‹ La neige, ou, Le nouvel éginard: opéra-comique en quatre actesChapitre 42 sur 64 · SCÈNE Vllf · texte numérisé non relu

SCÈNE Vllf

Les Précédens ; M'i« DE WEDEL.

m"*^ de WEDEL.

Madame, madame... voici M de Linsbcrg.

(Apercevant Ernest.) Dieu ! c'est lui... J'ai cru qu'il me suivait.

M. DE LINSBERG.

Que dites-vous?

m"^ de WEDEL , lui faisant signe de la main.

Calmez-vous : c'est moi , moi seule , qui suis cause de tout! Empêchons du moins qu'on ne nous surprenne. Fermons celte porte. (Elle va fermer la porte qui est à droite des spectateurs, sur le second plan, et, en redescendant le théâtre, elle se trouve entre la princesse et M. de Linsberg.) Au milieu de l'obscurité , j'avais cru vous reconnaître dans le premier vestibule. Vous paraissiez incertain sur le chemin qu'il fallait prendre, et je vous avais indiqué à voix basse les moyens d'arriver jusqu'ici...

Taisons-nous , on est près de la porte...

m"'= DE WEDEL.

Heureusement on n'entrera pas.

M. DE LINSBERG.

Si vraiment; j'entends le bruit d'une clé; quel est le téméraire?...

m"^ DE WEDEL , montrant à la princesse la porte à gauche.

Rentrez , madame.

M. DE LINSBEUG.

Oui , je veillerai sur vous.

m''^ DE WEDEL , le poussant de l'autre côté.

Non pas vous , mais moi. Si son honneur vous eïl cher, ne vous montrez pas et laissez-moi faire. ( Linsberg entre dans le cabinet à droite , sur le premier plan. ) La porte s'ouvre... Allons , du courage.

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SCF.NE IX.

M"« DE WEDEL , se jetant dans le fauteuil et prenant un livre sur la toilette; LE PRINCE DE NEUROURG , entrant avec précaution par la porte à droite qui est sur le second plan.

LE PRINCE

Maudite serrure!... J'ai cru qu'elle ne s'ouvrirait jamais.

Que vois-je?... le prince de Neubourg !

LE PRINCE, à part.

C'est une singulière chose qu'un rendez-vous ! Il me semble presque que j'ai peur... Oui , parbleu, car je tremble... Allons, rassurons-nous... et avançons. ( Apercevant M'"^ de Wedel dans le fauteuil. ) C'est la princesse!... Cette Icctureroccupc tellement quelle ne m'a pas entendu. ( Totissan i légèrement. ) Hem...

m"* de WEDEL, affectant la surprise , et laissant tomber son livre à terre.

Ahî mon Dieu !... Qui va là?...

LE PRINCE , étonné.

Mademoiselle de Wedel !

«"•^ DE WEDEL.

Quoi! c'est vous, monseigneur; comment vous trouvez-vous ici ! Chez moi, à une heure pareille :

LE PRINCE

Il se pourrait? Je suis chez vous?

m"° de WEDEL.

Oui, sans doute , et je vous trouve bien hardi...

LE PRINCE

Ne vous fâchez pas , baronne , je vous en prie. m"^ de wedel , à part.

Il tremble , prenons courage. (Haut.) Enfin , je vous le répète, comment vous trouvez-vous dans mon appartement?

LE PRINCE

Tenez , baronne, si vous voulez que je vous le dise... je n'en sais rien. Mais tout ce qui m'arrive aujourd'hui est si extraordinaire que je me crois sous quelque maligne influence... Imaginez-vous qu'un jardinier du château m'apporte, il y a quelques heures, une clé de ce pavillon, de la part d'une dame d'honneur dont il ne peut me dire le nom.

m"'' de wedel , à part.

Allons , Wilhem fait bien ses commissions.

LE PRINCE

Oh ! ce n'est rien encore, et vous allez voir les malheurs qui me sont arrivés; d'abord je rencontre à la porte extérieure un factionnaire sur lequel je ne comptais pas, et il m'a fallu, par le froid qu'il fait , attendre pendant une heure qu'il voulût bien s'endormir. Enfin , il s'y est décidé.

m"« de wedel , à pari.

Voyez un itcii comme les ilamcs d'honneur sont gnrdées !....

LE PRINCE

Mais , arrivé dans un va.<le vestibule où je voyais à peine, deux gnieries .se présentent; laquelle prendre? J'allais choisir au hasard , lorsque je crois entendre le bruit d'une robe, et une femme, légère comme une sylphide , jiasse rapidement à côté de moi en me disant à voix basse : « La galerie à gauche , la porte en face. » Et déjà elle était disparue devant moi comme pour m'indiquer le chemin. Mais, le plus étonnant, il est vrai que dans ce moment, baronne, je pensais à vous, c'est qu'un instant j'ai cru reconnaître votre voix. m"»' de WEDEL , vivement.

A moi, monseigneur?

LE PRINCE

Mon Dieu , apaisez-vous ! je dis que j'ai cru reconnaître... Comment voulez-vous que j'aille supposer?.. D'ailleurs la personne était beaucoup plus grande... Je vois que vous riez de mon aventure ; mais il n'en est pas moins vrai que c'est d'après les avis de cette dame mystérieuse que je suis arrivé jusqu'ici.

m"® de WEDEL.

A la bonne heure!... Mais tout cela ne m'apprend pas quels étaient vos desseins , et chez qui vous croyez être dans ce moment.

