‹ La néerlande et la vie hollandaiseChapitre 37 sur 68 · R LA NÉERLANDE · texte numérisé non relu

R LA NÉERLANDE

lourbe intéresse k plus d'un titre l'histoiro naturelle; mais c'est un fait dont l'économie politique ne saurait tirer nul parti sérieux.

Si la tourbe ven^t à manquer, quelque chose du ca< ractère national s'en irait avec elle. La tourtie a été ce • lébrée en Hollande parles poètes. L'usage de ce combustible a donné lieu, dans le langage populaire, à une foule de proverbes et de locutions qui demeurent (1). 11 n'y a pas jusqu'aux idées religieuses, inhérentes aux caractère hollandais, qui ne se soient emparées de la tourbe pour voir dans la transformation de cette terre en une substance lumineuse et i^née une image de l'homme mortel, qui doit revêtir par l'immortalité mie nature, un éclat Douveau,et qui deviendra ainsi toute clarté, ' toute gloire, tout amour. La tourbe a fait en partie les Pays-Bas ; mais le rapport entre la présence de cette matière combustible et les mœurs de différentes provinces, l'état de prospérité des habitants, le développement (le Tagriculture et de l'industrie, les habitudes de la vie privée, doit être maintenant étudié sur le tbéftire même des faits géographiques. La terre néerlandaise est, pour

r (1) On dit de quelqu'un qui a su par sa prévoyance acquérir du bien : a fl a Tait sa provlsian de tourbe pour l'hiver, Hy heeft al veletur/t, > expression qui correspond  celle-ci : * 11 a du pala Eur la planche. • Les Hollandais ont encore coutume de désigner un bon père de famille qui fait tout en son temps par l'expresalon suivante : Met heroude noyt mon, die turf de voor Si. Johan, c'està-dire un homme qui a rempli son grenier de tourbe avant la Saint- Jean (24 luin), — l'époque de l'année ot les tourbes se vendent ordiDairement le meilleur marché.

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ainsi dire, l'antique vestale qui a entretenu de ses propres mains le teu matériel et le fea sacré de la civilisation,

Les provinces qui doivent le plus à l'existence des tourbières ^ont la Frise, la Groningue, la Drenthe, rOveryssel.

La Frise est aujourd'hui un district privilégié. Elle se défend contre la mer par un triple rang de pilotis-qui entourent toutes les c6tes. (Hiacun de ses pieux enfoncés en terre revient k sept florins. Ce&ouvrages de bois sont en outre soutenus par des quartiers de roches, d^énormes morceauK de granit, de basalte, de trachyte, qui ont été apportés de la Norwége ou de l'Allemagne. Quand on songe que celte formidable défense s'^lepd sur un rayon de vingt-deux lieues, et qu'elle brise l'effort de l'Océan appuyé tout entier aux flancs de la provtnce,'on se demande quellesrichesses il a fallu trouver dans le sol pour se défendre contre un pareil ennemi. Autrefois la mer était à Leeuwarden, la capitale actuelle de la Frise. Les magnifiques campagnes qui entourent la ville sont des terrains gagnés sur les vagues. Ces terrains ne datent que de trois cents ans. 11 existe une carte du seizième siècle sur laquelle ce bras de mer est figuré et porte le nom de Mer du milieu. Les anciennes digues élevées l'une après l'autre contre l'ennemi intérieur sont restées el indiquent encore les progrès successifs de la

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conquête sur les eaux. Cette mer frisonnç a décru en raison du Zuyderzée qui s'accFoissait. Un océan d'hei4)e, véritable paradis des vaches, remplace aujourd'hui un océan d'eau qui s'est retiré.,De l'&rgile, de la tourbe, du sable, c'est tout te sol de la province. Des fermes, des mét^ies, sorte de palais rustiqi^s, donnent au voyageur une idée de l'état prospère de l'agriculture. De jolis villages s'épanouissent dans un bouquet d'arbreget s'élèvent de distance ea distance sur des ccrflines faites de main d'homme,, terpen. Lee premiers habitants ont conduit ces tertres pour se .prémunir {lontre les eaux dans un temps où le p^s n'était pas encore défendu par des travaux hydrauliques. On se demande d'où ils ont tiré cette terre, car l'œil ne découvre aucune trace de fouilles ni d'excavation dans les parties voisines (1).

