OCTOBRE
Une fleur de laurier persiste au jardin morne. Cueille-la. Le vent dur a fauché la falaise, L'automne brusque accourt sur la mer. Rauque corne Le souffle, à l'horizon, de la saison mauvaise.
Cueille la fleur. Qui sait, où le miel et la mer Ont mêlé leur parfum, si la blancheur n'apaise L'effort tempétueux de la rafale amère ?
Les pétales, à baiser tes doigts nus, peut-être Ont bu le ciel de calme épars en ta beauté ; Sème-les lentement parles flots agités, Et le sourire ami de la mer va renaître.
Lève-toi : parcourons tout le jardin et l'île Avant de la laisser jusqu'au nouvel été ; Emportons, poussière dont s'embrasent la ville Et l'hiver, les derniers mirages de l'été ; Emportons les odeurs des défuntes glycines, Des rosiers desséchés, des lys et des glayeuls ; Emportons l'âme du roc et de la ravine Où nous avons connu l'ivresse d'être seuls; Enfermons dans nos yeux les frissons où s'apaise Une mer chatoyante aux soirs de Juillet clair; Nous humions son arôme en qui palpite l'air, Te souvient-il ? du banc d'herbes, sur la falaise. Parcourons l'île, viens, revivons par la grève Les heures où, pêcheurs négligents, dans le sable Nous suivions fondre au ciel les feux de notre rêve ; Tous deux, toi, ma sœur, et moi ; ton inlassable
-2 la nkf désemparée
Tendresse, et ta beauté! — L'hiver vient et l'automne Va fuir. Voici le temps où le vent rôde et tonne, Le froid rugueux rampe vers nous, et la falaise Nous secoue et nous chasse, et la mer est mauvaise.