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SCENE XII PROMÉTHEE ENCHAINE

PROMÉTHÉE

L'elTet suit, promptement, la menace. Comme un souffle sur ma chair, je sens une approche indicible qui grandit et vient à moi.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

De longs rayons glissent des nues, remuant soudain, étrangement, les ombres vertes des flots... Silence! Du profond de la nuit, je vois s'élever une forme, vague, merveilleuse, spectrale, au milieu d'un halo de clarté.

PROMÉTHÉE

C'est le démon mystérieux, l'otage gardé dans l'Ou-

ranos, et que Zeus ennemi nous envoie. De même que

la mer, tout à coup, s'assombrit et reste immobile sous

le nuage qui monte dans Tétlier, mon cœur hésite, suspendu.

LE GHCEUR DES ARGONAUTES

Tout mon sang se glace d'épouvante. Déjà, mais non clairement, mes yeux commencent à distinguer l'être silencieux qui s'avance... O prodige ! Ah ! ah ! hélas sur nous ! C'est toi, fils d'Iapétos, c'est toi-même. Mais, des chaînes entravent tes mains et tiennent tous tes membres captifs.

PROMÉTHÉE

Vas-tu craindre ce qui n'est point ? Zeus a fait un spectre de vapeur, et, fascinant vos yeux mortels, enchaînant une apparence vaine, il se Yenge^ ainsi qu'un enfant, des maux qu'il ne peut plus m'infliger.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

O Stupeur ! ô merveille sans nom ! Tranquille et le torse nu, le flanc ouvert, tout rayonnant, planant parmi l'azur, comme un aigle, il s'avance avec lenteur, porté par la nuée des bords du monde, tandis que, sous lui, Sélénè découvre mille précipices, mille rocs immobiles et neigeux.

PROMÉTHÉE

D'où vient cet émoi qui t'emplit ? As-tu peur d'une fumée, d'une ombre ? Mon image, ô héros de la nef, s'armera-t-elle contre moi ? Me fera-t-elle reculer au moyen de ma propre épouvante ?

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Que dire ? que répondre ? ah ! hélas ! O Hékatè porte-flambeau, quelle vision tu nous offres ! Les Olympiens sont-ils vainqueurs? N'avons-nous délivré qu'un fantôme, tandis que la ruse de Zeus, en volant aux hommes le titan, l'enfermait dans les cachots du ciel ?

PROMÉTHÉE

L'épée ardente tranchera tes soupçons et ton doute insensés... Assez de cris, ne gémis plus. Moi, car c^est à mon bras d'agir, je vais mettre en fuite, d'un seul coup, et faire s'évanouir dans Tair, le fantôme qui te trouble.

Il se dresse, en agitant l'cpce

LE FANTOME DE PROMETHEE

(d'une voix cadencée, monotone.)

Arrête ! pourquoi brandir le glaive ? Ne reconnaistu pas le seuil que gardent les sphinx ailés ? M'entends-tu, allons ! paix ! paix ! te dis-je. Dans la région des cieux heureux où tu es parvenu maintenant, sur les confins, si longtemps interdits, de la lumière et des ténèbres, ce n'est plus la force qui prévaut.

(Le fantôme s'arrête.) PROMÉTHÉE

Qui es-tu donc, toi qui usurpes la forme qui m'appartient ? Sans nul doute, bien que Zeus soit subtil, ses prestiges et ses fraudes magiques ne pourraient abuser mcn regard, si, sous la nue qui te recouvre, un pouvoir vivant n'était caché.

mS la iNEF

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Qui serais-je, sinon toi-même ? Ne te fies-tu plus à tes yeux ? Ton esprit se croit-il fasciné par Terreur et le vertige? Va, connais en moi, malgré toi, ton être, ta véritable forme. Comme un homme, lorsqu'il se penche au-dessus d'un grand bouclier d'airain, y voit briller son image, c'est ainsi, apprends-le, fils du jour, qu'il existe deux mondes différents. L'un, ce noir Hadès où tu vis, tourbillon de larves et de vapeurs, générations des Dents-semées qui, prenant la forme humaine^ se dressent, tout à coup, du sillon, font leur fracas d'un jour, puis retombent ; l'autre, qui pose dans Téther, sur la mer de cristal immuable de la pensée et de l'éternité. Là siègent, ô roi des Pandorides, les vivantes réalités dont vous n'êtes que les ombres. Chacun de vous, hommes, démons, érinnyes, victoires aux ailes d'aigle, nymphes, bêtes, tritons des mers, géants monstrueux, se tordant parmi les puits de l'Erèbe, a son double qui trône ici, mais, captif et chargé d'entraves, au sommet du haut ciel lumineux.