LE PRINCE

Chez qui? Ah! par exemple, baronne, vous qui souvent me donnez des leçons, vous me permettrez de vous dire que c'est une indiscrétion , à vous , de me faire une pareille demande... ( Prenant un fauteuil et faisant le geste de s'asseoir. ) Non pas que vous n'ayez toute ma confiance; mais V ous sentez qu'il est impossible...

m"« de WEDEL.

Eh bien, n'allez-vous pas vous asseoir, vous établir ici? J'espère, monseigneur, que vous allez vous retirer; et vous devez vous estimer trop heureux que je ne parle pas à la princesse de vos promenades nocturnes.

LE PRIXCE.

Oh ! vous le pouvez , je crois que cela ne lui fera rien.

m"' de WEDEL, regardant autour d'elle.

Oui, je le crois aussi.

LE PRINCE, étonné.

Et pour quelles raisons?

m"'' de WEDEL, à part.

Quelle idée!... (Haut et d'un air négligent.) Oh ! pour des raisons qui vous fâcheraient peut-être si vous les connaissiez. El puis ce serait trop long ^ vous expliquer.

LE PRINCE

Si ce n'est que celn... je ne suis pas pressé. ( .^'asseyant tous doux. ) Parle/ , je vous en prie... jf me trouve si bien ici.

m"« de wedei .

Eh bien donc , depuis quelque temps j'ai fiiit une découverte fort importante... (I.e prince rapproche un peu son fauteuil.) et comme je vous ai promis de vous dire la vérité...

LE PRINCE

Oui , morbleu ! et je vous montrerai que je suis digne de l'entendre.

m"'' de WEDEL.

Eh bien , j'ai à peu près acquis la preuve... ( Hésitant. ) que la princesse ne vous aime pas.

LE PRINCE

Vous croyez?

M"e DE WEDEL, d'un Ion affirmatif.

A n'en pouvoir douter.

LE PRINCE

Eh bien, je l'aurais parié : je me le suis dit vingt fois; mais enfin , mes soins , ma complaisance , l'alTection que j'aurai pour elle lui tiendront peut-être lieu de l'amour quelle n'a pas pour moi : et qu'importe, après tout, si je fais son bonheur?

Son bonheur !.... Non , car j'ai fait encore une autre observation : (Le prince rapproche encore son fauteuil , et se trouve tout prés d'elle. ) c'est que vous ne l'aimez pas non plus.

LE PRINCE

En éles-vous bien sûre?...

m"« DE WEDEL.

Je puis vous le jurer!... Je vous vois galant auprès d'elle ; mais jamais le désir de la voir ne vous a fait manquer une partie de chasse.

LE PRINCE

C'est vrai.

M"^ de WEDEL.

Jamais son arrivée subito ne vous a troublé.

LE PRINCE

C'est encore vrai.

m"*^ DE WEDEL.

Jamais les hommages qu'on lui rendait n'ont excité votre émotion.

LE PRINCE , avec tendresse.

C'est bien étonnant , tout ce que vous dites là , je le ressens auprès de vous !...

RÉCITATIF

m"" de WEDEL.

Ocicl ! que (iiles-vous? ma surprise est extrême. DUO.

LE PRINCE

Oui, je le vois, oui, je vous aime, Depuis long-temps je m'en doutais, El cependant je n'ai jamais Osé vous le dire à vous-même !

m"'' de WEDEL, souriant.

D'un tel amour comment avoir pitié, Quanil tout à l'heure, et prés d'une autre belle, (^e renilez-vous...

ACTK III, sci:ne \.

LE l'IllJNCE , vivement, et su frappant le front. Ce mot me le l'appelle ; (Tendrement.)

Auprès de vous je l'avais oublié.

m''^ de wedel.

Monseigneur veut rire, je gage.

LE PlUNCE.

Quel sacrifice, quel hommage, Pourraient vous prouver mon amour ?

m"*^ ue wedel.

Un seul me plairait en ce jour...

ENSEMBLE

illâ

DE wedel.

Mais, je vous en préviens d'avance.

Ah ! monseigneur, pensez-y bien :

Ne concevez nulle espérance, Songez que je ne promets rien.

le prince.

Ah! parlez, j'y souscris d'avance.

Grand Dieu ! quel bonheur est le mien ! J'obéirai sans récompense, El mon cœur ne demande rien.

m"« de wedel.

Eh bien! si vous alliez vous-même Au prince déclarer demain Que vous renoncez à la main De sa fille...

le prince.

Oh ! bonheur suprême !

El vous croirez alors que je vous aime? m"'' de wedel.

Non, je vous l'ai dil; songez bien Que mon cœur ne vous promet rien.

LE PRINCE

N'importe; au moins par mon obéissance

flles feux vous seront prouvés.

Vous le voulez ; je romps celle alliance. Et puis vous m'aimerez après... si vous pouvez.

mile DE WEDEL.

G'csl bien.

LE PRINCE, N'avez vous pas d'autre ordre à me prescrire ?

jjlUe DE WEDEL.

Un seul.

LE PRINCE

Et c'est?...

m"'^ de wedel.

De partir à l'instant.

LE PRINCE

Je vous entends... Je me retire...

Mais vous me promettez pourtant...

ENSEMBLE

M^'o DE WEDEL.

Non... je vous en préviens d'avance.

Ah! monseigneur, pensez-y bien.

Ne concevez nulle espérance, Songez que je ne promets rien.

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