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MARCHE ET PRONOSTIC

Tels sont les symptômes du nervosisme. Ils sont, vous le voyez, Mesdames et Messieurs, excessivement nombreux et très différents les uns des autres. Si nombreux, qu'il est souvent bien difficile non seulement de les dépister, non seulement de les reconnaître, mais surtout de les apprécier à leur juste valeur; si diiYérents les uns des autres que le nervosisme s'offre aux yeux du médecin sous un aspect absolument différent, suivant la sphère du système nerveux qui est excitée ou déprimée, suivant que tel ou tel symptôme est plus particulièrement prédominant.

Bien plus, le tableau du nervosisme est changeant. Tel enfant que vous avez soigné pour des symptômes douloureux, se présentera à vous quelques jours plus tard avec des symptômes moteurs et la fois suivante avec des symptômes psychiques ou mixtes.

Chez d'autres enfm les symptômes sont larvés et n'apparaîtront qu'occasionnellement, sous le coup d'une émotion intense.

On le voit, la marche du nervosisme est variable, compliquée; c'est un protée changeant continuellement d'aspect et exerçant au plus haut point la patience et la sagacité du médecin.

Je ne vous aurais cependant donné qu'une idée bien incomplète de cet état maladif si je n'ajoutais pas que le nervosisme peut n'être qu'un premier pas, qu'un stade précurseur d'états maladifs infiniment plus graves : les névroses (chorée, neurasthénie, hystérie, épilepsie) et les psychoses, allant des idées fixes aux anomalies psychiques (manie, mélancolie), de celles-ci aux anomalies de l'idéation (hypocondrie, folie impulsive) et de celles-ci enfin aux déchets psychiques (idiotie, moral insanityj.

Le nervosisme, les névroses et les psychoses forment ensemble la grande famille névropathique.

Le nerveux, exposé à des causes incessantes de nervosisme, peut devenir névrosé, la névrose à son tour peut se transformer en psychose, surtout sous l'influence de transmissions héréditaires.

Nous venons de le dire, mais il est bon d'y insister, ces complications de la nervosité peuvent se produire, mais elles ne se produisent pas nécessairement, la grande majorité des nerveux y échappe. Dans d'autres cas, la nervosité persiste toute la vie mais sans augmenter, non parce qu'elle est inguérissable, mais parce qu'on a négligé le traitement nécessaire. Si, enfin, les causes qui ont produit la nervosité cessent, ou si l'éducation et le genre de vie ont favorablement influencé la prédisposition héréditaire, la nervosité diminue et peut même disparaître complètement.

La longévité n'est nullement influencée par la

nervosité. Au contraire, on voit souvent des nerveux qui se sont toute leur vie plaints de tel ou tel symptôme et qui ont toujours souffert dans leur santé arriver à un âge avancé et échapper à toutes les maladies infectieuses.

Il est vrai que, s'ils tombent malades, ils ont beaucoup de peine à s'en sortir, et que leur convalescence est toujours très longue.

Deuxième Conférence.

ÉTIOLOGIE DU NERVOSISME

J'ai hâte, Mesdames et Messieurs, d'arriver à la partie la plus importante, la plus intéressante, en tous cas, la partie la plus utile de mon exposé, c'est-à-dire à l'étude des causes du nervosisme, car c'est de cette étude que découlera toute la prophylaxie et même le traitement de cet état maladif.

D'une manière générale, le nervosisme est rarement produit par une seule et unique cause. Le plus souvent, il y en a plusieurs combinées, dont chacune diminue pour son propre compte la force de résistance du système nerveux.

Il est, par conséquent, difficile dans un cas donné de rechercher la cause principale de l'état maladif, et cela d'autant plus que la nervosité peut

être amenée par des causes excessivement nombreuses et très différentes les unes des autres. Aussi, pour pouvoir, au point de vue pratique, les avoir toutes présentes à la mémoire, est-il indispensable d'user d'une classification exacte, rigoureuse, pédante même. Seule, cette classification vous permettra, lorsque vous vous trouverez en présence du malade, de faire rapidement le diagnostic, non pas de la maladie, ce qui est facile, mais de la cause de cette nervosité, ce qui seul pourra vous conduire au traitement rationnel.

On peut diviser les causes du nervosisme en Causes transmises, Causes acquises.

Transmises, c'est-à-dire développées avant la naissance. Acquises, c'est-à-dire développées pendant la vie réelle.

Causes transmises.

