INTOXICATIONS
L'influence des poisons est absolument analogue a celle des toxines ainsi que le prouvent soit l'expérimentation, soit l'observation clinique.
Expériences sur les animaux.
Récemment, dit le docteur Frick, de Zurich, on a fait l'expérience suivante, très concluante assurément : D'une même nichée de chiens, on nourrit les uns à la manière ordinaire ; on donna aux autres chaque jour une petite ration d'alcool (c'est-à-dire la quantité contenue dans trois cuillères à soupe mélangée au lait). Les chiens abstinents se développèrent normalement, les chiens buveurs restèrent plus petits et plusieurs d'entre eux moururent dans des crises épileptiques.
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Observations cliniques.
L'observation clinique a depuis longtemps démontré que les enfants nés de pères et mères alcooliques ne prospéraient pas, qu'ils restaient petits et avaient un poids inférieur à la normale, résistaient mal aux maladies et présentaient des symptômes d'excitabilité nerveuse variés, allant de la nervosité aux névroses et aux psychoses.
Comme pour les toxines, il est nécessaire de relever qu'il ne s'agit pas ici de l'influence de l'alcool sur la conception seulement, mais aussi et dans une plus large mesure encore, de son influence pendant toute la grossesse. Mais, comme pour les toxines, nous pouvons démontrer l'influence désastreuse du toxique sur la conception en examinant l'influence qu'exerce un père alcoolique sur ses descendants. Or les enfants de père alcoolique — c'est là un fait constaté par bien des auteurs — sont aussi atteints d'une tare héréditaire, et cette tare se manifeste ou par des maladies congénitales, nanisme, infantilisme, moindre résistance vis-à-vis des maladies, ou par des maladies physiques qui ne se développent que plus tard, nervosisme, névroses ou psychoses.
On le voit, les intoxications des procréateurs exercent aussi une influence absolument désastreuse sur l'état somatique et sur le fonctionnement du système nerveux des enfants qui naissent de leur union.
Voici (lu reste ce que nous montre la pratique :
La morphine, la cocaïne, le chloral pris en trop fortes closes par un des parents au moment de la conception exercent-ils une influence sur l'enfant? C'est ce qu'on ne sait pas.
Nous commençons à être un peu mieux orientés sur l'action de Valcool.
L'intoxication aiguë par l'alcool, l'ivresse d'un ou surtout des deux parents pendant la procréation peut exercer une influence pernicieuse sur le système nerveux de la progéniture. On sait et on comprend qu'un ivrogne avéré puisse procréer des enfants tarés.
On comprend encore à la rigueur que nombre de personnes qui usent et abusent du vin et des liqueurs sans être cependant jamais ivres et qui seraient très étonnées et très offensées d'être taxées d'alcooliques, mais qui le sont aux yeux du médecin, car elles en présentent tous les signes, on comprend, dis-je, que ces gens-là engendrent des enfants présentant des tares nerveuses. Mais ce que l'on ne sait pas et ce qu'il faut qu'on sache, ce qu'il faut qu'on publie partout et qu'on fasse connaître, c'est que même chez un homme sobre, absolument sobre, il suffit d'un jour, d'un seul jour d'ivresse pour que la conception, si elle a lieu ce jour-là, soit pathologique et que l'enfant naisse taré, nerveux, épileptique, idiot.
Voilà ce qu'il faut que l'on connaisse si l'on veut éviter les larmes et les remords, car la con-
naissance de ce fait important expliquera bien des malheurs, bien des catastrophes jusque-là inexplicables si on ne considère que l'hérédité.
Cette vérité n'est du reste pas nouvelle. Les anciens avaient depuis longtemps reconnu l'influence pernicieuse de l'ivresse sur la descendance. Les Grecs en font souvent mention. Hippocrate, le père de la médecine, ignorait si peu les fâcheux effets de l'ivresse sur les produits de la conception qu'il les signale catégoriquement dans ses ouvrages.
Diogène criait à un enfant idiot : « Ton père était ivre lorsqu'il t'a conçu ! » Plutarque, Platon en parlent avec la même connaissance.
Les anciens étaient si convaincus de cette action nuisible qu'ils prirent des mesures pour y remédier. Lycurgue avait édicté une loi observée à Sparte qui défendait sous les peines les plus sévères l'usage du vin le jour du mariage.
A Cartilage, une loi interdisait aux époux toute autre boisson que l'eau pendant les jours consacrés aux devoirs conjugaux.
