JUIN
Cependant que tinte vers le fleuve,
Clochettes du pur soleil, le matin d'été,
Dans le silence tremblant et velouté
Que versent aux mousses l'heure neuve
Et l'ombre vacillante des yeuses,
Rient loin du travail les lavandières paresseuses.
Elles sont venues dès l'aube ; Leurs prunelles, ardentes des rêves de la nuit, Le long des sentes épiaient du fond des arbres L'étreinte du faune qui surgit.
Elles sont venues dès l'aube,
Et plus d'une, rougissante, s'enfuit
Si la voix d'un garçon du village
L'a appelée, entre les arbres.
Elle court! mais vite elle sent que l'accable
Le poids du linge qu'elle porte aux plis de sa robe ;
Elle cède, elle est prise, et le rêve de la nuit
Palpite à des baisers dont s'émerveille l'aube.
Puis chacune, où toutes se rejoignent, Songeuse, s'agenouille au bord du fleuve, Et le rythme redoublé du battoir témoigne Des soucis exaltés dont leurs âmes s'abreuvent; Elles s'agitent, se grisent à l'ouvrage, farouches; Leurs beaux bras nus brillent dans le soleil, Leurs cheveux scintillent, leurs oreilles S'allument, pétales de nacre neuve ; Elles peinent dans la joie, et, farouches, Pour murer leur secret, serrent la bouche.
Et, cependant, tinte vers le fleuve,
Clochettes du pur soleil, le matin d'été,
Le silence se fait troublant et velouté,
L'ombre gagne en vacillant les yeuses,
Les molles mousses confidentes s'émeuvent,
Où, couchées sous les corolles qui pleuvent
Dans l'air chaud, les lavandières rient, paresseuses.
20 LA NEF DÉSE1IPARÉE