‹ La nef (volume 2)Chapitre 11 sur 36 · LE GRAND MATIN DU MONDE · texte numérisé non relu

LE GRAND MATIN DU MONDE

Je te prends à témoin, Gaia, toi dont je touche de ma main le large sein! O Pon-

tos, je te prends à témoin, en attestant tes vagues mugissantes, que les jours de Zeus sont passés !

Il frappe d'un^ rnain^ la terre, et de Tautre, la mer. Roulements de tonnerre. Un silence.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Mes paupières éblouies et craintives osent à peine se lever... Ha ! ha ! Ne voistu pas le feu? Ne vois-tu pas les lueurs sacrées qui fulgurent à la cime des pics ?

Nu, sanglant, tout debout dans la nuit, avec ses deux bras étendus, le dieu nouveau se dresse sur le monde.

PROMÉTHÉE

Salut, splendeur de TOuranos! Orbe vivant! Titan qui te revêts, bien que Zeus me les cache encore, des rais d'or du vibrant Hélios, comme d'une armure étincelante! Salut, tourbillons de Téther! Iles et montagnes glorieuses qui, vous dressant au loin dans la clarté, avez vu le corn-

bat triomphant! Et vous, hommes, bêtes, géants ! Ma voix, en frémissant, vous^l'annonce : Prométhée est enfin tout-puissant. Pareil à l'aigle qui, la nuit, impatient de la venue d'Eos, guette au travers des neiges et des glaciers, dans le sombre océan des étoiles, la Roue atdente du jour, ainsi, après des tourments innombrables, je vois se lever à mes yeux l'immense espoir du bonheur du monde... lô! lô! Ma joie bouillonne en moi, comme un goufïre de blanche lumière. Mon cœur bondit, pareil à la mer, et pousse des cris tumultueux. Hommes, je ne suis plus un dieu.

La souffrance et la sainte pitié m'ont fait semblable à vous, fils de la femme. Pour vous abriter contre Zeus, je vous ai pris dans ma poitrine, aux profondeurs du temple éblouissant, inviolable de l'Amour. Le fleuve terrible de vos larmes a coulé par les yeux du Titan. Maintenant, dieu médiateur, votre humanité vit eh moi, ma

LA NEF lol

divinité vit en vous. O lumière! O resplendissement de cette aube si désirée!

Je ressens une joie étrange, amis, héros de la nef. Je crains qu'échappée de mes mains, Gaia, comme un oiseau, ne s^'en- Yoledans l'éther... Ecoutez ! Aux cavernes des monts qui gémissent sourdement, lobscur Aidés roule ses tonnerres. Une flamme irritée palpite sur la faux étoilée d'Ouranos, que le roi du temps dévorateur, le subtil et rusé Kronos a placée parmi les astres. C'est avec son aide jadis, en armant sa droite puissante de la harpe horrible, aiguë, aux dents tranchantes, que Kronos mutila sans pitié son père, le sombre Ciel. O crimes énormes des vieux dieux! Tyrannies des anciens jours du monde ! En vain, ne voulant pas refleurir, vous vous rebellez contre moi, vous, les mystérieux complices de ces grands forfaits divins. L'antique anathème est rompu. Prométhée va gouverner la terre !

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Entends-tu ! Il promet aux vivants de longs jours de félicité. Sois-nous propice, ô dieu, ô Titan, puisque tu es le Zeus terrestre qui succède à l'Ouranien... Mais quoi! Quel est ce bruit? Ah! hélas ! Mon cœur s'élance hors de mon sein.

Page 1