat natal, car une péiîode assez longue s'écoula, durant laquelle la Néerlande, autrefois peuplée de pins qui croissaient en grande abondance (\es tourbières hautes l'attestent), se trouva entièrement privée de cette verdure qui a été
(I) Les lablee, en B'accumulanl. élouBént la végétation et la con- TCrtlsBent en tourbe, L'eilération dns matières ligneuses esl d'autant ptuB HïEncée, qu'elles ont élé plus lon^lemps retouverles d'une couehe sablonneuse ou argileuse.
HihvGoonIc
ET LA VIB HOLLAKDAISB. 1H
aujourd'hui ramenée par la main dé l'homme. Ces (ung naturels perdus, et auxquels ont succédé des pins étrangers, indiquent à eux seuls d'assez grands changements survenus dans la géographie botanique des Pays-Bas depuis les dernières révolutions du globe (i). On est également surpris de ramassél au fond des tourbières basfes une énorme quantité de noisettes. Or, les noisetiers ne croissent plus maintenant que sur des terres sablonneuses et au bord des eaux vives. Les géologues se sont donné la consolation de dire que ces noisettes avait été apportées par des courants dans le lit marécageux des tourbières ; mais l'explication, si ingénieuse qu'elle soit, n'enlèverienàia gravité du fait.
Les problèmes qui se rattachent aux changements du règne animal depuis les temps historiques ne méritent pas moinsde axer notre attention. Ces forêts, berceauic des tourbières hautes, ont été peuplées ; ces marais, qui ont donné naissance aux tourbières basses, ont eu leurs habitants ; la vie, sous des formes qu'il serait curieux d'étudier et de comparer aux formes actuelles, a jadis animé ces milieux sauvages. Malheureusement les débris organiques retrouvés dans l'intérieur des tourbières sont rares. Soit "que la composition chimique de cette matière acide n'ait point été favorable à ia con--
([) Le même fait ee reproduit ailleurs. En Danemark, il n'j a plus atijourd'hul ni pins, ni ctiénes, il n'y a que des bois de lièlres, et l'on rctrours dans le« tourbières du Danemark une multitude de plus et de chênes qui ont autreTols vêgëlê sur place,
nS I.A NÊERLASBE
senration des ossements enfouis, soit que l'instinct des animaux leur ait faitériter ces champs mobiles, tombeaux de la végétation et de la vie, je constate avec regret que la faune des tourbières est assez généralement pauvre. En Hollande, on a pourtant trouvé entre la couche d'ar^le et la tourbe des cornes de bœufs et de formidables bois decer&. Aux environs de la Haye, j'ai déterré moi-même dans une tourbière dès dunes une mâchoire de ruminant. Les naturalistes n'ont pu encore découvrir aucune différence entre ces animaux de la période historique et ceai: qui vivent maintenant à la surface du globe.
Quelques espèces anciennes se distinguent seules des ' espèces domestiques actuelles de la Néerlande par des caractères intéressants.. Nous avons vu à Assen une corne de bœuf qui avait été trouvée dans une tourbière haute. Aucune des races bovines qui existent aujourd'hui dans les Pays-Bas n'a les cornes dirigées selon le système de cet ancien habitant de la Batavie. Beaucoup d'animaux, autrefois indigènes, sont aujourd'hui étrangers au sol. Le castor a été commun en Hollande; au tnoyen âge, il se retrouvait encore dans la haute Allemagne; il a aujourd'hui disparu de ces deux contrées (1). On cite
(1) J'ai vu à ^wol, dans nu maiée national d'histoire naturelle fondé par lee eofne d'un membre des. étais généraux, H. Sloet lot Oldhuis^un castor qui lut tué en 1S2S à la suite du déluge marin qui couirlt une partie des Pays-Bas. Cet exemplaire figurait li comn>e mémoire; Il rappelait l'existence des castors sur une terre où leurs trauessont aujourd'hni perdues.
