Le nombre des ratures s'accroit jusqu'à la Sine heure
irU) LA NERVOSITÉ DE l'ENFANT
3. Le nombre de ceux qui calculent sans faute diminue d'heure en heure.
Très intéressantes et même plus démonstratives sont les expériences que Keller fit sur un écolier de 14 ans. Keller part de l'idée que la fatigue n'est que la conséquence d'une intoxication générale modifiant la composition du sang. Il en conclut que la fatigue ne doit pas seulement se faire sentir sur les organes dont l'activité est en jeu, mais qu'elle doit être aussi perceptible dans les autres parties du corps qui n'ont pas travaillé. Une fatigue psychique doit donc pouvoir être mesurée et démontrée par la fatigue des muscles et des nerfs.
Au moyen de l'ergographe de Mosso, il constata que le travail cérébral, au lieu d'amener un afi'aiblissement musculaire, accusait, au contraire, une excitation. La force musculaire des écoliers fatigués du cerveau augmentait du double. Cette augmentation était atteinte au bout de 50 minutes. Après ce temps, l'excitation diminuait et la fatigue des muscles devenait sensible, même après une interruption d'une heure. Il constata en second lieu qu'un travail cérébral continu amène beaucoup plus vite une grande fatigue que le même travail interrompu de temps en temps par quelques minutes de repos. Enfin, ainsi qu'on peut le supposer, Keller a pu démontrer que la fatigue se faisait sentir d'autant plus vite que le travail cérébral était plus compliqué.
C'est en se basant sur le même raisonnement
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que celui qui servit aux expériences de Keller, que Griesbach a cherché à mesurer la fatigue cérébrale en mesurant la sensibilité de la peau, c'est-à-dire en étudiant à quelle distance les deux pointes d'un compas étaient perçues comme une seule pointe. Voici les conclusions de Griesbach :
Une excitation continue du cerveau provoquée par le travail cérébral amène une diminution de la sensibilité nerveuse, diminution qui peut être constatée par l'aiTaiblissement de la sensibilité des nerfs cutanés.
Après Griesbach, Vannod à Berne, et Wagner à Darmstadt ont poussé les expériences encore plus loin, en tenant compte de l'individualité de l'écolier, de ses dispositions personnelles, de son attention (Leistung), de son tempérament et de ses occupations en dehors de l'école.
Les résultats obtenus furent les suivants :
Sur une moyenne de 1200 observations , les mesures étant prises sur la joue, la grandeur du cercle sensible était de 10 mm. avant l'étude et de 14 mm. après.
Les chiffres les plus faibles furent constatés chez les élèves bien doués et chez tous ceux qui avaient été inattentifs. Les chiffres les plus élevés furent trouvés chez les élèves les plus attentifs, dans les classes qui avaient les meilleurs maîtres, et chez les écoliers qui étaient déjà fatigués par un sommeil insuffisant.
On constata aussi des chiffres spécialement éle-
vés à la fin de l'année scolaire, par suite de l'augmentation du travail cérébral et de la diminution du sommeil.
Or c'est bien à l'étude qu'est due la diminution de sensibilité, puisque les écoliers qui servaient de point de comparaison et n'avaient pas assisté aux leçons avaient leur sensibilité normale.
1. On le voit, la fatigue cérébrale augmente à mesure que l'attention se concentre.
2. Les écoliers bien doués paraissent surmonter assez rapidement cette fatigue. Les paresseux et les inattentifs ne sont pas atteints.
3. Ce sont ceux qui .sont appliqués, sans être particulièrement bien doués, qui sont surtout exposés à subir cette diminution journalière de leur force nerveuse.
On observerait bien plus fréquemment cette fatigue nerveuse si l'enfant, heureusement pour lui, ne possédait pas — ainsi que le faisait remarquer Charcot — une soupape de sûreté dont il use et abuse, c'est l'inattention. Dès qu'un enfant est fatigué, il n'écoute plus, les idées entrent par une oreille et ressortent par l'autre, et l'enfant est souvent bien loin avec ses pensées alors qu'il a l'air d'écouter attentivement.
Ce que nous venons de dire de l'école primaire s'applique beaucoup mieux encore, je dirai même s'applique surtout, à l'école secondaire et au gymnase. Si quelques surmenés existent à l'école primaire, leur nombre augmente considérablement
dans les écoles secondaires : collèges, lycées, gymnases de garçons et de filles.
En elTet, l'empressement vers les établissements de l'enseignement supérieur s'est considérablement accru. En dehors de l'instruction obligatoire, c'est le désir de beaucoup de pères, appartenant aux degrés de culture les plus divers, de doter leurs fils d'une instruction au moins égale, et, si possible, supérieure à la leur, qui conduit aux écoles moyennes (établissements d'enseignement secondaire) une foule d'élèves en partie assez mal doués.