Il lève les bras. Ses fers résonnent.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Est-ce toi qui m'assailles, Adrastée ? Ha ! ha ! fracas intolérable ! Du milieu du tourbillon strident, je sens comme de lourdes chaînes qui s'abattent sur mon cœur.

PROMÉTHÉE

Espères-tu me décevoir ? Entravé, les mains chargées de liens, comment serais-tu ma vraie forme ! Le héros issu de la pluie d'or, le descendant de Danaè Targicnne, ne m'a-t-il pas délivré ?

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Certes, il t'a racheté, titan, de la servitude de Zeus,

L'ÉPÉE OU LA ROUE? i.l9

mais non de celle du destin. En efTet, si les fers sont rompus qui liaient tes membres au dur rocher, ton vouloir demeure captif, comme celui des autres créatures, sous le rets universel.

Que dis-tu ? Ne suis-je pas mon maître ? Ne sensje pas ma volonté, souveraine et libre, dans mon sein ?

LE l'ANTOME DE PROMÉTHÉE

Telle est l'illusion d'Adrastée. Aveugles par un enchantement, les esclaves éternels de la roue ignorent qu'ils sont esclaves. Ecoute, ô frère de moi-même : sache enfin la parole scellée, le mystère qui, s'il venait au jour, glacerait d'efiVoi tous les humains. Ni les dieux, ni Gaia ne sont libres ; tout ce qu'enferme rOuranos subit le branle affreux de la Roue. Partout présente au môme instant, muette, omnipotente, fatale, l'univers entier lui appartient, comme la vendange, en monceaux, gît sous celui qui la foule. Quel être lui échapperait ? Fermeras-tu, l'une après l'autre, afin d'arrêter sa course, les barrières et les portes du ciel ? C'est par la crainte de la roue que l'eau coule, que le vent souffle, que la terre bourgeonne et fleurit, que Hèlios court, sans repos, à travers les hauteurs de l'éther, sous sa crinière éclatante. Le temps, pareil au grand dragon, s'enroule tout autour de la roue, et nul œil ne distingue plus cet orbe tournant avec fureur, du démon terrible qu'elle emporte.

PROMÉTHÉE

Que vois-tu dans ma droite ? regarde ! La flamme à laquelle Adrastée est contrainte d'obéir. Si le ciel roule par la roue, si l'inéluctable destin est debout

i5o LA NEF

sur la roue qu'il gouverne, l'épée, en brisant celle-ci, délivrera l'univers.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

A-t-elle pu rompre mes chaînes ? Gomme une femme se repaît du fracas des tympanons mystiques, tu t'abuses à ta propre parole. Je te le dis encore, titan, au parvis de Téther abyssal, la force n'a plus de pouvoir.

PROMÉTHÉE

A qui donc le gouffre est-il soumis ? Quel charme, quelle incantation, fera tomber le rempart de ténèbres qui défend l'entrée du ciel ?

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

La Sagesse, ô forme de moi-même. Rappelle-toi comment Kottos, alors qu'il voulut délivrer ses frères, les géants aux cent bras, pénétra jusqu'au séjour des mânes. A travers le brouillard muet, dans la gorge immense du Ténare, toute hérissée de rocs neigeux, de grêle, de blancs amas de givre, il vit par terre, devant lui, une tête monstrueuse qui, rampant comme une hydre blessée, semblait lui barrer la route. Alors, s'engagea le combat, non plus des dards et des massues, mais des paroles profondes. Et, chaque fois que le monstre sans corps, la tête stygienne aux trois yeux, proposait sa noire énigme, l'Erèbe tremblait tout entier, les glaces, en s'entre-choquant, mugissaient comme la voix de Zeus, l'enfer vomissait des flammes. C'est ainsi que j'éprouverai et ta science et ta sagesse. Les mots de la torche ont péri, effacés sous le doigt des sept Sœurs ; le monde a perdu ses rites. Pour y rétablir l'harmonie, pour savoir qui en sera le maître, de l'homme ou du destin, ô titan, il

L'ÉPÉE OU LA ROUE? i5i

faut proclamer, de nouveau, les grandes vérités éternelles de la terre, de Tenfer et du ciel.

PROMÉTHÉE

Qu'il en soit donc ainsi, fantôme. Mais, dans le suprême débat qu'Adrastée établit entre nous, à quel juge sera remis le jugement de la cause?