La science moderne a pleinement confirmé ces observations des anciens. M. de Quatrefages, par exemple, remarque que les enfants engendrés pendant l'ivresse présentent des tares, des sens obtus, des facultés intellectuelles presque nulles. Il raconte, à l'appui de son dire, le fait suivant : Deux artisans, le mari et la femme, appartenant à des familles dont tous les membres avaient été sains de corps et d'esprit, avaient quatre enfants :
trois absolument normaux, un, l'avant-dernier, idiot. Des détails que me donna la mère, ajoute M. de Quatrelages, il résulta que cet enfant avait été conçu dans un moment où son père était ivre. Je pourrais multiplier ces exemples, car dans les publications récentes on en trouve un grand nombre.
Esquirol, Morel, Lucas ont eu l'occasion, dans leur carrière, de voir des cas analogues. Le docteur Bourneville, l'éminent médecin de Bicètre, en cite 57 cas certains et 24 très probables comme cause de l'idiotie des enfants.
Le docteur Ladame en décrit plusieurs, le docteur Vaucleroy, de Bruxelles, de même. Pour ma part, dans 4 cas d'idiotie et un cas d'épilepsie, après m'être informé discrètement si le jour de la conception il n'y avait pas eu une fête de famille, où l'on avait « mangé » plus que de coutume, et reçu une réponse négative, trois fois j'ai reçu plus tard une lettre du père me disant qu'il n'avait pas osé l'avouer devant sa femme, mais que le dit jour il y avait eu un banquet, dans l'autre cas une abbaye, dans le troisième une tournée de cave.
L'une de ces lettres était navrante ; le père me confessait que la vue de son enfant était un remords perpétuel, et il terminait ainsi : « Et pourtant c'est le seul jour d'ivresse que j'aie eu en ma vie ».
Nous conclurons de ces faits : Même chez des. individus habituellement sobres, l'état d'ivresse
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d'un lies époux, au moment où ils donnent la vie à un enfant, peut avoir une influence désastreuse sur sa destinée. Cette loi n'est pas absolue, —c'està-dire que quelques enfants y échappent sans qu'on puisse s'expliquer pourquoi, — mais combien rigoureuse !
Regardons autour de nous. En Belgique on appelle les enfants idiots « les enfants du dimanche », les ouvriers passant cette journée à se gorger d'alcool.
Piper, sur 416 idiots, trouve le 7^ des premiersnés. Et chez nous, pourquoi voyons-nous si souvent dans la campagne le premier-né avoir une tare !
N'est-ce pas, parce que trop fréquemment, le jour de la noce est un jour de libations plus que copieuses, à tel point que les ouvriers, quand ils ont décidé de boire plus que de raison, appellent cela a faire une noce » !
Le professeur Demme, qui a étudié pendant vingt-huit ans l'influence de l'alcoolisme des parents sur les enfants, a cherché à obtenir un chiffre approximatif de cette influence héréditaire.
Dans 10 familles d'alcooliques prises au hasard, il compte : 57 enfants.
25 meurent dans les premières semaines ;
12 sont idiots ; 5 hydrocéphales ; 5 épileptiques ;
10 normaux, dont 2 deviennent alcooliques.
dp:uxikme confkuknck 87
Demme trouve donc sur 57 enfants 83 **/.. tarés, 17 % normaux.
Rœsch trouve sur 97 enfants 86 7» tarés, 14 7» normaux.
Bourneville sur 829 idiots on trouve 620 issus d'alcooliques et 209 sans alcoolisme héréditaire.
N'est-ce pas effrayant ?
Que conclure de ces faits ?
l*' L'alcoolisme aigu et l'alcoolisme chronique ont une influence désastreuse sur la progéniture.
2" L'ivrognerie, dangereuse pour la famille, fatale pour la descendance, devrait être inscrite en bon rang parmi les causes de divorce.
3" Toute jeune fille qui consent à épouser un homme adonné à la boisson commet une faute qui retombera sur elle et sur ses enfants.
3') Causes transmises pendant la vie intra-utérine.
L'état physique et psychique de la mère exercent-ils une influence prépondérante sur le système nerveux de l'enfant qui sommeille pendant neuf mois dans son sein ?
C'est là une question de première importance et qu'il vaut bien la peine d'examiner.
Etat psychique de la mère.
On a pendant longtemps cru que l'état psychique de^la mère j,exerçait une influence prépondérante
sur le fonctionnement du système nerveux de son enfant.
On en donnait comme preuve l'influence que Ton attribuait aux envies et aux peurs pendant la grossesse.
Vous savez ce que c'est qu'une envie. Les jeunes femmes redoutent que l'impression produite sur elles par la vue d'un objet désiré, une fraise, une framboise, etc., ne se transmette au fœtus, sur la peau duquel se développerait une tumeur sanguine ayant la forme de l'objet envié.
Les peurs représentent quelque chose d'analogue. Les femmes enceintes craignent beaucoup de voir un monstre, sans tête ou avec deux têtes, ou un infirme, boiteux ou manchot, ou un accident dans lequel du sang coule, ou un enterrement, etc., etc.
