‹ La nefChapitre 22 sur 33 · HAINE... DOULEUR... BORNE... IGNORANCE... DISCORDE · texte numérisé non relu

HAINE... DOULEUR... BORNE... IGNORANCE... DISCORDE

Est-ce là ta réponse, Adrastée? Certes, les Erinnyes, déjà, m'avaient crié de leur bouche terrible, ce que tu chuchotes obscurément : chaque énergie, chaque vertu, chaque étoile du front de l'homme, a sa ténèbre qui l'engloutit. Ainsi, ô dérision de Zens ! le monde est tel que les balances d'un marchand attentif à son gain. Il place les poids d'un côté, de l'autre, le byssus ou la laine, et les pèse et les équilibre, en suivant du regard le fléau. O douleur! mon sang reste impuissant; mes souffrances ont été inutiles. Hestia, Hestia, que me sert d'avoir ravi jadis la flamme?... M'entends-tu? Hestia, Hestia... Reine auguste et solitaire, Prométhée te rend le flambeau qu'il alluma jadis, furtivement, à ton trépied éternel.

La terre s'ouvre devant lui. 11 y jette la torche. Le gouffre se referme.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Qu'as-tu fait ? hélas ! malheur ! malheur ! est-ce ainsi que tu nous abandonnes ? Certes, la vengeance de

LE FORCEMENT DES AILES iSg

Zeus, les fléaux, la mort, Tardente foudre, vont s'appesantir sur nous.

PROMÉTHÉE

Qu'oses-tu dire, ô fils de réphémère ? Faut-il que, pourchasser ton doute, j'en jure par mon sang et mes plaies ? Tant que Prométhée siégera sur cette roche sublime, aussi longtemps, la lutte d^t durer. Zeus a pu éteindre la torche. Mais répce reste encore au titan.

Il la saisit et la brandit avec violence. LE CHŒUR DES ARGONAUTES

O joie ! ô joie ! lô ! lô î le glaive! Vois comme il se tord cà et là ! comme il siffle, en dardant vers le ciel une flamme impétueuse ! Les centaures se sont dressés ; Hèraklès, assis aux pieds du dieu, semble sortir de sa torpeur, et, relevant sa tête lasse, il regarde.

PROMÉTHÉE

Ne t'émeus pas, Amphitryonade. Une terre, un monde nouveau, ne peut être enfanté d'un seul coup. Pareil à la fourmi patiente que l'on détourne avec un brin de paille, et qui, sans jamais se lasser, reprend sa course le long du mur, ce n'est qu'après de longs travaux, mille efforts acharnes et stériles, que Prométhée, dieu des souffrants, régnera sur l'Olympe conquis. Mais, assez de vaines paroles...

Il lève la main. Profond silence.

Zeus, Zeus, tyran universel, entends-moi, car mon imprécation est l'éclair qui brille avant ta ruine. Tenant l'épée dans ma main, je m'établis sur ce rocher. Au nord, au sud, vers l'aurore, et aussi vers le triste couchant, j'investis et je ferme partout les bleus chemins de l'Olympe, comme un homme entoure de feux

le ^rand nid d'un vautour carnassier. Non que j'ignore ta puissance : tout l'abîme est nu devant tes yeux, et, du haut de tes crénaux d'or, Timmense royaume de la terre, avec ses peuples et ses cités, t'apparaît, comme un parc de brebis sur lequel tu mets ta griffe. Mais, si altier que soit ton ciel, ma ruse, ma longue obstination, ou ma force impérieuse, saura bien en conquérir les voies. Ecoute le vœu que je prononce : ma main ne quittera Tépée que lorsque tes palais triomphaux joncheront le gouffre de leurs ruines, et que les dieux, vaincus enfin, rejoignant les titans sous l'Erèbe, tomberont, précipités des cieux.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

La nue répond à ton défi par d'horribles grondements. Pontos bout, ainsi qu'une chaudière ; l'éclair dardé brûle et foudroie l'océan déraciné... Ha! ha! Quel messager divin se rue du haut des airs, comme un aigle ?

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