LES ILES
A Ferdinand Fontainas,
Toat le mystère du monde est dans les iles.
MiGHBurr.
Parmi Theure plus sereine de cet automne Qui pleut ses feuilles d'or au sol roussi des dunes, Je me suis, vain, ce soir, d'un regret monotone, Assis au bord des flots qu'illumine la lune.
La splendeur survivante d'un suprême été Avive à l'horizon le séduisant mirage De fuir vers les îles de la vie un rivage De platitude morne et de stupidité.
T2 LA HKF D^SSHPABéB
Rien ici ne frémit des grandeurs de la terre ;
Ni volcan dont la lave chaude ensevelit
Les villes et empourpre da flammes les mers ;
Ni fleuve de rage et de folie
Qui broie et emporte au passage
Les roches des monts, le terreau des pâturages
Et leB troupeaux qui y hrouteat les prairies.
Rienl le sable insoucieux de nos plages,
A peine de mornes monticules sans herbages,
Des chemins plats h travers les longues landes
Au boueux terrain des marécages
Où jamais les oiseaux fiévreux ne descendent
Poser aux arbres maigres leurs nids et leurs couvées.
Rien ici ne tressaille ou ne vibre; le vent
Du large s'atténue en soulevant
Parmi l'heure toujours sereine de cet automne
En faibles tourbillons l'écume monotone
De la mer qui palpita sous la lune
Et meurt presque sans bruit au sol roussi des dunes.
L8 JABDIN DBS ILES CLAIRES 73
Les hommes m*ont lassé qui s'agitent sans fia
Pour tenir quelque jour en leurs mains
Un frêle amas de pièces d'or à effigies
Laurées^ sans que jamais ait surgi
La vigueur vraie et le désir de la pensée
Dans leur âme dépossédée :
Labeurs stériles pour ne pas vivre,
Labeurs futiles d'agonisants,
Quoi! aux tristes heures de vos ans
Nuls rêves ne vous entraînent à poursuivre
Les voluptés promises de la Beauté I
La rive où l'on stagne, putride et hébété^
Nul songe ne vous la fait quitter
Et fuir I Plonger aux gouffres dont frissonne Pair,
Appareiller vers les neuves merveilles
Dont, murmure infini d'invisibles abeilles,
Le sourire fait tressaillir l'Océan clair,
Et toute la vie, de mer en mer.
Explorer du soleil qui, en fête, chatoie
Par mille climats de la joie,
Ou qui s'éplore pâle à des grèves farouches I
td
LA mr D^eniPABiB
Cette nnif , quel orgueil sûr I et de ma coucfae Je me buÎs dans la ferveur leré Pour parcourir parmi la lune aa long du flux D'amoureuses contrées qui ne sont plus " * u'un mirage parfumé t
Dusses de la tempête,
9 sa as espoir;
s heures sans rien voir
, qui insurge les lames,
Ions dont le aouffle halète
lar choc, et par fureur entame
re et fou
icore debout,
ïre l'hélice
1 dernier effort
igues engloutissent,,.
Quelle épave
Nous a portés évanouis dans Tame dei écaeifa Où, des geas rudes qui nous recueilleafl Nous ravivent de soins taciturnes et graves ?
Oh I les pêcheurs pensifs dans la brame et le vent
Je les ai vus, depuis^ s'enfoncer si floavent
Calmes et braves
Vers le désastre des longs naufrages
Perdus parmi la nuit aux flots lourds de la mer 1
Et que de fois leurs simples barques ramenèrent
Ce qui était l'orgueil des plus riches vaisseaux,
Splendides naguères de leur espoir de conquêtes,
Fracassé et rompu dans les tempêtes
Par la fougue des vents et la rage des eaux I
J'aimais songer près d'eux sur les grèves, tandis Qu'au loin, dans le frissonnement de midis Parés d^un peu de lumière grise,
Passait éblooiasants la flottaison Des hautes et sin^lières banquises Qu'on voyait fondre à l'horizon.
Nous regardions encore, sans parler, Parmi le sourd magiBsement Des eaux après les eaux, étemelles, L'océan aux écueiU par la houle ébranlés Creuser, dans le basalte, des arcades Où la tourmente s'écbevèle.
au fond des brumes des Orcades longues me harcèle Ire dès l'aurore à l'horizon i passe en lente fiottaisoo.
N DBS ILES CLAIBBB
Le navire qui s'oBtb à mon rêve dans la rade Sous la brise fait sourire d'étïnceltes L'azur clair de la mer aux fleurs de s
Je vivrai d'tle enlle, ivresse! où se ] L'air saperbe de la beauté des Spor Je cueillerai des gemmes et des frui Sicilel et j'entendrai les amoureuses De tes bergers sur les radieuses coll Où Tbëocrite errait et que rêvait V:
Toute la vie enthousiaste et sage 1 J'explorerai tous tes rivages, Je fendrai l'eau de tous les golfes, Et les odeurs du large et les souffles Mes lèvres les boiront d de pures co Offertes à leur soif tour à tour par 1 Et je leur donnerai, selon l'heure, li Tendres des plus lointaines îles :
78 LA NEF DÉSBllPARâB
L'or aux Aatilles, la flamme en l'Insuliad 9
Et la fièrre éperdue y rutilent,
La grâce fraîche ceint Nippoa
D'une guirlande de glycine et de jacinthes ;
Claire et belle, parmi lea roaes
Comme une source jaillit Pormose;
Et j'irai plua épris et plus fier
De vitre tel parmi le monde affolant
Des parfums et des lumières,
Jusqu'au suprême crépuscule
plaines de la mer