LE FANTOxME DE PROMÉTHÉE

Certes, à un juge incorruptible. Nul ne peut le récuser, car c'est Tépée, le glaive en feu, qui portera la sentence. Si tu triomphes, ô titan rédempteur, si ta sagesse éclaire enfin mes questions obscures et profondes, de même que, parmi les monts, de cime en cime, on voit voler un aigle qui crie sa joie, la flamme de l'épée grandira, témoignant ainsi de ta victoire. Aussitôt, mes chaînes tomberont ; pareils à un sombre nuage, tous les Pouvoirs géants du ciel, les dieux, mâles et femelles, seront précipités, pêle-mêle, aux cavernes du Hadès ; l'univers se revêtira de la puissance de ton verbe, comme d'un soleil nouveau, et, libre, tu régneras enfin, d'un sceptre omniprésent, sur les hommes. Telle est la loi de ce combat. Victorieux, tu romps mes fers, en délivrant tous les êtres. Vaincu, la terre est reclouée, pour jamais, à sa fatale croix.

PROMÉTHÉE

Me voici prêt à te répondre : interroge, ô frère du Hadès. Certes, si subtiles que soient les énigmes soufflées par Zeus à ta pensée captieuse, Prométhée en dénouera les nœuds.

(Il place l'épée sur la nue, en face de lui. Profond silence.)

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Je t'interroge sur Tépée. En effet, puisqu'elle sort de toi. puisqu'elle a jailli avec ton sang, la réponse t'est facile. Tu me comprends, fils d'Iapétos. Comme la feuillée agitée décèle l'oiseau qui s'y blottit, de même, tu sais quelle est la force, l'énergie obscure, inconcevable, que je voile avec ce nom. Par elle, l'harmonie du monde est, sans cesse, interrompue ; les prévisions de Zeus échouent, telle qu'un rayon qui se brise. Sur cette chose de prodige, d'où émane un prodige éternel, éclaire-moi, vainqueur des dieux.

L'ironie siffle dans ta voix, mais qu'importe à ma sûre espérance ! N'ai-je pas pour juge éclatant, l'épée, dressée sur la nue ? Tu me demandes ce qu'elle est : je te répondrai sans peine. Clarté vivante hors de nous, elle estj dans l'âme des humains, la liberté, la force inexprimable, qui, se mouvant d'elle-même, anime tout l'univers.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

La torche, elle aussi, à t'en croire, était l'esprit au branle flamboyant qui équilibre le monde. Mais, sous le souffle des sept Sœurs, sa magie s'est dissipée.

PROMÉTHÉE

Les signes de la torche divine s'y trouvaient gravés par le dehors, sur la hampe extérieure. Mais, l'épée sortie de mon flanc, du cœur le plus profond de mon cœur, échappe au pouvoir de Zeus.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

(Il montre ses mains enchaînées.)

Oserais-tu bien en jurer ? Tu te crois libre, ô patient

L'ÉPKE OU LA ROUE? i33

du vautour, par orgueil, par aveuglement, de même que la nef Argo, ignorant le gouvernail furtif et le vent qui souffle dans sa voile, croit qu'elle se dirige elle-même. Sors de ton rêve, Prométhée; scrute enfin ta destinée obscure. La liberté, pour qui s'y penche, est un gouffre encore plus ténébreux que le Tartare ou la Nuit. Je te le dis : comme un nageur, au milieu de la plaine de Tonde, est porté par la ride invisible se propageant sous les eaux, ainsi, tout mouvement des choses, si faible, si minime soit-il, a son reflux jusqu'à toi. Va, cesse enfin, vainqueur des dieux, de redire d'une bouche sonore, ce que tu ne comprends point. L'épée est soumise à la roue; la sévère fille de l'abîme, Némésis, étend également, et sur l'Olympe, et sur les hommes, les chaînes de la nécessité. Peux-tu exister hors des êtres ? Es-tu seul ? Ne joues-tu point ton rôle dans le chœur universel? Dès lors, qui te délivrera ? Quel fer coupera des entraves qui s'emmaillent à Tinfini ? Tout ce qui dépend de Kronos, dans le vaste empire d'Ouranos, est lié sous un joug inflexible. La cause y met au jour Teffet, les actions s'y appellent et s'y suivent, comme un flot pousse un autre flot, dans un fleuve intarissable.

PROMÉTHÉE

Penses-tu m'avoir convaincu ? Alors, entends ma réponse. Je me sens libre, ô titan du Hadès, de même que je me sens vivant.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Mais c'est Tesprit, non le vouloir, qui engendre tous tes actes. Nul ne veut qu'après avoir pensé, ainsi qu'un homme se recule, élevant dans sa main un flambeau, pour mieux voir Tami qu'il étreint.

PROMETHEE

Tout vouloir est indivisible. La liberté jaillit en nous, d'un seul jet, comme l'éclair.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Chaque acte de ta volonté ne s'enchaîne-t-il pas, cependant, ainsi que par un nœud d'airain, au désir qui le précède ? De même qu'un bras coupé du corps ne saurait se rejoindre à son os. c'est ainsi que la liberté nous demeure inconcevable, ô roi, elle qui, à chaque moment, isolant la cause de l'effet, séparerait Thomme, quand il agit, de sa propre intelligence.

