L'AUBE PARAIT
Sur l'eau lunaire l'heure glisse
Pâle et lente jusqu'au matin ;
Une étoile, une autre étoile s'éteint ;
La lune seule au ciel veille consolatrice.
D'édifices surgis aux rêves de la nuit
Les portiques croules se tassent en décombres ;
Les clairs frontons de marbre où tant de joie a lui,
S'effacent au gouffre des ombres ;
La ténèbre monte et grandit
Jusqu'à l'astre seul beau qui s'effare et tressaille.
Mais saisi d'une peur confuse et par le froid,
Peu à peu sa lueur décline et décroît :
Il fond, il se dissout, on dirait, maille à maille ;
Même il n'est plus déjà ; la nuit s'est alourdie
De toutes les ruines de nos rêves,
Et les minutes se succèdent brèves,
Palpitantes de tant de deuils,
Si vacantes d'espoir et d'orgueil
Que lorsque, adolescent, apparaît sur le seuil,
Tumultueux, le soleil,
Voici que nos esprits tout à coup s'émerveillent
Et rendent grâce et s'extasient,
Oublieux de leur rêve et joyeux du réveil
Qui les écrase de tout le vacarme de la vie I
La vie, qui hait le songe, a triomphé, La dédaigneuse vie et ses tumultes fous ; La vie qui vire et rit et volte on ne sait où Les rumeurs de ses grands gestes satisfaits,
La vie qui passe comme une trombe
Et ravage sur son passage
Tout ce qui l'environne ou voudrait l'arrêter ;
La vie I sans le souci de qui suit ou qui tombe,
La vie en tourbillons sauvages
Toujours tendue et forte, implacable, entêtée :
La vie se dresse devant nos yeux
Et nous assiège sans répit I...