La pathologie infantile s'est bientôt aperçue qu'il ne suffisait pas d'étudier les maladies de l'enfance à partir de la naissance.

Elle a pu se convaincre qu'il existait avant la naissance, pendant la vie intra-utérine, des maladies graves, des symptômes sérieux qui laissaient souvent des traces indélébiles après la naissance et pouvaient, par cela même, avoir une influence considérable sur la vie réelle.

Elle a vu que l'état physique et psychique des époux au moment de la conception, c'est-à-dire au moment où la première étincelle de vie jaillit sous leur double influence dans le corps de l'enfant, exerçait une action importante sur la santé de cet enfant et sur sa vie future.

Enfin, on savait depuis longtemps que la vie hygiénique ou antihygiénique, l'état de santé ou de maladie des parents, grands-parents et ancêtres avaient une influence décisive sur la santé de l'enfant qui devait naître d'eux.

Vous le voyez, nous pouvons tout naturellement diviser les causes transmises en trois classes :

1° transmises par hérédité ;

2» transmises par conception ;

S*» transmises pendant la vie intra-utérine.

1° Causes transmises par hérédité.

Vous souvient-il, Mesdames et Messieurs, des contes de fées qui ont bercé votre enfance ? Vous souvient-il de ces baptêmes étranges où étaient conviées toutes les fées des environs, les bonnes comme les méchantes, la fée Gentille comme la fée Carabosse, et où toutes venaient jeter dans le berceau de l'enfant endormi les dons de bonheur et de malheur qui devaient désormais exercer une influence décisive, fatale même, sur le sort de cet enfant devenu homme ?

N'y a-t-il pas dans cette légende une image bien

pâle, bien naïve, mais combien poétique des phénomènes de l'hérédité ?

Oui, tout berceau d'enfant se trouve entouré de personnages, les uns plus visibles, les autres plus estompés, qui tous vont exercer une influence considérable sur le destin de cet entant. Ce sont les parents, les grands-parents, les ancêtres qui dotent le nouveau-né, ce sont eux qui le poursuivent de leur héritage, ce sont eux qui lui transmettent non seulement leurs caractères physiques, intellectuels et moraux, non seulement leur santé et leurs maladies, leurs vices et leurs vertus, mais qui vont exercer une influence décisive, souvent fatale, sur son bonheur et sur son malheur, en un mot, sur sa vie tout entière.

Il est assez difficile de se représenter les phénomènes complexes de l'hérédité, aussi, me permettrez-vous de me servir d'un moyen qui vous en fera, rapidement, saisir tous les côtés. Si nous nous représentions graphiquement la courbe d'un homme normal, nous marquerions sur la ligne des abscisses tous les caractères physiques, moraux et intellectuels, et sur la ligne des ordonnées le degré que ces caractères doivent avoir pour être normaux.

Un homme normal doit avoir une hauteur de tant de centimètres, un poids de tant de kilogrammes, une force musculaire de tant de kilogrammètres, un fonctionnement cardiaque, respiratoire, digestif, correspondant à tant, etc., etc.

En continuant à énumérer tous les caractères

physiques, moraux et intellectuels, nous obtiendrons ainsi le graphique de l'homme normal, qui sera représenté par une ligne horizontale.

Si, au lieu de nous servir d'un être imaginaire, nous recherchons la courbe graphique d'un monsieur A, nous voyons que celui-ci est très grand, très maigre au-dessous de la normale, etc., etc.; qu'il est très nerveux, au-dessus de la normale, ainsi de suite, nous obtiendrons une courbe sinueuse qui nous représentera la courbe graphique de M. A.

Si nous examinons la courbe de M"« B, nous voyons qu'elle est petite, boulotte, nerveuse aussi, et ces différents caractères représentés graphiquement nous donneront aussi une courbe irrégulière représentant M"'' B.

Si maintenant ces deux personnages font connaissance, qu'ils s'aiment, se marient et aient des enfants, qu'en sera-t-il de l'enfant? En d'autres termes, que résultera-t-il de la fusion de ces deux courbes? Evidemment trois cas peuvent se présenter pour c/iacun de leurs caractères physiques, moraux et intellectuels.

Prenons, par exemple, le poids :

1" Ou bien M. et M^e A. B. seront normaux, et alors l'enfant qui naîtra de leur union aura toutes les chances pour être normal.

2» Ou bien l'un des deux époux sera trop gros et l'autre trop maigre, et l'enfant aura toutes les chances pour être normal, ou tout au moins se rapprocher considérablement de la normale.