PROMÉTHÉE

Arrête ! Que m^importe, après tout, tes raisonnements subtils ? Ta langue, parce que tu l'agites, prévaudra-t-el!e sur l'univers ? Changeras-tu Tordre éternel, ô spectre, selon la vibration de tes phrases spécieuses? Cette liberté que tu nies, est partout, comme l'air qu'on respire. C'est elle que chantent les aèdes, en s'aidant du plectre étincelant, elle qu'enseignent aux enfants les nourrices vénérables, elle que portent les guerriers à la pointe de leur lance, elle qu'attestent, chaque jour, quand il jugent les désaccords, les vieillards semblables aux Immortels, assis hors de la porte des villes. Sans elle, ni piété, ni vertus, ni crimes, ni justice, ni vices... Mais que sert de parler plus longtemps ?

11 se lève et saisit l'épée.

N'ai-je pas l'épée dans ma main ? Ne la vois-je pas ondoyer et se tordre sous mon souffle? J'en explique mal, prétends-tu, la puissance et l'essence divine. Soit ! ma bouche te le redit. Je me sens libre, ô titan dispu-

L'ÉPÈE OU LA ROUE> i53

teur, par le fait crun mystère indicible, de môme que je me sens vivant.

Il repose l'e'pée sur la nue.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Point de mystère dans la roue. C'est aux yeuv de tous que Némésis accomplit sa course intatig-able, et, ruée à travers TOuranos, donne le branle à Tunivers.

PROMÉTHÉE

Adrastée n'est rien qu'un fantôme. Suscitée, à l'aurore des jours, pour débrouiller le chaos, le libre Amour, l'ayant créée, Ta laissée, ainsi que sa servante, au centre du monde et de ses lois.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Qu'as-tu dit ? L'effet sera-t-il tout au rebours de la cause ? L'eau produira-t-elle le feu ? La liberté aurat-elle pour fille, la dure nécessité ? Non, non ! Force unique, sans bornes, la roue puissante encercle tout, et l'enfer, et la terre, et le ciel.

PROMÉTHÉE

Vais-je donc me nier moi-même ? Quel vivant, si infime qu'il soit, ne se sent exister, ô fantôme, dans son souffle ou son esprit ? Et pourtant, si, comme tu l'annonces, la roue de fer encercle tout, Pan devient l'univers à lui seul, TOuranos ne forme plus qu'un être. Ecoute, ô larve stygienne, car il est juste, assurément, que je réponde à mon tour. Comme le vent emplit le ciel, ou comme la solide vertèbre, en se joignant à la vertèbre, compose un seul animal, c'est ainsi que ton raisonnement, en enlaçant l'être au vivant, l'âme à Zeus, l'étoile à l'étoile, fait du monde un bloc inséparable. En effet, tout devenant fatal, rien ne s'oppose plus à rien ; chaque atome, traînant sa vie, la sent

i56 LA NEF

s'appesantir, par derrière, des milliers de monstrueux chaînons du Hadès, de la terre et des astres. Mais que dis-je, pourquoi parler de la vie et des vivants ? Quel être aurait jamais surgi, quelle àme se séparerait dans cette masse effroyable ? Unifiés par Némésis, la matière et l'esprit s'agglomèrent, l'univers entier se pétrifie. Ce n'est plus ce mobile océan, ce gouffre agité des mondes, où, telle qu'une calme vague entraînée dans le typhon marin, l'éternité se débat aux flots des jours. Nu, sans forme, immense, indivisible comme la mort ou le néant, Pan occupe et comble, à lui seul, tout l'espace ténébreux.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

J'admire tes paroles habiles. Mais ton propre argument se retourne et te blesse à son tranchant. En efFet, si la roue d'Adrastée fait de l'univers une masse, l'épée, en séparant les êtres, les isole et, tels qu'une poussière, les disperse dans les airs.

L'antique sagesse me suffit. L'épée brille devant mes yeux, je sens ma liberté dans mon âme. Pour le surplus, je m'en remets, sans charger mon esprit hésitant d'un vain fardeau d'inquiétudes, à la Justice et à l'Amour qui savent tout.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Ecarteras-tu de la main, comme on chasse un moucheron ailé, toute remarque importune ? Je te le répète, à mon tour. Puisque, par un feu furieux, tu prétends escalader chez Zeus et t'emparer de l'Olympe, ma part est de t'interroger, comme en ont décidé les destins, la tienne de me répondre. Tel est le pacte qui nous lie. Tu y as obéi pour l'épée. Maintenant, ô rival des

dieux, (ils patient de la grande Gaia, ma question va être sur la roue.

