IN MEMORIAM
(Juillet 1893)
La tombe est close.
Je me souviens de la colline du cimetière
A l'ombre du clocher de ton village...
La tombe est close
Sur ta vie, ô mon Ami ! Ame fière,
Ame claire, âme sage !
La tombe est close
Sur toi, sur le naïf orgueil des souvenirs,
Et toute la douceur de notre vie unie :
Ah ! ce bonheur d'une vie infinie
Quels rêves mauvais l'ont si tôt fait finir ?
Quel odieux rêve
Quand plus tu ne t'éveillas de notre réveil,
Toi dont le rêve à présent s'achève
En la lumière éblouissante du soleil 1
A EPHRAIM MIKHAEL
La brume close autour de l'image d'un rêve A fondu, mur de suie et mauvaise tourmente, C'est, avec le sourire en qui s'offre l'amante, Une exaltée aurore et sa floraison brève.
Tout le vierge regret au reflux de la grève Que le frisson nouveau de naître diamante, Je le cueille en les flots d'une mer écumante, Pulpe mûre qu'un jet de soleil pourpre crève.
Le feuillage terni qui neigea tout l'automne Traîne sur l'horizon son voile monotone, La ténèbre persiste où le marbre est réel.
Pieusement j'élève à l'entourde ta stèle,
0 Mikhaël, vers toi qui t'endors, Mikhaël,
Le cri vain de mes vers que ton aube constelle,
L HIERODOULE
L'hiérodoule au cœur d'éternel diamant Dans la suprême nuit contemple éperdument L'hiver du ciel blanchi par le givre des astres.
Celui qui chante est un enfant, et sa chanson, Rose clémente éclose douce en la mémoire, Grandit, grave d'amour, vers l'aurore illusoire D'où les prêtresses d'or sourient dans un frisson.
Et toi, n'écoute plus les fifres de l'automne , Les sanglots de la nuit ou les dolents midis S'éteindre vers l'hiver en les chênes raidis Parmi l'oubli des fleurs dont la terre s'étonne,
0 saisons ! c'est de vivre et d'aimer le seul prix ; La voix hardie entr'ouvre un jardin de délices Où tu viennes parmi les parfums, et remplisses Tout ton rêve de joie et de printemps fleuris.
Laisse la vie, Ami, qui s'agite méchante Et qu'emportent les vents vers d'obscurs lendemains Un exil tendre offre à ton songe des chemins D'extase, et l'hiver même, écoute ! la voix chante ;
Regarde, et quand tes yeux se pâmeront d'amour, Tu verras s'avancer la belle hiérodoule Dont la marche aux sentiers que sa sandale foule Parsème tout le ciel des corolles du jour.