I-'^ NEF
moucherons .. Heureusement, il reste encore, à l'endroit où la flamnij a jailli, une étiacelle inextinguible du f.u vierge qui entoure iiestia. Kaliume-toi donc, ô flambeau. Fais briller, jusqu'à l'instant marqué où j'aurai trouvé la vraie lumière, ta passagère splendeur.
Il enflamme la torche contre le sol.
Et maintenant, je saluerai, puisque l'homme attache sa tendresse, même aux lieux où il a souffert, la grande montagne vénérable. Salut, fleuves aux beaux tourbillons ! Salut, neiges ! Sa ut, «-laciers rampants, que mon œil a vus tant de fois, dans la suite monotone des âges, décroître, puis reblanchir les monts... Salut aussi, héros dompteurs des mers, vous, que j'ai si longtemps attendus, et dont la venue m'a délivré. Et toi, bon Amphytrionade, puisses-tu te rappeler, parfois, celui qui fut le titan !
HÈRAKLÈS
Salut, toi qui as tant souffert pour changer les destinées de l'homme. Fasse Adrastée que tu atteignes, promptement, aux parvis ouraniens !... Pourquoi non ? L'éphémère, déjà, n'a-t-il pas la terre et l'eau marine? Certes, puisqu'il dompte les flots, puisqu'il court sur les gouffres mouvants avec le char ailé de toile, son audace lui conquerra, de même, tout l'abîme des étoiles et des cieux.
LES CAPTIVES
Hélas ! ne te verrons-nous plus, Prométhée, dieu très bon, dieu très grand, si doux pour moi, malheureuse !... O regrets ! ô deuil dont je gémis ! Mes pleurs, comme une nuée, montent à mes yeux et, largement, ruissellent de mes paupières .. Reste encore! ne quitte pas le roc !... Hélas ! il soulève l'enfant sur
son épaule robuste, puis, érigeant haut dans sa main, la belle torche d'or qui scintille aux premiers rayons du jour vermeil, le dieu s'éloigne à grands pas.
(L'orbe du soleil apparaît au loin, sur la cîme des glaciers, tandis que Protnéthce descend, rapidement, les pentes de la montagne.)
HÈRAKLÈS levant les bras, comme pour saluer la clarté du jour.
C'en est fait, le vieil Hypérion recommence sa course journalière ; le rêve de la nuit fatidique va, promptement, se dissiper... Mais, doucement... N'estce pas une source que j'aperçois briller là-bas, précipitée à bouillons écumeux?... Dès longtemps, ma lèvre était aride, car, lorsque les titans destructeurs ont bouleversé la montagne, les fleuves, où ils avaient vomi des torrents de fumée et de soufre, en étaient demeurés infectés... Mais quoi ! d'où vient cette clameur ? Grimpant, çà et là, parmi les rocs, des centaines de ces larves aux yeux peints me provoquent par des gestes insultants, ou courent, en soufflant dans des conques... Que fais-tu, brute sauvage ? Arrière !
Il s'élance vers une troupe d'hommes qui dansent autour de la cascade.
M'entends-tu ? Obéiras-tu ? Loin d'ici !... Hurlant tes cris de joie, tu jettes des pierres dans la source.. Arrière ! quel démon es-tu donc ? Respecte le jeune arbre innocent, comme un frère vénérable ; ne trouble pas, ne souille pas, l'eau candide, l'eau sacrée...
Il les chasse, en les frappant du bois de son arc. LE CHŒUR DES ARGONAUTES
Tu n'es pas au bout de ton labeur. Ne vois-tu pas, enfant de Zeus, comme il en sort des gouffres, des ravins, des antres, des fissures du roc? Sans mentir, la
terre a sa vermine... Mais^ déjà, Hypérion d'or commence à monter dans les airs; le vieux Nérée, sur son trône vitreux, sent les rayons du jour naissant échauffer les plaines vertes... Entonne le péan, roi Jason. Et toi, Typhis, en déployant la voile, fuis ces bords inhospitaliers.
HÈRAKLÈS
(du haut de la falaise.)
Regarde, Prométhée reparaît. Bien au-delà du promontoire, quittant la plage, où les aigles tournoient audessus des monstres pourrissants, le dieu, suivi d'un flot d'écume, s'avance à larges pas, dans les vagues.
LES CAPTIVES
Vois ! il s'arrête tout à coup, avec l'enfant sur son épaule et, tournant la face vers la nef, il nous adresse des yeux et de la main, en montrant le sublime Ouranos, un dernier geste d'adieu...
(Les Argonautes entonnent l'hymne triomphal, tandis que la nef commence à voguer.)
HÈRAKLÈS
Béni soit ton cœur excellent, Prométhée, ô dieu médiateur, qui as tant aimé les hommes! Bien que, vaincu par Némésis, tu doives t'exiler d'entre nous, ton exemple ne sera pas perdu. Jamais la terre n'oubliera ta rébellion sacrée ; jamais tes fils ne cesseront d'honorer tes luttes généreuses, aussi longtemps qu'il y aura parmi eux des sages, soucieux du destin, et des aèdes, candidement épris du laurier des Muses, toujours vert... Mais allons, sans plus différer, il est temps que je songe à moi-même...
(S'avançant vers la chute d'eau, il emplit ses paumes réunies et les porte, vivement, à ses lèvres. Avec une explosion de joie :)
lô ! lô! la dernière souillure de l'Erèbs est eflPacée. Rajeunie après tant de désastres, la terre est redevenue telle que l'avait créée Zeus Ouranien... Je te retrouve, eau vierge, eau claire, toi, pareille à un enfant, pure, fraîche, intarissable... O jaseuse ! ô musicienne! plus douce que la chanson suave de la flûte de roseau...
(Penché sur le bassin de la cascade, il emplit une grande corne de taureau, puis il boit, en laissant tomber l'eau, de haut en bas, dans sa gorge )