Tonnerre. L'obscurité redouble.

LK CHŒUR DES ARGONAUTES

Quel poids épouvantable m'oppresse ! O nuit, nuit, étreintes glacées !... Est-ce toi, ô roue ? ah ! ah ! hélas ! L'horrible craquement invisible enserre Gaia, de toutes parts...

Une ombre immense so projette sur la terre.

PROMÉTHÉE

Arrière ! assez de prestiges ! Vainement, tu fascines mes yeux, mon cœur n'est pas persuadé. Non, non, elle a beau m'écraser, la roue n'est qu'une apparence. Ordre, loi, règle, destin fatal, nous appelons ainsi, ô spectre, l'illusion de notre esprit.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Qu'oses-tu prétendre, fils du jour? Dénoues-tu, vraiment, le lien du monde? Ou bien, emporté de fureur, jettes-tu des mots violents et vagues, tel un guerrier qui ne voit plus où court son char, dans la poudre qu'il soulève ?

PROMÉTHÉE

Silence ! me crois-tu insensé ? te railles-tu de moi, larve stygienne? Je te le dis, sans m'émouvoir. Tout, pour l'homme^ dépend de Thomme ; l'univers entier roule sous l'ombre de la pyramide des lois projetées par notre esprit. De même qu'un habile sculpteur, dans le sanctuaire d'un temple, modèle une statue de Zeus en frappant du marteau sur l'airain, c'est ainsi que l'humaine pensée crée le monde à son image. Le

i58 LA NEF

feu est-il chaud pour le feu ? Crois-tu qu'Eôs peigne le ciel qui s'azure en nos prunelles ? Pareillement, la destinée, la règle, renchaînement, la norme, résident seulement dans l'esprit. Comprends-moi bien, fils du Hadès. Comme les prêtres dodoniens, dans leurs rites mystérieux, mesurent, en les appliquant l'une sur l'autre, deux feuilles du chêne sacré, la nature et l'homme se confondent, la pensée se superpose à tout. Par là, Adrastée est la reine des apparences et des rapports, mais non des essences mêmes. En vain, les lois, les causes, les puissances qu'elle fait naître hors de son sein, se lancent, sans repos, Tune à l'autre, le fil magique où tout se lie, dans la mutabilité. Ces fantômes, étant hors du réel, ne tissent que des formes logiques et une illusion vide.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Ainsi, tu t'en fais gloire, ô titan. Jamais nul rayon de lumière ne percera jusqu'à toi. Sourd, aveugle, englouti dans les choses, le tout-puissant vainqueur de Zeus est pareil au rocher ténébreux, fils inerte de la terre.

Que dis-tu ? Rien de si vivant que l'esprit, ô larve de moi-même. L'univers flotte sur la pensée, comme un nuage recueillant le vent même sur lequel il roule et s'enfuit.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

J'admire tes paroles contraires. Habile aux ruses du discours, tu éteins tour à tour, dieu subtil, le flambeau qui luit au front de l'homme, et tu le rallumes à ton gré, selon que ta cause a besoin ou du jour, ou des ténèbres.

L'ÉPÉE OU LA ROUE? mq

PROMÉTHÉE

Ne te démens-tu pas aussi ? Niant Tépée, roi de la nuit, ton raisonnement est pareil à ce dragon monstrueux, fils du feu, dont les têtes se combattent. En eflPet, Némésis, sur sa roue, n'est-elle pas la liberté, puisqu'elle rèi^le le destin ? Tu la mets dans la nue, hors du monde. Moi, spectre, je la sens dans mon cœur.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Némésis est esclave elle-même. Loin qu'elle dirige la roue, celle-ci l'entraîne, ô fils du jour, dans sa course irrésistible. Pourras-tu t'évader hors des cieux ? lUein du temps, regarderas-tu et le temps, et la forme, et l'espace, comme du haut d'une tour ? De même, le démon de la roue, emporté au branle universel, ne fait qu'un avec le monde. Je te le dis sans me lasser, désirant que, par un clou solide, tu fixes ces choses en ton esprit : ce qui est ne peut pas ne pas être. Pareille à la rondeur de la sphère qui n'a point de commencement, l'immensité, avec ce qui la meut, pesanteur, rythme, effluves, harmonie, forme un tout indivisible. Tu fronces le sourcil, fils du jour. Bien ! Considère seulement la chose, l'être le plus chétif, une fleur, une herbe, un grain de sable, tiens ! cette étrange mouche d'or que les Kharites ont ciselée au sommet du grand sceptre de Zeus. Si ta pensée la place ailleurs, si ton jeu, pour sourire, imagine qu'un dieu lui donne son vol à travers le firmament sans bornes, ce changement, se propageant de cercle en cercle, à l'infini, ébranle tout le pôle des cieux, la couronne de tours de Gaia, les astres de l'Ouranos. Gomme le soupir d'un captif, au centre d'un dédale de bronze où grondent mille échos souterrains, retentirait plus haut que

i6o LA NEF

le tonnerre, de même, ô roi, en transposant un fétu, un atome impalpable, tu renverses Tunivers.

