I.E PRINCE
>on : j'ai beaucoup plus de confiance dans vos lalens que dans les miens... J'oubliais de vous dire que la princesse m'avait demandé ce matin un moment d'entretien...
M. DE LINSBERG.
Oui, je le sais.
LE PRINCE
Vous pouvez lui rappeler cela. (A Wilhem.) Eh bien! mon garçon, mes ordres sont-ils exécutés?
WILUEM.
Vous le voyez, monseigneur; et certainement des bouquets comme ceux-là , dans cette saison , il y a de quoi faire de l'honneur à un jardinier.
LE pni>'CE.
C'est toi qui es celui du château?
WILUEM.
Non, monseigneur, je ne suis encore que sousjardinier, et je venons demander à votre altesse s'il n'y a pas moyen de supplanter slilà qui est en chef et de me mettre à sa place.
LE PRINCE
Ah ! tu as de l'ambition ?
WILDEH.
Oh ! une ambition d'enragé ! ça , je peux ben m'en vanter; j'en ai comme un chambellan. V'ià pas plus de quinze jours que maître Pierre m'a fait entrer dans les potagers de son altesse , et je voudrais déjà me pousser dans les jardins d'agrément, les cascades, les labyrinthes, parce qu'il n'y a que cela pour arriver.
LE PRINCE
Oui, je vois que tu es pour les chemins tortueux, car il me semble que ce maître Pierre qui t'a fait entrer ici est celui que tu voudrais supplanter.
WILHEM
Comme de juste ! v'Ià quinze ans qu'il y est, et moi, j'arrivoDS... c'est à mon tour.
TRIO
.%!. DE LINSBERG, qui pendant loul ce temps à écrit , se lère et présente la lettre au prince.
Voici ce que je viens d'écrire ; Monseigneur voudrait-il le lire?
LE PRINCE
C'est bien... je no'en rapporte à vous : Ces billets se ressemblent tous.
(Il prend le papier ; et au moment où il va y jeter les yeux, il aperçoit la corbeille de roses que tient Willicm, et comme frappé d'unie idée soudaine, il dit à M. de Linsbcrg en lui montrant les roses :)
Et mais !... voici, pour porter un message. Un confident et galant et discret!
M. DE LINSBERG.
Et quoi ! votre altesse voudrait...
LK PRINCE, TiTcmcnt.
Ajoutez les phrases d'usfljfc, Et fermei vite ce billet...
M. DE LINSBERG, s'approcbant de la table et tonrnant le dos au prince.
Ali ! grand Dieu ! quel projet !
ENSEMBLE
H. DE LINSBERG.
Cet heureux artifice Peut réussir, je croi.
0 fortune propice, Protége-moi !
WILUE.M, au prince.
Pour que je réussisse, Il m' faut d' l'appui, je croi.
Ah! soyez-moi propice, Protégez-moi.
LE PRINCE
Ce galant artifice Lui plaira, je le croi.
Amour, sois-moi propice, Prolége-moi.
(Après cet ensemble, M. de Linsbcrg déchire la lettre qu'il Tient défaire, et écrit à la hâte quelques lignes sur une feuille de papier qu'il ploie, et à laquelle il met un pain a cacheter.)
LE PRINCE, à Wilhem.
Et bien! sans déplacer personne.
Je veux, Wilhem, te rendre heureux.
WILHEM
Si c'est possibl' ! J'ai l'ame bonne, El je ne demande pas mieux ; Aussi c'est sur vous que je compte ; Parlez, disposez d' mes talens.
(M. de LInsberg s'approche et remet la lettre au prince.) LE PRINCE.
C'est à merveille. ]Mon cher comte.
Recevez mes remercîmens.
ENSEMBLE
M. DE LINSBERG, avant de sortir, et regardant toujours la lettre. Cet heureux artifice Peut réussir, je croi.
0 fortune propice, Protége-moi !
WILUEM.
Pour que je réussisse.
Il m' fautd' l'appui, je croi.
Ah! soyez moi propice.
Protégez-moi.
LE PRINCE
Ce galant artifice Lui plaira, je le croi.
Amour, sois-moi propice, Protége-moi.
(Linsberg sort par le fond.)