La Frise tire sa principale richesse des bestiaux et des tourbières. La loi des afhnités naturelles enveloppe le règne animal tout entier : là où les hommes se distinguent par la taille et les femmes par les agréments de leur sexe, les races domestiques sont belles. On connaît la réputation des chevaux Ërisons; mais il faut vçb* ces

(1) Ces tertres contiennent un assez grand nombre d'objets d'art; on a eu l'heureuse idée de réunir ces«b]Ets à Leeuwarden, dans on musée des antiquités nalionales de la Frise, Li, }'ai vu avec intérêt de petites pipes à tète fort élroite et à grosse queue, qnl avaient été trouvées dans des roQillea, à une profondeur asaei considérable. Ces pipes paraleeeDl tris-antérieure s à t'uMgedu tabac. On suppose qu'elles ont servi i fumer du chauvre. Les antiquaires crolentqu'elles remontent au temps des Gemains. On retrouve la même forme (te pipe sur clcs monuments mithriaques.

nobles animaux errer en liberté dans les prûries, et par groupes, pour se former une idée de leur valeur. Sorti de son pays, le cheval frison dépérît ou dégénère ; il regrette l'herbe abondante de sa terre natale, cette herbe nourrie d'eau qui lui montait jusqu'aux genoux. Les bétes à cornes se présentent sous des traits non moins poétiques. Des champs de verdure inSnie, animés par deux cent mille têtes de bétail, ont une physionomie qu'on ne retrouve point ailleurs. Ni chiens, ni bergers : les troupeaux se gardent eux-mêmes, ou du moins ils sont gardés par l'eau qui.remplit les fossés. Les tourbières occupent la partie méridionale de la Frise, où elles ont laissé tantôt des lacs , tantôt des flaques d'herbe que le vent agite comme des flots inquiets. Le caractère des habitants est particulier. On reconnaît un Frison à sa démarche indépendante, à sa figure ouverte. Le protestantisme domine dans cette province. La Frise nourrît environ 200,000 habitants sur lesquels 20,000 seulement sont catholiques. Il est à remarquer que la réforme religieuse s'est entée dans les Pays-Bas sur les racesfièresetfortes. De tout temps les Frisons ont passé pour indomptables. Un m&le et généreux amour de la liberté s'associe chez eux au respectde la foi jurée, à une probité sûre, à un esprit positif et à une volonté inflexible.

Il est difficile d'avoir vu la Frise sans parler des Frisonnes. Leur beauté n'est pas moins célèbre que leur coiffure. L'origine'de cette coiffure a exercé la science 1. 11

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des antiquaires. Autrefois les femmes du Nord, surtout les femmes nobles, portaient des cercles d'or sur la tète. Cette espèce de diadème a peut-être été le prototype des fer» que portent aujourd'hui les paysannes de presqile toute la Hollande. C'est aux formes diverses de cet ornement de tête qu'on reconnaît le caractère des différentes provinces. Le choix du costume national exprime en efl'et le sentiment du beau chez les races. Dans la Nord-Hollande, les fers d'or (c'est ainsi qu'on les appelle en vertud'une figure de rhétorique) sont oblongs et plats ; dans le pays de Grontngue ils se terminent par une espèce de fleur ou de vase de fleurs, dans rOveryssel par des spirales coniques, dans la Frise par une sorte de bouton orné. Les Frisonnes ont, comme on dit ici, deux services de fers, l'un pour la grande et l'autre pour la petite toilette. Quand elles veulent foire honneur à la personne qui leur rend visite, elles se parent de leurs plaques d'or. Cet ornement de tête est même devenu unlangage. Si un jeune hotnme se présente au milieu d'une famille pour demander la main d'une jeune personne, il sait tout de suite à quoi s'en tepir sur la nature des sentiments qu'il inspire, et cela sans qu'on ait prononcé un seul mot. Si la fille sortet revient Coiffée de son diadème, c'est un signe que l'amant est accepté ; si, au contraire, elle reste assise devant lui sans cet ornement au front, c'est une preuve qu'elle ne Veut pas être sa reine. Ces coifi'ures sont d'un assez grand prix : elles coûtent de deux à trois cents florins.'Le cultivateur qui