PROMÉTHÉE

Qu'as-tu dit, esclave de la roue ? Ta propre parole indomptée te condamne, en refluant vers toi. En effet, comment donc concevoir cette succession infinie, et qui n'aurait pas une cause, c'est-à-dire, un commencement ?

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Le monde est sa cause à lui-même. Le destin, avec la roue,rétreint, et lui reste immanent à jamais, mais, sans qu'on Len puisse nommer ni le moteur, ni le maître.

PROMÉTHÉE

Ainsi, prises chacune à part, les choses et les créatures seraient toutes, dans le cours fragmentaire des instants de la durée, produites au jour par une cause. Réunies dans leur totalité, elles auraient pour père le néant !

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Ma bouche te répète la loi : Pan n'a pas deux visages, ô titan ; le monde n'est qu'un seul être.

PROMÉTHÉE

Et moi, je le proclame, à mon tour : la liberté mystérieuse a enfanté Lunivers...

(La flamme de répée grandit, projetée en gerbe dans le ciel. Prométhée se dresse à demi.)

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Paix! paix! allons, reprends ta place... Es-tu si prompt à t'émouvoir? Oublies-tu le signe inéluctable? Tant que le parvis ouranien ne rouvre pas, à deux

L'ÉPÉE OU LA ROUE? * i6i

battants, ses belles portes cFétoiles, la lutte n'est pas terminée, l'Olympe brave encore tes menaces.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Hélas ! Zeus est-il donc vainqueur ? Vois, l'ombre obscure de la roue a déjà ramené sur Gaia la terreur et le silence ; le glaive pâlit, au bord du ciel.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Ni l'épée, ni la roue ne triomphe. Mais, dans un éternel combat qui n'est, peut-être, ô patient du vautour, comme la tension opposée des deux cornes de la lyre, qu'un vaste accord éternel, ces deux' pouvoirs ^^éants s'affrontent et se contiennent l'un l'autre. Tel est le nœud qu'il faut trancher. Réfléchis, dis-nous la loi sévère. En effet, ce n'est plus sur la roue, ce n'est plus seulement sur l'épée que ma bouche t'interroge, mais, les unissant toutes deux, ma question suprême, ô fils du jour, est maintenant sur l'épée et la roue, conjointes, agissant de concert, dans leur force inséparable.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Mon cœur frémit... O Zeus ! que va répondre le vainqueur des Olympiens ? Ecoute, pas un bruit sous la nue. Immobiles, en face l'un de l'autre, au milieu du calme solennel, les deux titans demeurent assis, et, tout droits, sans cligner les paupières, se regardent, fixement.

Un long silence.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Qu'attends-tu, ô maître de l'épée ? Pourquoi as-tu Tair d'hésiter, sur le seuil de la dernière épreuve ?

i62 LA NEF

Parle ! Quel Pouvoir souverain réconcilie les deux pouvoirs, inscrivant Tépée dans la roue, confondant la roue avec Tépée ? Tu le sais, dissemblables en tout, leur accord semble impossible. L'une est ronde comme le ciel, comme Tocéan orbiculaire, comme l'anneau de la chaîne qui lie. Sa forme, en s'étreignant sans fin, circonscrit le monde en l'unité. L'autre, au rebours, fils d'Iapétos, fait un monde avec chaque être.

PROMÉTHÉE

Ecoute : méditée longuement, ma réponse sera brève. Rien ne diffère qu'en Gaia ; au-dessus de la terre et du ciel, les contraires se concilient.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Voilà donc tes oracles, ô divin ! Même pour moi, qui suis toi-même, ils ne sont pas moins ténébreux, moins difficiles à pénétrer, sous la nuée qui les couvre, que tous ceux de Loxias.

