‹ La nef désemparée: poémesChapitre 27 sur 35 · A LA DORMEUSE · texte numérisé non relu

A LA DORMEUSE

Tu ae crains pas. Tu dors avec ua tel sourire Sur les lèvres que je n'ose y mettre un baiser ; Je voudrais à la fois te laisser reposer Et t*enchanter de mots que nul n'aurait su dire.

Ahy les mots I vous êtes pauvres et décevants; Haleines de mort sur des ombres de poussière. Vous soufflez aux cerveaux un germe délétère. Et votre nuit corrompt l'orgueil des cœurs vivants I

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Tout éclat pur se fane et la lumière lasse, L'avenir est obscur, et» le passé défunt Nul mot n'en peut garder l'ombre ou le parfum ! Laisse-moi, sans parler, m'enivrer de ta grftce :

Elle seule est réelle et frémit sous mes yeux, Seule elle est le présent dont mon désir s'enivre, Elle est seule la joie amoureuse de vivre, Seule elle sait chanter I — Tout est silencieux.

Je n'entends plus, dans les chênes noirs, le murmure Doucement confondu du vent et du ruisseau, L'abeille ne vient plus bourdonner, ni Toiseau Pépier aux nids. Le jardin est sans parure.

Je succombe. Je n*ai pas même combattu ; Ne crains rien ; ma puissance est morte ; ta victoire M'occupe seule et tout le reste est illusoire : Quelle crainte auprès de ton esclave aurais-tu ?

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Quelle crainte ? Je suis moins qu'un brin dans la brise, Moins que rien sous tes pieds que j'adore en tremblant; Necrainsrienl Maisj'aipeurdetoncorps souple etbhnc, Je te désire, et mon désir me martyrise.

Je n'ose plus. Je suis plus humble et plus soumis Que l'enfant dénoncé qu'on châtie et qui pleure ; Je me tiens frissonnant au seuil de ma demeure. Je n'ose plus entrer où jadis je dormis :

Moi qui t'ai, frêle Enfant, livré toute ma vie, T'ayant prise et portée ici dans ton sommeil, Je n'ose plus I Je suis à toi, rien n*est pareil A ce qui fut avant que je t'eusse ravie.

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