3" Ou bien les deux époux seront trop gros ou les deux trop maigres, alors lenfant exagérera le défaut de ses parents et sera très probablement plus gros ou plus maigre qu'eux deux.

Hàtons-nous d'ajouter que dans la réalité les phénomènes de l'hérédité ne sont pas aussi simples et que d'autres facteurs entrent en jeu.

Il n'en est pas moins vrai que les phénomènes héréditaires, dans la grande majorité des cas, suivent les lois que nous venons de tracer.

Evidemment, au point de vue de la race, de sa conservation et de son perfectionnement, c'est le second cas qui est le plus favorable, celui qui tend à ramener la race au normal.

Aussi la nature y a-t-elle pourvu en mettant dans le cœur de l'homme un sentiment très tenace qui est la loi des contrastes et qu'on ferait mieux d'appeler l'amour des contrastes.

Cette loi nous paraît parfaitement naturelle et justifiée dans certains casetpeunaturelledans d'autres. Nous ne nous étonnons pas de voir tel jeune homme très brun préférer les cheveux blonds, tel autre qui a des yeux bleus aimer les yeux noirs. Et cependant lorsque nous rencontrons un homme gigantesque ayant à son bras une toute petite femme, lorsque nous voyons un homme maigre, chétif, entraîné par une femme colosse, nous rions ! Nous devrions applaudir, au contraire I Car vousêtes-vous jamais demandé ce qui arriverait si la loi des contrastes n'existait pas,si les hommes grands épousaient des

femmes grandes et avaient des enfants encore plus grands qu'eux, si les hommes gros épousaient des femmes fortes et avaient des enfants encore plus gros que leurs parents? Mais l'humanité finirait par se partager en tribus de géants et en tribus de nains, en tribus de maigres et en tribus d'obèses qui n'oseraient plus, vu la trop grande différence, se marier entre eux et qui finiraient par se haïr, se battre, se détruire I !

Mais revenons à notre nervosisme. Ici aussi nous retrouvons la loi des contrastes et la loi de l'hérédité. La loi des contrastes existe aussi pour la dégénérescence nerveuse. Rien n'est aussi sympathique pour une femme nerveuse et impressionnable qu'un homme calme et froid. Voyez avec quelle admiration et quelle envie elle parle de « cette peau épaisse comme celle d'un pachyderme » qui ne sent rien et ne souffre pas; de ces nerfs durs comme des cordes qui ne vibrent jamais, mais aussi ne sont jamais malades. Cela est si vrai que rien n'est meilleur pour une femme nerveuse que de lui donner à soigner une autre personne encore plus nerveuse qu'elle, cela la calme immédiatement.

Loi d'hérédité. Puisqu'il s'agit de nervosisme, c'est-à-dire d'une anomalie, deux cas seulement peuvent se présenter : ou bien l'un des deux époux seul est nerveux, ou bien les deux le sont à des degrés divers.

a) Des deux époux, un seul est nerveux.

Il ne faudrait pas croire que dans ce cas les des-

ccndants de ces parents héritent nécessairement du tempérament maladif. Dans nombre de cas l'influence salutaire d'un des conjoints peut neutraliser et annihiler celle de l'autre qui eût été funeste. L'enfant, dans ce cas, a encore la chance de n'acquérir de ses parents que leurs côtés avantageux.

Il y a du reste une distinction à faire entre la nervosité du père et celle de la mère.

Si le père seul est nerveux, l'enfant a beaucoup de chances d'échapper à l'hérédité morbide; mais si la nervosité paternelle est extrême et surtout si les ascendants et collatéraux paternels sont nerveux ou névrosés, alors dans près de la moitié des cas, l'héritage nerveux se produit.

Si la mère seule est nêrueuse, la dégénérescence héréditaire se transmet beaucoup plus fréquemment. D'après la plupart des auteurs qui se sont occupés de la question, l'influence maternelle est en hérédité nerveuse prépondérante dans les deux tiers des cas. Lorsque les grands parents et les collatéraux maternels sont nerveux ou atteints de névrose, les enfants seront presque fatalement atteints de prédisposition nerveuse héréditaire. C'est aussi du côté maternel que l'on voit le plus souvent les cas d'atavisme nerveux, même si la mère n'a aucune trace de nervosité.

Nous pouvons donc conclure de ces faits que l'hérédité directe et l'hérédité indirecte sont de beaucoup prédominantes du côté maternel.

b) Les deux époux sont nerveux.

