‹ La nefChapitre 23 sur 33 · LE MESSAGE D'HERMÈS · texte numérisé non relu

LE MESSAGE D'HERMÈS

le Père te rouvre TOIympe. Ecoute ! lui-même, il atteste la vérité de mes paroles.

Nouveaux coups de foudre.

Oubliant dans son cœur, ô titan, ta rébellion qui, si longtemps, a grondé à la face du ciel, comme un feu inextinguible, Zeus te rend ta place parmi nous.

PROMÉTHÉE

Est-ce toi qui sors, fils de Maïa, du grand jet de soufre étincelant qui te cachait à la terre? Mon cœur s'émeut à te revoir, ô roi des astres et de la nuit, toi, le premier des dieux qui vienne à moi, après des siècles sans nombre. Posé obliquement sur la nue, et comme prêt à t'envoler, ton visage éclatant resplendit; tes pieds ailés, tourbillonnants, crépitent, plus brillants que Tairain, quand il sort de la fournaise. Que me veux-tu ? qui donc t'envoie ? Messager de ton maître en péril, m'apportes-tu enfin le sceptre et le tonnerre de Zeus?

HERMÈS

A quoi bon le foudre meurtrier ? Ce que je t'apporte, ô Puissant, ainsi qu'un suppliant dépose des rameaux verdoyants sur l'autel, c'est la paix, le bonheur, Tharmonie, l'alliance de la terre et du monde. Regarde! en frémissant vers toi, le lointain Olympe s'illumine de splendides nuées d'or. La grande porte incorruptible, étoilée, entourée de tourbillons de feu, qu'Adrastée avait close jadis, afin que ta grâce, ô titan, n'en pût sortir qu'au jour fixé, se rouvre, pour te donner passao-e.

Aboliras-tu ce qui fut ? Dis, retourneras-tu les siècles, ainsi qu'une servante retourne le vase de sable à col étroit? Mon bras est lourd encore des chaînes.

A mon flanc saignant, je sens toujours la blessure du vautour.

HERMÈS

L'ambroisie, là-haut, la guérira. Quitte ce pic et ces glaciers, remonte sur ton trône sublime. Aucun dieu, car, assurément, il est temps que tu l'apprennes enfin, aucun dieu, ni Zeus, ni pas un autre, ne fut jamais ton ennemi.

PROMÉTHÉE

Quelle ruse ourdis-tu contre moi, noir gardien de la crypte du soir où s'engouffre la lumière ? Certes, je le vois clairement, ô fourbe, tu n'as pas oublié l'art insidieux des promesses, des feintes, des mensonges subtils... Zeus ne m'était pas ennemi! Entendez-vous, ô flots, glaciers, ravins, ténèbres qui m'environniez, roche affreuse où je pendais? Mais soit! Si telle est l'amitié, si les clous, les cordes, les crampons en sont les marques certaines, en ce cas, je consens, de grand cœur, à me montrer l'ami de Zeus. Donc, qu'il tende les mains aux entraves ! Qu'Hèphaistos, saisissant le marteau... Mais, que servent ces paroles frivoles ? L'Olympe refuse deux maîtres ; la tyrannie de la terre et du ciel ne peut pas se partager.

HERMÈS

O cœur de fer! hélas! hélas! O dieu né pour la ruine du monde! Rien ne pourra-t-il t'émouvoir? Ne dépouilleras-tu jamais cet orgueil amer et implacable ? Ombrageux, le sourcil froncé, le regard furtif et méfiant, tu soufl^les vers moi ta colère, pareil au taureau qui mugit, en frappant la terre de son pied.

Je te le dis, reprends ton vol, remonte en haut, vers

Page 1