DoiiîHihvGoogle
ET tA VIE I^OLLA^DAISE. 178
l'endroit où furent tués, ily a un siècle, le dernier loup et le dernier sanglier. En 1851 , h une profondeur de neuf pieds, on déterra dans la province de Groningueles restes d'un daim : cette espèce sauvage s'est eiFacée avec l'existence même des anciennes forêts qui lui servaient de retraite. Au point de vue des changements survenus dans la distribution géographique des êtres, 1^ fouilles' de la tourbe et du terrain d'alluvion deviennent de jour en jour aussi intéressantes que tes fouilles des anciens terrains. Il est curieux de connaître les races d'animaux que la civilisation éteint. Ces ossements constituent des fossiles relatifs qui jettent une lumière nouvelle sur l'histoire de la vie organique à la surface de notre globe. L'extinction des espèces vivantes n'est pas un fait limité à l'ancien monde ; c'est un fait qui rentre dans l'économie générale et permanente de -la nature. Les animaux géographiquement perdus vont rejoindre en Hollande et ailleurs les généraUons de mastodontes et de mammouths qui dorment dans l'épaisseur des couches antédiluviennes.
Un fait qui caractérise la faune des tourbières et qui la sépare d'un ordre de choses plus ancien, c'est la présence de l'homme. Du côté de Veeneendaal, il a été trouvé un vieux Germon habillé d'une peau de bœuf. Dans la Frise occidentale, on a également découvert un cavalier avec son cheval. On ne retrouve pas seulement l'homme dans les tourbières : les ouvrages de l'homme, les objets d'art, les monuments primitife de
DinliîHinvGoOglc
114 LA KÉERLAtiDE
l'industrie s'y monlrent de temps en temps. Ces fosâles historiques consbtent en anneaux, inéduilles, bracelets, instruments de travail, vases de terre, fragments d'armes. Il y a quelques années, dans une des tourbières de Manekensweered, prèe de Nieuport, apparut un navire chaîné de meules de moulins à bras, enfoncé dans la tourbe d'environ cinq pieds, et s'élevant d'autant âans la glaise qui le recouvrait. La plupart de ces meules ont seni à paver la cour de la ferme voisine de cette tourbière ; mais les plus lourdes et les plu8 profondes restèrent dans le navire, qu'on ensevelit de nouveau avec de la terre. On a découvert également près d'Ardresun bateau chargé de grains (1). Le musée de la ville deZwol nous offre une particularité d'un autre genre ; c'est un chapeau germain en feutre noir, trouvé à cinq pieds dans la tourbe, non loin de Zuid-Broek. 'Entre Vallbe et Ëmmen, dans la province de Drenthe, s'étend sous les tourbières un pont en bois de deux Iteues et. demie de longueur. Une tradition, veut que l'armée de Varus ait passé par là. Tacite parle de ces ponts de bois, pontes longi, que les Romains jetaient sur leur pas- 'lage pour traverser les forêts. Nous avons vu au musée de Zwoi une planche grossière qui avait été dé-' tachée du pont de Valthe ; on reconnaissait encore la place des clous qui avaient fixé cette planche à une
(1) Ces deai bateaux paraissaient avoir été brûlés; mais celte couleur noire et ces traces d'incendie s'expliquent par le séjour dans la terre tourbeuse.
DoiiîHihvGoogle
ET LA VIE nOLLANDAISe. 1TS
bande de bois. Ce monument de l'art stratégique des Romains nous fournit de nouveaux indices sut l'ancienne géographie de ces contrées. Les troncs d'arbres néceesaires k de tels ouvrages n'ont pu être apportés de loin : ils ont été très-certainement pris sur place. Le pays était donc alors couvert de forêts, qui versuent, comnm dit Pline, l'ombre sur le froid.