L'hérédité dans laquelle les deux générateurs sont nerveux est certainement la plus grave. D'une manière presque absolue, il y a là une question de degré ; on peut s'attendre à trouver l'enfant qui naîtra de leur union atteint de nervosité.

Si non seulement les parents mais encore les ascendants et collatéraux du père et de la mère sont nerveux ou névrosés, alors l'hérédité sera plus grave encore, et ce n'est plus le nervosisme seul que nous trouverons chez l'enfant, mais souvent déjà la névrose.

On le voit, l'hérédité nerveuse a besoin d'être accumulée et en quelque sorte capitalisée avant de se transformer chez les descendants en névrose puis en psychose.

Nous l'avons vu, toutes les maladies nerveuses, nervosisme, névroses, psychoses, ont des relations étroites de parenté ; elles forment une seule famille et peuvent s'engendrer les unes les autres : c'est là la famille névropatliique. Le plus ordinairement l'hérédité est similaire (/lo/no/o^ue), c'est-à-dire que la maladie dont souffrent les parents se retrouve chez l'enfant, mais souvent aussi elle est hétérologue, c'est-à-dire dissemblable ; et chose grave dans ce cas, la tare s'accentue avec la génération, l'hérédité est dite convergente ou, comme la nomme Legrand du Saulle, accumulative.

« Cette tare nerveuse, dit le D^Moreau, de Tours, » renferme des éléments de transmissibilité tels

» que celui qui en porte le germe le transmet aug- » mente à ses descendants. Ainsi tel père qui n'a 9 qu'une menace à peine sensible de folie aura un » fils chez lequel cette alTection sera plus accentuée » et un petit-fils qui sera complètement fou. »

Il en est de même de la nervosité. Des parents nerveux auront des enfants plus nerveux qu'eux et ceux-ci des enfants névrosés (hystériques, neurasthéniques, choréiques ou épilcptiques) ; ceux-ci enfin pourront avoir des enfants fous. En voici un exemple typique :

J'ai soigné une jeune femme, il y a quelque dix ans, à l'hôpital, pour un accès de folie, suite de couches. Issue d'un père très nerveux et d'une mère si nerveuse qu'elle avait souvent des crises de nerfs, ayant des sœurs et des frères nerveux, elle était excessivement nerveuse déjà comme jeune fille. Vers l'âge de vingt ans, elle fut demandée en mariage par deux jeunes gens, l'un pauvre mais de santé parfaite, l'autre riche mais très nerveux, emporté et quelquefois buveur. Inutile de vous dire que c'est le riche qu'elle épousa. Et la loi des contrastes? me direz-vous. Elle existait, car ainsi qu'elle me le confessa, si c'est le riche qu'elle épousa, c'est le pauvre qu'elle aimait. Pour le dire en passant, le pauvre est dans une large aisance et à la tète d'une belle et robuste famille. Le riche a si bien bu et si peu travaillé qu'il est complètement ruiné physiquement et moralement.

Ces deux époux ont eu trois enfants. L'un âgé de

huit ans est le typede l'enfant nerveux excité, intelligent, d'une insolence rare, causant toujours, jamais tranquille, dansant, montant sur les chaises, ses mains en mouvement perpétuel.

L'autre, âgé de dix ans, est choréique, très nerveux depuis sa naissance, il est atteint de cette névrose depuis plusieurs semaines. C'est à la naissance de cet enfant que la mère fut atteinte d'un accès de manie puerpérale.

La troisième, une belle jeune fdle aux traits purs, mais à l'œil éteint, est absolument idiote depuis sa naissance et ne peut ni manger ni bouger seule.

Voilà un spectacle que je voudrais faire voir et graver dans le cœur de ces parents qui, lorsqu'il s'agit de marier leurs enfants, regardent avant tout à la fortune, au nom, à la position sociale, comme si ces avantages pouvaient remplacer la valeur morale et intellectuelle, la santé physique et surtout l'équilibre du système nerveux si important dans notre fin de siècle. Qu'on ne sacrifie pas la santé et le bonheur de ses petits-enfants sous prétexte de nom et de fortune !

Pour perfectionner les races des animaux domestiques, on tient un registre de leurs qualités et de leurs défauts physiques et de ceux de leurs ascendants, afin de pouvoir, par des croisements intelligents, améliorer la race. Le « pigbook » des Anglais en est la meilleure preuve.

