‹ La nef (volume 2)Chapitre 21 sur 36 · LA VOIX DANS LE TONNERRE · texte numérisé non relu

LA VOIX DANS LE TONNERRE

LE TITAN DE L'ÉCLAIR

Lève la torche ! Au ciel ! Au ciel ! C'est au ciel, c'est dans l'Ouranos, qu'il faut porter la lumière !

PROMÉTHÉE

Je te reconnais, ô Titan, toi qui tombes, plus brillant qu'une étoile, à travers Téther tumultueux. Blessé, vaincu, dompté

par Zeus, enchaîné après le grand Combat, des souples liens de la flamme, c'est toi qu'il darde dans Téclair, toi qui, mourant sans cesse et renaissant, et faisant trembler sous tes cris le toit orageux du monde, plonges des créneaux de la nue, jusqu'au puits lugubre del'Erèbe. Que me veux-tu ? Pourquoi, brisant ainsi les portes de ton cachot, t'es-tu évadé de l'Olympe ?

LE TITAN DE L'ÉCLAIR

Ne cherche plus en bas ! Là-haut! làhaut ! C'est au ciel, c'est dans Tempyrée qu'il te faut porter la torche! Comprends^ enfin ! comprends, fils de Gaia ! Ta guerre est avec l'Ouranien.

PROMÉTHÉE

Les éclats stridents de ta voix retentissent et percent le tonnerre. Des milliers de foudres incandescents se croisent ou roulent en rugissant, à travers ton grand

iS.> LA NEF

corps embrasé, tandis que, sous les noirs typhons que vomit ta bouche ténébreuse, la terre livide se courbe, échevelée d'aquilons. M*es-tu ami ? Mon cœur le croit. Mais mon esprit, ô Flamboyant, reste étonné par tes clameurs furieuses.

LE TITAX DE L'ÉCLAIR

Quoi ! n'as-tu pas compris ? Oï ! oï !...

Vite ! vite ! otototoï ! mes paroles se précipitent... Ne cherche plus en bas! Là-haut!

Là-haut ! Mes cris crépitent comme la flamme... Oï! oï ! otoï ! oï ! ototoï !... Je te le répète, ô Titan. L'ennemi qui te résiste, c'est Zeus, l'implacable Ouranien, le maître 4es étoiles et du monde.

PROMÉTHÉE

Qu'ai-je entendu ? Mais non, non, tu t'abuses. Zeus détrôné Test à jamais. Les destins n'ont-ils pas prononcé ? Ne vois-tu pas qui siège ici, sur la montagne des siècles ?

LE TITAN DE L'ÉCLAIR

C'est toi qui te leurres et t'aveugles.

Tant que Zeus fait son aire en plein ciel, la terre, engouffrée, ô Titan, dans l'épouvantable nuit, obéit au sceptre d'or.

PROMÉTHÉE

Ta voix résonne comme mille nuages. Le vent de ton souffle de feu, où tournoient la rafale et l'éclair, ébranle les massives forêts, et passe au-dessus de Gaia, avec un fracas terrible... T'ai-je compris? Astu parlé du règne de Zeus dodonéen ?

Soit ! Qu'il trône dans son Olympe! Qu'il y déchaîne, avec son noir sourcil, l'âpre aboiement des autans ! Ou que, pareil à une vieille, il file les brumes laineuses et les toisons des nuées! La chaîne est rompue désormais entre le ciel et la terre.

LE TITAN DE L'ÉCLAIR

démence ! Oï ! ototoï ! Ne viens-je pas

tout droit du ciel? Ne domine-t-il plus sur la terre ? Zeus immense, ainsi que le mâle, étreint tout entière Gaia, qui lui demeure soumise... Bien plus! Sache ceci, ô roi.

C'est lui qui peut guérir le cœur. Seul, il détient le remède.

PROMÉTHÉE

Que dis-tu ? De nouveau mon esprit, hésitant et obscurci de brume, ne voit plus de lampe dans sa nuit... Mais quoi ! ta violence redouble; tes cris confus se heurtent entre eux, comme les flots. Roi des nues ! Titan ! apaise-toi ! Mes yeux ont peine à supporter le mouvement ardent, éblouissant, qui s'échappe de toi sans trêve, tel qu'une armée de chars d'or.

LE TITAN DE L'ÉCLAIR

Porte la guerre au Foudroyant ! Saisistoi, saisis-toi de l'Olympe! Que mes clameurs guerrières soient pour toi comme

un feu qui entoure les dieux, comme un marteau qui brise leurs portes.., Oï! oï!

quelle torpeur t'étreint? Puisqu'il faut guérir le cœur sanglant, c'est au ciel que tu trouveras les baumes éternels de la vie, les breuvages d'immortalité.

PROMÉTHÉE

O stupeur ! Ta parole, Titan, est comme un rideau qui se déchire. Certes, si mon esprit comprend, tu parles de l'antique ambroisie et du nectar mystérieux des dieux heureux.

LE TITAN DE L'ÉCLAIR

Qui en boit devient pareil à eux. Toute plaie, tout mal, toute souffrance que le iniel céleste a touché, aussitôt s'évanouit.

iVlais assez ! Oï ! oï ! ototoï ! . . . Zeus ! Zeus ! tu me dévores... Ha! ha! ha!

PROMÉTHÉE

Les rochers, les mers, les continents

tremblent sous les efforts du dieu, tandis qu'il lutte avec les tourbillons d'une formidable agonie. Ah I ses yeux flamboyants s'éteignent. De nouveau la nuit reflue sur moi. C'en est fait, arme-toi, mon cœur!

Que ma voix puissant^, en ébranlant les étoiles dans leur sphère, aille sommer le Foudroyant de livrer la divine ambroisie, la rosée d'or immortelle!... Mais non!

arrête, Prométhée ! Contiens ton âme, un instant encore ! En eff^et, si Zeus demeure sourd, comment forcer à s'ouvrir les portes de son oreille ?

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