‹ La nef désemparée: poémesChapitre 7 sur 35 · LES ILES · texte numérisé non relu

LES ILES

A Ferdinand Fontainas,

Toat le mystère du monde est dans les iles.

MiGHBurr.

Parmi Theure plus sereine de cet automne Qui pleut ses feuilles d'or au sol roussi des dunes, Je me suis, vain, ce soir, d'un regret monotone, Assis au bord des flots qu'illumine la lune.

La splendeur survivante d'un suprême été Avive à l'horizon le séduisant mirage De fuir vers les îles de la vie un rivage De platitude morne et de stupidité.

T2 LA HKF D^SSHPABéB

Rien ici ne frémit des grandeurs de la terre ;

Ni volcan dont la lave chaude ensevelit

Les villes et empourpre da flammes les mers ;

Ni fleuve de rage et de folie

Qui broie et emporte au passage

Les roches des monts, le terreau des pâturages

Et leB troupeaux qui y hrouteat les prairies.

Rienl le sable insoucieux de nos plages,

A peine de mornes monticules sans herbages,

Des chemins plats h travers les longues landes

Au boueux terrain des marécages

Où jamais les oiseaux fiévreux ne descendent

Poser aux arbres maigres leurs nids et leurs couvées.

Rien ici ne tressaille ou ne vibre; le vent

Du large s'atténue en soulevant

Parmi l'heure toujours sereine de cet automne

En faibles tourbillons l'écume monotone

De la mer qui palpita sous la lune

Et meurt presque sans bruit au sol roussi des dunes.

L8 JABDIN DBS ILES CLAIRES 73

Les hommes m*ont lassé qui s'agitent sans fia

Pour tenir quelque jour en leurs mains

Un frêle amas de pièces d'or à effigies

Laurées^ sans que jamais ait surgi

La vigueur vraie et le désir de la pensée

Dans leur âme dépossédée :

Labeurs stériles pour ne pas vivre,

Labeurs futiles d'agonisants,

Quoi! aux tristes heures de vos ans

Nuls rêves ne vous entraînent à poursuivre

Les voluptés promises de la Beauté I

La rive où l'on stagne, putride et hébété^

Nul songe ne vous la fait quitter

Et fuir I Plonger aux gouffres dont frissonne Pair,

Appareiller vers les neuves merveilles

Dont, murmure infini d'invisibles abeilles,

Le sourire fait tressaillir l'Océan clair,

Et toute la vie, de mer en mer.

Explorer du soleil qui, en fête, chatoie

Par mille climats de la joie,

Ou qui s'éplore pâle à des grèves farouches I

td

LA mr D^eniPABiB

Cette nnif , quel orgueil sûr I et de ma coucfae Je me buÎs dans la ferveur leré Pour parcourir parmi la lune aa long du flux D'amoureuses contrées qui ne sont plus " * u'un mirage parfumé t

Dusses de la tempête,

9 sa as espoir;

s heures sans rien voir

, qui insurge les lames,

Ions dont le aouffle halète

lar choc, et par fureur entame

re et fou

icore debout,

ïre l'hélice

1 dernier effort

igues engloutissent,,.

Quelle épave

Nous a portés évanouis dans Tame dei écaeifa Où, des geas rudes qui nous recueilleafl Nous ravivent de soins taciturnes et graves ?

Oh I les pêcheurs pensifs dans la brame et le vent

Je les ai vus, depuis^ s'enfoncer si floavent

Calmes et braves

Vers le désastre des longs naufrages

Perdus parmi la nuit aux flots lourds de la mer 1

Et que de fois leurs simples barques ramenèrent

Ce qui était l'orgueil des plus riches vaisseaux,

Splendides naguères de leur espoir de conquêtes,

Fracassé et rompu dans les tempêtes

Par la fougue des vents et la rage des eaux I

J'aimais songer près d'eux sur les grèves, tandis Qu'au loin, dans le frissonnement de midis Parés d^un peu de lumière grise,

Passait éblooiasants la flottaison Des hautes et sin^lières banquises Qu'on voyait fondre à l'horizon.

Nous regardions encore, sans parler, Parmi le sourd magiBsement Des eaux après les eaux, étemelles, L'océan aux écueiU par la houle ébranlés Creuser, dans le basalte, des arcades Où la tourmente s'écbevèle.

au fond des brumes des Orcades longues me harcèle Ire dès l'aurore à l'horizon i passe en lente fiottaisoo.

N DBS ILES CLAIBBB

Le navire qui s'oBtb à mon rêve dans la rade Sous la brise fait sourire d'étïnceltes L'azur clair de la mer aux fleurs de s

Je vivrai d'tle enlle, ivresse! où se ] L'air saperbe de la beauté des Spor Je cueillerai des gemmes et des frui Sicilel et j'entendrai les amoureuses De tes bergers sur les radieuses coll Où Tbëocrite errait et que rêvait V:

Toute la vie enthousiaste et sage 1 J'explorerai tous tes rivages, Je fendrai l'eau de tous les golfes, Et les odeurs du large et les souffles Mes lèvres les boiront d de pures co Offertes à leur soif tour à tour par 1 Et je leur donnerai, selon l'heure, li Tendres des plus lointaines îles :

78 LA NEF DÉSBllPARâB

L'or aux Aatilles, la flamme en l'Insuliad 9

Et la fièrre éperdue y rutilent,

La grâce fraîche ceint Nippoa

D'une guirlande de glycine et de jacinthes ;

Claire et belle, parmi lea roaes

Comme une source jaillit Pormose;

Et j'irai plua épris et plus fier

De vitre tel parmi le monde affolant

Des parfums et des lumières,

Jusqu'au suprême crépuscule

plaines de la mer

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