Que n'en fait-on autant pour la race humaine ?

68 LA NKHVOSITÉ DE l'ENFANT

Mieux nous connaîlions les qualités et les vices de nos ancêtres, les tares et les maladies qui régnent dans nos familles, mieux nous pourrons les combat he.

Pour être véritablement heureux, a dit un médecin doublé d'un philosophe, il faudrait pouvoir choisir ses parents. C'est évidemment impossible; mais si nous ne pouvons choisir nos parents, nous pouvons choisir pour nos enfants. Ceci nous amène tout droit à la question si importante et si difficile du mariage.

El tout d'abord les mariages consanguins. Si vous vous souvenez de ce que nous avons dit des courbes graphiques, vous comprendrez que deux personnes appartenant à la même famille auront toutes les chances pour avoir les ordonnées de leur courbe dans la même direction ; en d'autres termes, pour avoir les mêmes exagérations en plus ou en moins, et cela d'autant plus que leur degré de parenté sera plus rapproché.

Les enfants qui naissent d'une union consanguine auront donc plus de chance que tous les autres d'exagérer les qualités et les défauts de leurs parents.

Si les parents appartiennent à une famille exempte d'antécédents héréditaires pathologiques et sans tare aucune, le mariage consanguin, bien loin d'être nuisible, sera utile et le peuple juif nous en montre des exemples bien typiques. Mais s'il y a une tare dans la famille, si minime soit-elle, le

mariage consanguin l'exagérera ; là encore le peuple juif peut nous servir d'exemple.

Or quelle est la famille qui puisse actuellement, dans notre siècle de névroses, se vanter d'être exempte de tare nerveuse, si petite soit-elle !

Il faut donc que, à défaut de la loi, le médecin déconseille le mariage consanguin, car la dégénérescence y est plus rapide que partout ailleurs et, comme le dit le D"" Laurent : « La consanguinité » accumule chez les descendants les vices hérédi- » taires de leurs familles ».

Moïse dans le Lévitique et le Deutéronome ; Mahomet dans le Coran (chapitres IV et V), n'ont pas hésité à défendre et à punir de peines sévères les mariages consanguins; il y a là une mesure d'hygiène sexuelle dune sagesse et d'une prudence indiscutables, que d'ailleurs toutes les lois modernes se sont empressées d'imiter,

La loi canonique interdit les mariages entre cousins germains, mais malheureusement, avec un peu d'argent, il est facile d'obtenir des dispenses ; en fait, le catholicisme n'interdit formellement les mariages qu'au premier degré (père et fille, fils et mère) et au deuxième degré (frère et sœur).

La loi fédérale de 1874 interdit le mariage entre ascendants et descendants à tous les degrés, entre frères et sœurs, germains, consanguins ou utérins, entre oncle et nièce, entre tante et neveu, que la parenté soit légitime ou naturelle (art. 28).

Mais cela ne veut pas dire que le médecin, dans

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une quantité de cas spéciaux, ne soit pas appelé à étendre encore ces prohibitions, parce que la parenté morbide est souvent l)eaucoup plus générale dans une famille que les lois civiles ne le laissent supposer.

Vous serez souvent consultés, Messieurs les étudiants en médecine, sur la question du mariage en général. Laissez-moi avant tout m'élever avec force contre un précepte que j'ai entendu donner par les plus hautes autorités médicales modernes, — « Votre fils est nerveux, Madame ; votre fille a des crises d'hystérie, Monsieur, mariez-la, ça la calmera. » Ça la calmera, c'est possible. Oh 1 oui, il est possible que le changement de milieu, que les soucis du ménage, que les occupations si multiples et si diverses d'une nouvelle mariée fassent diversion et la calment. Mais les enfants 1 Seront-ils calmes pour cela? — Non, Messieurs, vous n'autoriserez pas le mariage d'une hystérique ou d'une névrosée, vous vous y opposerez de toutes vos forces et de toute votre influence médicale. Soyez bien tranquilles ; si le mariage est décidé, on vous consultera, mais si vous êtes d'un avis opposé à celui des parents, on ne vous écoutera pas !

Mais, Messieurs, si par hasard il s'agissait de vous-mêmes, croyez-moi, n'épousez pas ! Vous vous en repentirez. Lorsqu'on vous consultera sur n'importe (}uel mariage, examinez avec attention, avec sérieux, les tares héréditaires des deux famil-

les ; si ce sont des tares similaires et s'il s'agit d'une tare grave comme la tare nerveuse, donnez alors votre conseil négatif sans vous préoccuper si vous êtes d'accord avec la réponse ({u'on désire vous voir donner.

