‹ La nef (volume 2)Chapitre 8 sur 36 · PROMÉTHÉE DÉLIVRÉ · texte numérisé non relu

PROMÉTHÉE DÉLIVRÉ

HEPHAISTOS

Des profondeurs de Gaia je m'élance, me hâtant sur mon char retentissant. La flamme du monde a mugi. L'ombre innmense de Hestia, toute noire au centre de la crypte, s'est dressée à demi de son trône, avec un geste menaçant. Certes, je crains qu'un ennemi n'ait assailli les cyclopes à l'œil rond, tandis qu'ils forgent sur ce pic, selon mon ordre, des anneaux et des crampons d'acier pour enchaîner

de liens plus forts Prométhée, ce sauveur d'hommes !

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

La terreur se glisse dans mes os. Point de bruit ! Tout bas ! tout bas ! te dis-je.

C'est lui, le boiteux des deux pieds, le forgeur des chaînes de la Terre. Vois! vois!

On ne sait quoi de tonnant, une forme de char fulgurante plane dans un nimbe d'éclairs et jette des flots tourbillonnants de fumée et d'étincelles, au milieu desquels le Flamboyant brandit son trident furieux. Je t'invoque, ô dieu puissant, père, soutien, germe des choses, ô roi, brûlant époux d'Aphrodite !

Sons de trompe.

LES TROIS CYCLOPES (Brontès, Argès, Stéropès)

Mon cœur aboie dans ma poitrine.

Maître, maître, ô dieu, n'entends-tu pas!

Un audacieux, quel qu'il soit, a franchi le

mur de la montagne... Heu! heu ! la rag-e m'étouffe. Ruant des pieds, grinçant des dents, faisant tournoyer mon lourd marteau^ j'en choque l'éther, à droite, à gauche !

HÈPHAISTOS

Silence, ô brutes sauvages ! C'est à moi qu'appartient le combat. Si la rage vous tourmente, soulagez- vous en battant l'en clume! Seul, du haut de mon char d'éclairs, j'arrêterai l'ennemi... Ici! ici ! là! je frappe la terre. Sous les pointes aiguës du trident, des larves innombrables jaillissent, dans de grands bondissements vermeils; un feu immense et dévorant roule sur les cimes embrasées, une mer de combattants. Géants, mammonts, centaures, hydres sifflantes, hommes nus avec des casques d'or, démons à mufle de bête, toutes les formes, en ondoyant, fondent comme un flambeau de cire, au travers de la splendeur guerrière, et, se changeant

les unes dans les autres, renaissent éternellement. Haho ! haho ! La montagne enflammée pétille ainsi qu'un feuillage.

La lave énorme, en gonflant ses flots, sonne un fracas impétueux d'armes, de cris, de hennissements, de boucliers entrechoqués.

O tempête! Chars fulgurants! Nuée d'épées et d'yeux qui tQurbillonnent ! Au milieu des corybantes nus, des croupes des lions qui bondissent, les Aloades se frappent à grands coups, ainsi que les tours d'une ville, avec des poutres de feu; les hécatonchires géants heurtent, entre leurs poings ténébreux, des cymbales de foudre qui vibrent. Certes, je suis toujours le Zeus terrestre, le puissant démon de la vie, dont Téther avec ses astres d'or, Hélios et Gaia sont les membres... A pleins bras! battez! battez le fer! Je vous le dis.

Si vous forgez l'anneau mystérieux, infrangible, qui enchaînera Prométhée, le monde m'appartient à jamais!

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