La peur produite par cette rencontre désagréable exercerait, d'après l'opinion accréditée, une influence fâcheuse sur le développement du fœtus, lequel naîtrait, souvent, avec le vice de conformation entrevu, ou pourrait même devenir idiot ou épileptique. Aussi, si, par hasard, une femme met au monde un enfant qui présente un vice de conformation ou une anomalie quelconque, on se hâte d'attribuer ce fait à une frayeur causée à la mère dans le cours de sa grossesse.
En réalité, les causes de ces anomalies sont beaucoup plus profondes et beaucoup plus précoces. L'embryologie nous montre, en effet, qu'il faut les chercher dans un arrêt de développement
se produisant dans les premiers jours de la grossesse.
Il n'existe, jusqu'à présent, dans la science, aucune observation qui démontre d'une manière certaine que les envies ou la peur éprouvées par la mère exercent une influence nuisible sur la conformation du fœtus. Chaque fois qu'une malformation a été observée, on a pu établir par l'embryogénie qu'elle était de beaucoup antérieure à la cause indiquée par la femme. Bien plus, on connaît un assez grand nombre de cas où des mères, ayant eu de grandes émotions pendant leur grossesse, étaient persuadées que leur enfant naîtrait difforme et qui cependant ont mis au monde des enfants absolument normaux. C'est là une vérité qu'il vaut la peine de relever et de bien mettre en lumière, surtout quand on réfléchit combien nombreuses sont les femmes qui ont passé des mois entiers angoissées et tourmentées par la crainte de mettre au monde un enfant difforme ou dégénéré, et qui ont rougi ensuite de leurs craintes lorsqu'elles ont accouché d'un enfant parfaitement bien conformé.
Au reste, s'il était nécessaire d'une preuve de plus, nous la trouverions chez les filles-mères. Quand on réfléchit combien de pleurs, de tourments, de hontes, combien de nuits d'insomnie et d'angoisse cause une grossesse à une fille-mère, on devrait s'attendre à en trouver les traces chez son enfant.
0() LA NERVOSITK DE l'eNFANT
Eh bien ! l'enfant de l'amour est, au contraire, le plus souvent, fort et vigoureux, très rarement nerveux (l'hérédité exceptée) et d'un caractère gai, enjoué et entreprenant ; en tout cas, il ne semble en rien se ressentir des tourments qu'il a causés à sa mère.
Tout ce que nous venons de voir sur l'influence qu'exercent les émotions et les peurs sur la production des malformations infantiles s'applique aussi aux anomalies psychiques et à la nervosité.
En résumé, si les passions et l'état d'âme, les émotions profondes et les peurs des parents ont une importance considérable au moment de la conception, ils n'exercent qu'une influence excessivement minime pendant la grossesse.
Il y a dans cette exception apparente un état de grâce de la nature. Quand on pense combien souvent il arrive à une jeune mère en espérance de perdre ses parents, un mari bien-aimé, un fils chéri, il est doux de se dire qu'elle peut pleurer sans remords, qu'elle peut se laisser aller à sa douleur bien naturelle sans être tourmentée par l'idée atroce que chacune de ses larmes va retomber sur son enfant, et que sa tristesse va envelopper d'un voile de deuil la vie tout entière de l'être innocent qui sommeille dans son sein.
Il existe cependant dans la science, et je veux prévenir cette objection, quelques cas bien observés dans lesquels des émotions ou des chagrins de la mère semblent avoir causé la nervosité de l'en-
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faut. Mais la lecture attentive de ces observations montre que l'émotion de la mère est toujours hors de proportion avec la cause qui l'a provoquée, si bien que le diagnostic de nervosisme de la mère s'impose et que l'on est en droit de se demander si son état névropathique n'est pas à incriminer bien plus que l'émotion.
Ces cas nous représenteraient ainsi une transmission héréditaire de nervosité et non pas une influence d'une émotion pendant la grossesse.
Etat physique de la mère.
Si les causes psychiques ont peu d'importance pendant la grossesse il n'en est pas de même des causes physiques.
Nous avons déjà vu en parlant des expériences de Féré, de Gley et de Charrin quelle influence considérable exercent les toxines maternelles sur le système nerveux du nouveau-né. Grâce aux recherches de Tavel, de Berne, nous savons que non seulement les toxines, mais les toxiques, traversent le placenta et circulent ainsi dans le sang de l'enfant, dont la circulation est beaucoup plus active que chez l'adulte. En sorte que son système nerveux se trouve imprégné d'une manière beaucoup plus intense.
On comprend ainsi, sans peine, l'influence que peuvent avoir sur l'enfant les substances toxiques circulant dans le corps de la mère.