Souvent des médecins de campagne appartenant à une famille de cérébraux épousent, à notre étonnement, quelque robuste campagnarde très peu intellectuelle et, semble-t-il, peu à leur hauteur à ce point de vue. Vous les avez peut-être blâmés. Certes, soyez sûrs qu'au point de vue héréditaire ils étaient dans le vrai : il me serait bien facile de vous en donner des preuves.

2° Causes transmises par conception.

L'état psychique et physique des parents au moment de la conception exerce une influence considérable et très importante sur la santé des enfants qui naissent de leur union.

Ce n'est ni le lieu ni le moment d'insister outre mesure sur ces faits que nous aurons l'occasion d'étudier plus tard avec plus de détails. Mais j'ai une trop haute idée de la responsabilité qui pèse sur le médecin pour oser me taire. Quand on réfléchit un seul instant, combien de larmes, combien de remords, combien d'affreux malheurs pourraient être évités si tous les jeunes gens étaient instruits de ces faits, il ne saurait être douteux que le médecin n'a pas seulement le droit,

il LA NERVOSITE DE L ENFANT

mais quil a le devoir de parler et de faire part de son expérience. Il est, du reste, une façon de s'exprimer qui est compatible avec tout le respect que l'on doit aux oreilles les plus délicates.

Etat psychique des parents.

L'état passionnel des parents.

L'attrait, l'afTection que le père et la mère éprouvent l'un pour l'autre au moment de la procréation exerce une influence indéniable et éminemment favorable non seulement sur la santé physique, mais sur la santé psychique de l'enfant qui naîtra de leur union. Les « enfants de l'amour » en sont la meilleure preuve.

Si les parents vivent en mauvaise intelligence, s'ils sont en colère ou si la femme surtout éprouve de la répulsion ou un dégoût profond pour son mari (j'ai en vue ici l'ivresse du mari) pendant la conception, le malheureux être qui naîtra en portera les tristes conséquences. Certaines mères ont gardé un tel souvenir des horribles impressions qu'elles ont éprouvées dans ce moment que d'elles-mêmes, sans qu'on le leur demande, elles attribuent l'état de nervosisme, hélas ! aussi de névrose, de leur enfant à cette seule et unique cause.

Que penser, en présence de pareils faits, de la façon dont se font trop souvent aujourd'hui les

mariages dans la société où questions de fortune et préjugés de naissance passent avant Tamour!

Que penser surtout de tant de parents qui ne craignent pas de contrarier les sentiments de leurs enfants, qui les obligent de renoncer à ceux qu'ils aiment et les contraignent à épouser ceux qui leur sont indilTérents ou même franchement antipathiques? Ces parents-là pourront plus tard verser des larmes amères sur le sort et sur la santé des enfants qui naîtront d'unions aussi mal assorties.

L'état d'âme des parents exerce dans l'espèce une influence tout aussi importante que leurs passions. La tristesse, l'inquiétude, le chagrin, le serrement de cœur pendant la conception exercent une influence défavorable sur le système nerveux de l'enfant. Les anciens, sagaces observateurs, l'avaient dès longtemps remarqué et, d'après Hésiode, les parents devaient de par la loi s'abstenir de rapports sexuels pendant les jours de deuil.

Depuis, une longue série d'observations est venue confirmer ces remarques, « L'enfant du jubilé » était un des enfants adultérins de Louis XIV atteint de débilité mentale. Les chroniqueurs rapportent cette anomalie au fait qu'il avait été conçu pendant une crise de larmes de M™e de Montespan, vivement émue par les cérémonies du Jubilé.

Mais il était réservé aux temps modernes de faire des recherches statistiques sur cette question.

74 LA NKHVOSITÉ DE L'eNFANT

Legrand du Saulle, qui s'est occupé de l'inlluence pathogénique du siège et du bombardement de Paris sur le système nerveux de la population parisienne, est arrivé à la conclusion que tous les enfants conçus pendant cette période présentaient une tare, suffisamment visible et marquée, pour que le peuple leur ait donné le surnom d'(( enfants du siège ».

Sur 92 enfants conçus pendant le siège, Legrand du Saulle en trouve 64 tout à fait anormaux ; 28 qui n'étaient que malingres, petits et nerveux.