Les rapporte des tourbières avec l'histoire deviendraient encore bien plus int^essants, s'il était possible d'évaluer l'flge de la tourbe. Comme ce terrain de formation récente contient des vestiges d'art, comme il s'est développé depuis l'apparition de l'homme, on anr^ lit un art de vérifier les datés qui laisserait bien loin en arrière les recherches des plus savants Bénédictins. Halbeureusement ce moyen de mesurer le temps est resté jusqu'ici incertain et vague. On croit que dans Ips tourbières basses il faut cinquante ans pour former deux mètres de tourbe ; on ne sait rien sur la croissance des tourbières hautes, sinon que ces dernières paraissent se former de la destruction des forêts dans une période de temps relativement courte. La science ne désespère* pourtant pas de découvrir les lois de cette croissance mystérieuse, et nous avons dti indiquer la source de lumières que l'étude des terrains récents peut verser plus tardsur la chronologie historique (1). 11 nous sudira de
(1) Dsna les dunes de la Hollande, soub une épaiaeo courerlure de ubie, on trouve de la [ourbe, tous la touche un argile mélëe de graTin-. Eh bien I c'est dans cette dernière connhe. Bit aée quelquefois
DoiiîHihvGoonIc
178 LA KÉEIILANDB
même de laisser entrevoir les conséquences de celle étude sur la pbilosophte des sciences,
La formation de la tourbe et des terrains d'alluvion relie les temps anciens aux temps nouveaux de la nature. L'rdl étonné saisît alors dans l'unité du globe terrestre les traces d'une création qui commence et qui ne finit nulle part. La ligne des terrains diluviens a longtemps passé pour une limite entre deux systèmes séparés par une catastrophe ; mais aùjom'd'hui cette barrière s'eflace; et le géologue entrevoit les rapports de continuité qui rattachent les mondes au delà des mondes, a Je pense, doncjesuis, B dit l'homme, vïe crée, donc je suis,* dit Dieu. Et ce sont les traces de cette création incessante que la science découvre à chaque pas dans les tourbières. Les phénomènes qui ont formé et englouti les anciens turains, qui ont minéralisé la vie végétale, continuent d'agir sous nos yeux dans te poème actuel de ta nature. Les lois du monde physique n'ont pas plus changé depuis l'origine des choses que les lois du monde moral depuis l'établissement des sociétés.
L'a masse de tourbe qui existait autrefois en Hollande a dû être considérable : non-seulement les habitants n'ont pas eu d'autre moyen de chauffage depuis des siècles,
A une profondeur coDsidétable, quête rencontrent surtout les objets d'arl. Ou il faut reculer elagullèremeut la limite des temps historiques, ou il faut supposer à certains agents de la nature une puissance de formation bien active pour avoir a\ntà élevé des terrains sur des terrains depuis rélBbltsaenieiit de l'bomme dans fei rtr
DoiiîHihvGoogle
ET lA VIE HOLiANDAlSE. 177
mais non contents de brûler chez eux cette matière combustible ils l'ont encore exportée sur des vaisseaux et vendue aux Dations étrangères. C'est pourtant une opinion ancienne dans les Pays-Bas, que le jour viendra où la tourbe commencera à mailquér ; ce jour ne parait pas maintenant très-«loigné. Il n'y a plus de tourbe, dit-on, dans les tourbières de la Hollande que pour un siècle. Quand la science parle de quatre mille ans avant d'épuiser les houillères, on peut se confier en la Providence, d'autant que toutes les mines de houille ne sont point encore découvertes ; mais cent ans, c'est demain dans la vie des peuples. Les générations vivantesont malheureusement peu de prévoyance pour les générations qui doivent naître. Cette charité, qui s'étend sur l'weuir, a ' été méconnue dans les anciens temps, 0(1 l'on n'a point assez ménagé les tourbières. Déjà quelques économistes se pféhent à regretter que l'on ait détruit les forêts et proposent de replanter des arbres dans les terres incultes.' D'autres songent à régénérer les tourbières. L'expérience démontre que la matière formée de détritus végétaux s'amasse avec tes années ; cette matière a même para renaître après un temps de repos dans d'ancieDins tourbières exploitées dont on n'avait pas détruit les moyens de réparation naturelle. En présence de ces faits, on s'est demandé si en vue de la disette prochaine du combustible national, il ne conviendrait pas de provoquer la croissance artificielle de la tourbe. Par malheur cette croissance est trop lente. La culture de la
DoiiîHih'vGoogle