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a plusieurs Glies se trouve ainsi obligé d'être riche. Les sentiments des Frisonnes ont laissé d'ailleurs plus d'une empreinte dans les mœurs et dans les antiquités du pays. J'ai vu dans la ville de Leeuwarden une pure de ces jarretières dont les amants ont coutume de faire cadeau à leurs fiancées. Sur ce ruban de soie on lit une devise qiù mérite d'être traduite : « liens du mariage^ votre douce joie fait tout commun entre elle et Ijii ! — La mort seule peut vous séparer. Réunissez donc vos debx cœurs! n Je remarquai également avec intérêt un nœud de mariage : c'était un mouchoir dans lequel l'a* moureux présentait des ducatons à celle dont il recherchait la main. Si la jeune fille dénouait lé mouchoir, c'est qu'elle consentait à être sa femme. Ce nœud contenait aussi une inscription : n Porter l'amour ne fait pas de mal, si cet amour trouve sa récompense dans l'amour; mais ^ l'amour a cessé, tout est peine perdue. — Louez Dieu ! d II n'est pas rare de rencontrer de simples paysannes frisonnes qui ont des pieds et des mains de duchesses. Dans le même musée est un soulier de jeune fille, richement brodé et passementé, qu'on prendrait volontiers pour la pantoutle de Cendrilldn.

Cependant la véritable chaussure des Frisonnes, ce n'est pas le soulier, c'est le patin. Dans un pays de lacs, on a senti de tout temps le besoin de marcher et de courir sur l'eau durcie par l'hiver. Cet art est très-ancien, car j'ai vu une paire de patins enos retrouvée dans un des tertres sur lesquels s'élèveat tes villages iri-

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Bons. Ces os m'ont paru pétrifiés; ils s'attach&ient aus pieds par des courroies et au moyen de trous pratiqués dans la substance dure. De tels débris d'animaui ont été les rudiments du patin actuel. U existe aujourd'hui dans la Frise des clubs de patineurs et de patineuses, comme il existe à Rotterdam et à Amsterdam des clubs de canotiers. Les jeunes Frisonnes ne recherchent point en patinant les fioritures, mais la vitesse. C'est encore là un trait du caractère national, qui vise plus à l'utilité qu'aux ornements. Il est d'ailleurs curieux de voir glisser comme des apparitions sur la glace ces filles du Nord, belles, hardies et graves, qui passent dans un nuage; la tète couronnée d'un nimbed'or et d^e dentelles. Attacher les patins aux pieds d'une de ces reines rustiques est un honneur fort brigué par les jeunes gens. Il est vrâ que la jeune patineuse reconnaît ce léger service par un baiser. La vie d'hiver occupe une grande place dans l'histoire des mœurs frisonnes. On m'a montré un traîneau qui porte la date de 1793, et qui est un véritable objet d'art. La poupe surtout est revêtue de peintures délicates : on y voit Moïse sauvé des eaux . Le dessous du traîneau représente le firmament étoile. Dans cette petite conque peinte en rouge, dorée, sculptée avec un goût chinois, une jeune femme assise se dirigeait ellemême à l'aide de deux bâtons fer^s, et volait sur les eaux glacées avec l'agilité d'un cygne qui traverse l'espace (1).

(I) La yllle où l'on retrome le plus les TesUges de ce lue donM'

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