Des 64 anormaux, 35 présentaient des anomalies physiques, des malformations, du ncrvosisme, des névroses; 21 étaient arriérés, imbéciles ou idiots, 8 aliénés.

Bourneville et Ladreit de la Charrière ont fait des observations absolument analogues.

Etat physique des parents.

Ici, les recherches sont moins avancées. On avait dès longtemps remarqué combien la trop grande dilTérence d'âge entre les époux, combien le trop jeune âge des conjoints ou leur âge trop avancé exerçait une influence désastreuse sur le système nerveux de l'enfant issu de mariages aussi anormaux.

Il est plus que probable que ces cas doivent s'expliquer par une faiblesse des germes, peut-être

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des zoosperines et des pronucléi. Nous observons, en effet, des influences analogues lorsque les germes sont artificiellement ou naturellement affaiblis par des substances toxiques (toxines microbiennes ou substances toxiques).

Voici, en résumé, ce que nous connaissons de cette question, soit au point de vue expérimental, soit au point de vue clinique :

INTOXINATIONS

Expériences chez les animaux.

L'influence des substances toxiques sur la santé des parents et par contre-coup sur la vitalité de leurs germes a encore été peu étudiée jusqu'ici. Soupçonnée dès l'antiquité, constatée depuis longtemps cliniquement chez les enfants issus de père alcoolique ou de père tuberculeux, la mère étant sobre et saine, elle a été enfin démontrée et a même reçu un commencement d'explication parles expériences de Féré de Gley, et surtout de Charrin. Ces expériences, il est vrai, ont été faites non seulement sur les pères, mais encore sur les mères ; elles se rapportent non seulement à la conception, mais souvent aussi à toute la grossesse. Ces dernières recherches devraient donc être traitées dans le chapitre suivant, mais pour ne pas scinder cette étude , nous préférons traiter la question théorique ici dans son ensemble.

76 LA NERVOSITK DE l'ENFANT

Fcré a prouvé qu'en introduisant des toxines microbiennes dans les œufs on obtenait des poulets chétifs et malingres.

Charrin a démontré à plusieurs reprises que des femelles imprégnées de produits bactériens donnaient naissance à des rejetons dont la croissance s'efTectuait lentement, dont la taille et le poids demeuraient inférieurs à la normale, dont les os longs olTraient des signes de rachitisme.

Gley, dans des expériences poursuivies pendant cinq années sur des lapins avec animaux témoins, a prouvé que l'introduction de toxines, disons « rintoxination » des animaux mâles cause des troubles analogues chez les rejetons, elle s'oppose à la croissance, à l'augmentation de poids, en rendant l'assimilation moins parfaite et en favorisant la désassimilation.

Observations cliniques.

Ces acquisitions expérimentales permettent de commencer à expliquer par des lois positives et scientifiques l'influence désastreuse qu'exerce rintoxination du père, de la mère et surtout des deux parents sur l'état de santé de leurs enfants. Elles permettent de remplacer par des faits précis etbien nets ces mots autrefois si vagues : a influence morbide héréditaire » ou « faiblesse héréditaire du terrain vis-à-vis des influences nocives », expressions que l'on retrouve si souvent dans les obser-

valions d^enfants issus de parents malades ou intoxiqués.

La réalité de ces influences néfastes se trouve en effet imposée par l'observation clinique.

A la Maternité, Nobécourt a dressé les courbes de croissance de nouveaux-nés en distinguant ceux dont les mères sont saines, de ceux provenant de mères atteintes de maladies infectieuses ; les uns et les autres étant élevés par des nourrices.

Ces courbes ont donné les résultats suivants :

Le poids des enfants issus de mères malades augmentait beaucoup moins (V« de moins) que celui des enfants issus de femmes saines. De même la taille des enfants sains suivait une croissance normale, celle des enfants issus de mères malades restait constamment au-dessous de la normale.

L'analyse des urines a fourni des indications intéressantes sur la composition de leurs humeurs et sur leur désassimilation.

L'urée des enfants sains donnait :

0,41 par vingt-quatre heures et 0,095 par kg.

L'urée des enfants intoxinés donnait :

0,88 par vingt-quatre heures et 0,180 par kg., ce qui indique une désassimilation considérable.

L'acide phosphorique excrété augmentait aussi considérablement chez les enfants de parents intoxinés. Cette phosphaturie abondante explique peut-être cette nervosité excessive et souvent constatée chez eux.

