‹ La Nef désemparéeChapitre 43 sur 46 · DANSEUSES · texte numérisé non relu

DANSEUSES

A Stéphane Mallarmé,

Nul fleuve, si ce n'est par la flamme à des bras Bercé, n'ondule plus en étreintes lascives : Je vois tout le sourire au soleil de ces rives Mûrir le vain trésor dont tu te souviendras.

Va. Le flux se propage aux parfums de pétales Dans l'air que trouble à peine une ride, ô jardin Des horizons évanescents et purs soudain Sous l'immobile nuit des étoiles natales.

Mais un appel révèle au rêve son émoi De suivre une aile brusque aux porches du silence Flamboyer, puis s'éteindre, éclairs ! d'où ne s'élance L'essaim nouveau pour l'ombre de vivre, ou pour moi ;

Et vers l'astre, seul beau, que du pied tu désignes, Se dévêt l'ardent vol, ô Danseuse ! des cygnes.

Le geste pur, tu tends, ô Danseuse ! parmi Le pli des brises qui te pressent ton pied rose, Eveille à des désirs tout le fracas morose Vers Toi des ennuis las où la vie a frémi.

Arrière le bruit vain de leur or ennemi, Qu'importe à qui sait mieux, lys vraiment ou laurose, La fraîche floraison qu'un sûr orgueil arrose Aux parcs du Rêve l'éveiller s'il a dormi.

Flots plus neufs de clartés qui s'étirent pétales, Dressés sous le baiser dont s'embaume le ciel, Ouvrez l'amour aux lèvres d'amours moins brutales,

Laissez-leur savourer l'arôme essentiel

De votre éparse chevelure jusqu'aux pointes

De vos seins nus vers qui mourir les deux mains jointes

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