‹ La nef (volume 2)Chapitre 12 sur 36 · LES TYPHONS ET LES BORÉES · texte numérisé non relu

LES TYPHONS ET LES BORÉES

Tout semés de bouches, d'ailes et d'yeux, ils passent au-dessus de la terre.

Tempête. Fracas de clairons.

HÈRAKLÈS poursuivant des monstres avec sa massue.

Travaux sur travaux ! Tâches sur ta-

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ches! Là où dormaient les âpres glaciers, Hèphaistos^ soufflant sa rouge haleine, n'a plus laissé que des marais, une mer de limons empestés... Place! place! hideux compagnons ! A quoi bon grincer vos dents tranchantes ? Place ! Arrière ! vous dis-je. Arrière!.. Ho ! ho! Pareil au forgeron qui bat une masse en feu, j'écrase, sous mes coups redoublés, les scolopendres écaillées, les hydres visqueuses aux bras touffus, les pythons dont les têtes fourmillent.

Et maintenant, rejetant loin de moi les haillons sanglants de mon supplice, je viens à toi, triste Ouranos, dieu profond en qui prennent leur forme tous les êtres humains et divins. Vois ! Comme le vermeil Hélios s'élance, fougueux et. frémissant, de la longue nuit hyperboréenne, ainsi je me tiens devant toi, plus affamé"

après ma misère, et de justice et de joie.

O Titan ! père universel! Laisse-moi, dans ton éther sublime, couper pour mon manteau de dieu, un pan de ta pourpre pleine d'étoiles.

Pause.

Tu te fais sourd à ma prière. Je te le dis, ô monstre-dieu qui roules dans les vertiges d'un tourbillon, nul être ne peut retarder cette heure éclatante, toute-puissante, à laquelle sont attelés pour mon triomphe les bêtes, les hommes et les géants... M'entends-tu ? Ne veux-tu céder qu'à un maître armé et menaçant? Regarde ! Elle étincelle en ma main, telle qu'aune comète sinistre, la faux, la dure faux chthonienne dont Kronos t'a déjà mutilé.

La terre tremble.

Ha! ha! Tout ton gouffre flamboie.

Mille jets de tonnerre à la fois, en se ruant tels que des flèches, énormes, sem-

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blent effondrer le ciel enflammé et le précipiter sur la terre. O splendeurs! Tumulte éperdu! Convulsions suprêmes de l'Abîme ! Dardant la foudre blanche aux cent nœuds, dont le fracas redoublé se mêle au galop d'airain de leurs sabots, les centaures de l'Ouranos ouvrent partout, dans la nue, d'aveuglantes cavernes d'éclairs, semblables par l'aspect à la grêle.

Ne céderas-tu pas, puissant Titan ! Déjà, tout au travers des fumées, des explosions, des constellations, la faux d'acier déchire, en criant, cet effrayant manteau du monde où l'univers se mêle à plis confus... Ne craignez rien, race des hommes, vous qui cachez vos faces épouvantées sous les rochers, le long des plages marines. Etesvous donc saisis d^effroi au point de vous jeter contre terre ? Relevez vos corps !

Rassurez-vous ! Le monstre Ouranien est vaincu. Prométhée a revêtu le ciel.

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