Enfin, le coefficient de toxicité urinaire est con-

sidérablemcnl augmenté chez les enfants issus de parents malades, tandis qu'il reste normal chez les autres.

Ces résultats ont été confirmés tout dernièrement par Charrin, qui a pu démontrer que si l'on compare les enfants de mères infectées pendant les derniers mois de leur grossesse (tuberculose, pleurésie, oreillons, influenza, phlegmons, diphtérie, érysipèle, etc.) avec les rejetons de mères saines, on constate des différences sensibles au point de vue du poids, de la croissance, de la composition des humeurs, de la désassimilation, de la toxicité des urines.

A ces faits déjà si intéressants l'éminent professeur a pu en ajouter d'autres. Si on mesure le rayonnement de jeunes gens bien portants issus de parents eux-mêmes sains, on obtient de 7 à 9 calories à l'aide du calorimètre spécial d'Arsonval, avec ce même appareil, on n'enregistre plus que 5 à 7 calories quand l'expérience porte sur les chétifs de sujets infectés.

De plus, parmi ces enfants, plusieurs succombent durant les premiers mois ; et on ne trouve parfois à l'autopsie aucune lésion ; d'autrefois, en revanche, on décèle des altérations du rein et surtout du foie, on constate en outre des dégénérescences multiples, et même du rachitisme.

Or, à partir de leur naissance, ces nourrissons ont pris exclusivement soit du lait de nourrices allaitant d'autres rejetons — sorte de témoins —

DEUXIÈME CONFÉHENCK 79

en parfaite santé, soit du lait stérilisé. Une telle alimentation étant évidemment incapable de produire les lésions que je viens de mentionner, pas plus que les troubles de la thermogenèse, les modifications dans les échanges et la croissance, on est donc en droit, à moins d'admettre un agent mystérieux, de remonter à la mère en l'absence de cause acquise.

Comment s'exerce l'influence maternelle? Là commence l'hypothèse.

On peut admettre :

1° que ces désordres sont l'œuvre des toxines elles-mêmes, attendu que les toxines sont capables de les réaliser, comme le prouvent les expériences sur les animaux, et qu'elles peuvent traverser le placenta des mères infectées. Cette hypothèse expliquerait l'influence de la vie intra-utérine.

2° Que les cellules de ces pères et de ces mères débilitées par le poison, les cellules génitales comme les autres, ont donné naissance à des cellules elles-mêmes débiles. Cette hypothèse rendrait bien compte de l'influence de la procréation.

Quoi qu'il en soit de l'explication, le fait très important à retenir est l'influence fâcheuse exercée par les maladies du père, de la mère et surtout des deux parents sur la santé et l'équilibre fonctionnel de leurs enfants.

Voilà ce que nous apprend la théorie et l'expérimentation ; examinons la pratique.

Maladies infectieuses aiguës.

Ces maladies empêchant les rapprochements entre époux ne doivent qu'excessivement rarement entrer en cause. Nous n'en connaissons qu'une observation :

Il s'agit d'un père en excellente santé qui prend froid en rentrant de voyage. Le même soir il a un rapprochement avec sa femme, et quelques heures après survient le frisson initial du début d'une pneumonie grave. Sa femme devient enceinte, grossesse absolument normale, accouchement sans difficulté, c'était le troisième. Mais l'enfant qui naquit était idiot, microcéphale. Il est probable que le zoosperme paternel était sous l'influence de la toxine du pneumocoque, et que c'est à cette cause que l'on peut attribuer l'idiotie de l'enfant. Nous devons donc voir dans ces faits une influence de la toxine sur les germes soit paternels, soit maternels.

Maladies infectieuses chroniques.

Tuberculose et syphilis. — Dans ces deux maladies, mais surtout dans la première, le nervosisme de l'enfant issu d'un père malade est très fréquent. Nous avons eu l'occasion d'en soigner de nombreux cas. Nous signalerons en passant combien ces enfants étaient malingres, chétifs et délicats, et combien peu de résistance ils opposaient aux maladies.

Maladies non infectieuses chroniques.

Ce sont le diabète, la goutte, peut-être le rhumatisme chronique, l'urémie légère, etc. Un père ou une mère atteints d'une de ces maladies engendreront des enfants nerveux, même névrosés. Une influence analogue et que l'on pourrait certainement rapprocher de ces faits est causée par la misère, la faim (autophagie, auto-intoxication), la convalescence des maladies graves (intoxinations), l'anémie, la faiblesse générale des parents.

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