PROMÉTHÉE

Faut-il parler plus clairement ? Comprends-moi, ô larve de l'Erèbe. Roue, épée, forment un seul pouvoir. Quoi qu'il semble à notre œil qui s'abuse, Tépée est telle que la roue, la roue est telle que l'épée.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Dis-tu bien ce que tu parais dire ? Alors, la querelle est finie, et l'homme, ayant fléchi le sort, prend sa place au banquet immortel. Quitte le rocher où tu sièges. Que ton souffle éteigne l'épée ! Cette identité absolue, que ta parole proclame, est le secret caché à tous, par lequel régnent les dieux heureux. Ecoute, ô patient du vautour, écoute aussi, race éphémère. De même qu'un ouvrier habile apparie et met de niveau les beaux blocs de marbre étincelant qui forment

L'ÉPÉE OU LA ROUE> i63

les deux frontons d'un temple, ainsi, la liberté, pour riiomme, est de confondre son vouloir avec la nécessité. En effet, étendant ses mains, Adrastée traîne, par les cheveux, l'insensé qui lui résiste; elle guide, complaisamment, quiconque lui obéit. Soumets-toi donc, vainqueur de Zeus; mêle ton âme aux profondeurs de la grande âme éternelle; conforme ton esprit à la loi. Aussitôt, tu cesses d'être esclave, et, assis au trépied du destin, tu gouvernes tous les cieux. Ne recevant plus du dehors aucune impulsion qui te contraigne, puisque la roue tourne en ton cœur, tu jouis d'une liberté comparable à celle d' Adrastée. Ta parole a dit vrai, roi du monde. L'épée s'engloutit dans la roue, la roue disparaît dans Tépée. Comprendre les destinées fatales, il n'est pas d'autre liberté.

PROMÉTHÉE

A quoi bon chercher tous ces détours? Tu sais bien, titan de la nuit, qu'en feignant d'expliquer mes paroles, tu leur donnes un sens menteur.

LE FANTOME DE PROxMÉTHÉE

Qui pourrait les interpréter différemment, fils de Gaia? Si Nyx brille comme Hèlios, si les contraires sont le même, rien n'est plus, le pôle se dissout, tout se mêle et s'engouffre au Hadès.

Oublies-tu, à ton tour, que la terre a brisé sa geôle infecte et obscure? Des lois nouvelles, inconnues, régissent le haut ciel où je tends.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Partout, l'ordre règne et gouverne. Dans quelque sphère que tu montes, c'est la raison, la raison seule, ô roi, qui réalise l'univers.

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PROMÉTHÉE

C'est bien aussi dans la raison, c'est au sein de la pensée suprême, que prend fin la guerre sans fin des apparences contraires. Joie, douleur, s"y fondent l'une en l'autre ; la vie, la mort, le bien, le mal, la lumière avec les ténèbres, n'y font plus qu'une seule clarté. Me comprends-tu, dieu fraternel? Ou bien, faut-il que mes paroles, semblables à une lampe amie, continuent de luire, pas à pas, sur la voie que je parcours ? Ecoute : comme le dard qui vole occupe un lieu, au même instant, et pourtant, n'occupe pas ce lieu, ainsi, les choses de la terre, en leur cours perpétuel, sont bonnes et sont [mauvaises à la fois, unies d'un lien et séparées, identiques et dissemblables. Le monde a pour signe l'éclair où, parmi le foudre bouillonnant, sont tordues l'eau des nues et la grêle. En eflfet, si tout change sans fin, et fleurit par ce changement même, tout renferme en soi ce qui le nie, tout est, en même temps que soi, et son double et son contraire. L'effroyable Eris n'avait pas tort. Ce que sa bouche nous taisait, en criant ce grand combat du monde, c'est que les heurts, les discordances, se concilient dans TOuranos, au-dessus de la terre et du ciel. Là, règne à jamais l'harmonie ; là, le jour et la nuit coïncident. De même que l'ardent Hèlios, quand sa roue de flamme blanche arrive audessus du pôle cimmérien, s'y arrête et ne mêle plus d'ombre à la clarté qu'il répand, ainsi, dans la pure splendeur des sphères intelligibles, s'évanouissent, ô démon du Hadès, nombres, limites, différences.

LE FANTOME DE PROMÉTKÉE

Pèse mieux, toi-même, tes paroles. En effet, si tout de l'univers se dissipe et se confond, que restera-t-il à l'esprit, que l'esprit puisse embrasser ?

PROMÉTHÉE

L'Idée, Tessence vraie qui demeure. Gaia est soumise aux prestiges et de Tespace et du temps. Dès que riiomme, en triomphant des dieux, aura franchi les cieux sensibles, le réel lui apparaîtra.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Ainsi, tu Tavoues sans détours : la raison, ô titan, n'est pas une. Double, coupée en deux comme un ver, la raison de la terre s'oppose à celle du surmonde idéal.

PROMÉTHÉE

Certes, au seuil de l'intelligible, la pensée trébuche et s'engloutit. Une ligne infiniment courbe est égale à la ligne droite. Suppose un dard instantané. Envahissant tout au même instant, il resterait immobile.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Mais, par ces choses, ô fils du jour, quand même tu pourrais les écrire sur chaque herbe ou chaque soleil, comment la liberté des êtres se verrait-elle fondée ?

