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DEUX PETITS POÈMES EN MANIÈRE DE DEDICACE

Éveille-toi !

C'est parmi l'heure hivernale une joie De plonger à la vitre toute fleurie de givre, Vois : les pétales qui scintillent et flamboient Nous ouvrent une allée où nos songes vont vivre.

Éveille-toi. Le matin pur éclate et rit, C'est l'heure de l'extase où vivre au soleil calme, Et rien, sinon en rêve, au jardin clair, nul bruit Qu'un lent frémissement imaginaire, ô palmes !

Vois renaître et fleurir en le silence vaste Que ton regard anime en frissonnant d'amour, 0 chère I l'ardeur ancienne, enthousiaste, Dont t'entoure la paix de mon profond amour.

Autrefois, disais-tu en paroles plaintives,

J'aimais l'ombre frissonnante des grands arbres

Qui inclinent leurs frondaisons sur les rives

Du ruisseau au clair murmure entre les pierres ;

J'aimais! j'aimais la paix dormeuse, où le village

Au long des jours, au long des heures,

Parmi le pacifique oubli de la vie,

S'étire inconscient même de son bonheur;

Autrefois, nous allions, rêveurs, par les prairies,

Tranquilles comme les bêtes et les herbes,

Les doigts mêlés, et mes yeux achevant tes pensées,

Tous deux, seule à seul, triomphants et superbes,

Isolés, et d'autant plus superbes!

Autrefois ! Et c'est déjà le passé

Ce temps d'insouciance et de frivole ivresse;

Autrefois! Mais rejette le souvenir

Pesant comme une chape, et redresse

Ta taille fière vers l'avenir :

Qu'importe? ce qui fut n'est que poussières,

La vile poudre des chemins

Ternit moins les pieds nus et meurtris qui s'y traînent

Que le regret décevant qui nous fait perdre haleine

Ne nous lasse à la poursuite de demain !

Qu'importe ? Heure présente, heure révolue.

Ce qui passe déjà n'est plus,

Et seul l'avenir nous attache ;

Tout ce qui s'écoule et ruisselle

En vain par tas s'amoncelle :

Jouis d'un instant; Iais^e-le fuir, s'il fuit :

Tu aimes le jour, il est la nuit;

Le jour va renaître à l'aurore

Et notre joie étinceler encore

Si le soleil, demain, se lève et luit

Sur notre espoir, parmi la foule et la cité

Où fermente et bruit

Confusément, foison étrange, la beauté

Universelle de la vie.

Alors ! l'homme frémissant, telle une feuille,

S'éveille à saluer l'aurore, et accueille

Gomme un frère de sa gloire le rêve :

0 Rêve,

Hêve que nous verrons poindre avec l'aube demain...

Oublions le passé, rêvons, donne tes mains.

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