PROMÉTHÉE

Ignores-tu, larve du Styx, de quel dieu Adrastée est la fille ? Si la Nuit sans bornes l'enfanta, son père n'estil pas Kronos, le vieux maître des mensonges?... Regarde, l'épée me répond. L'indomptable esprit qui vit en elle s'agite et darde, çà et là, sa flamme joyeuse vers le ciel. 11 sait bien que le Tisseur des jours, le spectre qui déroule les âges, n'existe pas, n'a nul pouvoir dans les orbes où je m'élève. Dès lors, point de nécessité. En effet, là où Kronos n'est pas, comment la roue pourrait-elle être ? Puisque la cause, forcément, précède ce qui la suit, si le temps, ce cachot, plein de chaînes aux lourds anneaux infinis, s'écroulait

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soudain clans les ténèbres, Gaia bondirait délivrée, les sandales de plomb des Heures ne courberaient plus n.'S fronts. lô ! lô ! Taube vient, elle est proche; Zeus, déjà, pâlit, au fond du ciel. C'est que, parmi tous les secrets qu'il m'a fallu voler aux dieux, ou susciter, Tun après l'autre, des replis de ma raison, celui-ci est le secret suprême. M'entends-tu, titan, fils de la roue } Comme un songe semblable à un homme reproduit cet homme tout entier, encore qu'un songe ne soit rien, et n'occupe aucun lieu dans Téther, de même, le monde reflète uniquement, bien qu'il semble à nos yeux, si véridique et si réel, la magie subtile de Kronos, l'ombre idéale d'Ouranos. Ainsi, dure ton esclavage. Fasciné par ces deux puissants dieux, qui nous leurrent et mentent l'univers, tu traînes ta pesante chaîne, tu rampes, les deux pieds entravés. Mais c'est assez, je te délivre. Le rêve qui t'entoure a pris fin.

(Un silence. L'épée revient se placer, d'elle-mênne, dans la main de Prométhée.)

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

La lutte est-elle terminée? Allons-nous voir crouler enfin les grands remparts de l'Olympe ? O stupeur ! Les dieux se taisent... écoute ! le tonnerre épouvantable dort. Seule, à la droite du titan, l'épée blanche, joyeusement, bouillonne, en dardant ses rais, de tous côtés.

PROMÉTHÉE

Que fais-tu? que me veux-tu. fantôme? Sur les nuées de l'air qui vibre, d'un mouvement mystérieux^ solennel, inexprimable, tu glisses vers moi, du fond du

ciel... Arrête! prétends-tu m'assaillir ? Ne vois-tu pas répee ardente qui brille devant tes yeux ? C'est autour d'elle, désormais, que, dans cette salle du monde, Némésis va décrire son cours, pareille à un bœuf enchaîné, et qui tourne autour du poteau, en foulant sous ses pieds les javelles.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE (Il s'arrête en face du titan.)

Que rOlympe altier s'évanouisse! les destinées sont accomplies. Suprême combattant de Zeus, dieu captif, contraint par d'autres dieux de m'armer pour les secourir, ma défaite, en plongeant au Hadès les tyrans usurpateurs, te rouvre l'accès de ton royaume. lô! Brandis ta forte épée, fais tomber de mes mains, leurs entraves. En me délivrant, fils du jour, c'est toi seul dont tu romps les fers.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

La clarté pâlit, qui rayonnait sur les sommets Ouraniens. Vois ! Dans tout le ciel orageux, une agitation sans bornes... Ah! ah! l'obscurité redouble. Aux degrés des portiques étoiles, des spectres de dieux fulgurants apparaissent, tout à coup, puis, s'éteignent.

PROMÉTHÉE

coupant les chaînes avec l'épée.

Le fer cède au pouvoir du glaive. Il bouillonne, il fond sous le tranchant, en même temps que mon esprit se trouve comme libre, soudain, de ses entraves terrestres. Certes, Hèraklès n'avait rompu — je comprends maintenant tes paroles — que les coins et les crampons solides qui me liaient au granit ; les rets subtils de Némésis continuaient de m'entourer... Ah! le seuil de l'Olympe s'agite j toutes ses portes, en

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s'ouvrant, vomissent, avec l'éclair, des spectres et des faces furieuses. Regarde ! Les colonnes du ciel se renversent et croulent, sans un bruit, telles qu'une vision de rêve, dans le gouffre incandescent.

LE FANTOME DE PROMÉTHÉE

Mes fers tombent aussi, Prométhée; l'épée a fini son œuvre. Vois, échappée de ta main, se ployant en cercle maintenant, et pareille à une roue, elle se consume, avec lenteur.

(Il se dissipe dans les airs. L'épée s'éteint.) LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Tout tremble, tout chancelle à la fois. Au milieu des nuées qui s'embrasent, un immense char apparaît, encombré de déesses et de dieux...

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