Les prétentions des hommes en savoir et en puissance ont, de nos jours, passablement monté ; par suite, il faut apprendre davantage pendant la jeunesse et déployer, pour s'instruire, une plus grande somme d'énergie. Les matières que les jeunes gens ont à étudier, dit Erb, ont subi une notable augmentation. Sans compter les conquêtes gigantesques des sciences naturelles, dont les résultats ne peuvent pourtant pas être soustraits à l'école, outre ce qui est requis en langues modernes, en mathémathiques et en histoire, les prétentions à l'étude des langues anciennes me paraissent aussi ne s'être pas moins accrues. Vu les grands progrès réalisés de notre temps par les sciences philologiques, cela est assez naturel ; mais les philologues, à ce qu'il me semble, n'ont pas toujours réussi à éloigner suffisamment de l'école les découvertes spéciales de leur science,
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et même leurs polémiques, souvent peu édifiantes, sur la prononciation grecque ou latine, par exemple, ou autres points semblables. Le profit de relève n'est pas toujours bien proportionné à l'intérêt du professeur pour sa spécialité.
Et comme si ce n'était pas déjà assez, on entend encore des voix demander catégoriquement une large extension du programme des gymnases ; on veut donner, en outre, à l'écolier, toutes sortes de notions préliminaires en vue de sa vocation future.
Et si vous voulez bien considérer que, pour les jeunes filles aussi, il s'est fondé toute une nouvelle catégorie d'écoles supérieures, dont nos grand'mères n'avaient pas la moindre idée, vous m'accorderez que, sous ce rapport, un surmenage menace également le sexe féminin.
Mais ce n'est pas seulement l'étendue des programmes qui a de fàclieuses conséquences ; il s'y ajoute l'influence de causes autrement complexes. On parle bien toujours d'un surmenage des élèves, mais rarement du surmenage de la classe, c'est-àdire du trop grand nombre d'enfants qu'elle peut compter, et qui nuisent à leur santé en s'asseyant dans des salles trop pleines, mal ventilées, mal éclairées. On semble ignorer de même qu'il y a un surmenage des maîtres, et que ceux-ci, une fois fatigués et énervés, n'agiront pas très favorablement sur leurs élèves.
Ajoutez à cela que la plupart des écoles négligent trop le développement physique, l'alternative
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judicieuse des leçons et des récréations, du travail intellectuel et du travail manuel. N'est-ce pas déplorable que des garçons et des jeunes filles en pleine croissance, doués du mouvement propre à la jeunesse, soient astreints pendant cinq heures de suite à des exercices intellectuels, ou que sur les trente à trente-cinq heures de classe par semaine, il y ait seulement deux heures de gymnastique ? Et faut-il, en outre, que la possibilité pour les écoliers d'avoir une belle récréation, de gambader et de jouer en plein air, soit encore bien écourtée par les devoirs à faire chez eux? Voilà les causes capables d'expliquer le surmenage toujours plus considérable que l'on observe dans les classes supérieures.
Nous avons déjà indiqué que nous attribuions le surmenage en partie à la maison ; il serait certainement fort injuste d'incriminer l'école seule, a maison y entre pour une grande part.
Encore quelques mots sur cette question de la maison. Sans parler du travail supplémentaire (piano, chant, langues, etc.), que l'on ajoute sou .vent trop légèrement au travail ordinaire, il faut se garder de stimuler l'amour-propre de certains enfants, ce qui les engage à prendre sur leurs récréations et sur leurs repas, sur leur sommeil même, pour préparer leurs devoirs.
Dans quelques familles, on attache une importance exagérée au bulletin, au rang qu'occupe l'enfant, au prix qu'il reçoit, et l'on met souvent
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l'amertume et la révolte dans son cœur par des réprimandes et des punitions incessantes qui le découragent au lieu de le corriger.
Nous l'avons déjà dit, que ce soit à l'école ou que ce soit à la maison, les menaces et les mauvais traitements sont une des causes les plus fréquentes de la nervosité, et la peur fait encore plus de mal aux enfants que le surmenage intellectuel.
Fautes commises dans l'éducation morale de l'enfant.
Les fautes commises dans l'éducation morale sont les plus importantes parmi les causes acquises de la nervosité.
Cela est si vrai que l'on peut affirmer qu'une éducation bien comprise, bien dirigée, peut neutraliser, peut détruire toute trace de nervosité, même chez un enfant atteint héréditairement ; mais il est aussi vrai d'ajouter qu'une éducation mal dirigée et mal comprise peut développer de toutes pièces le nervosisme, même chez un enfant qui n'y est pas prédisposé. Ces deux faits, bien mieux qu'une longue discussion, vous montreront l'importance considérable de l'éducation morale en matière de nervosisme.
Et pourtant, voyez comme la nature a admirablement préparé l'enfant pour cette éducation. L'enfant possède, en effet, trois qualités essentielles merveilleusement adaptées au but proposé : il
est observateur excellent, et, bien mieux que l'adulte, il sait se servir de cette importante faculté; il est logicien remarquable, car il sait tirer des faits qu'il a observés des déductions d'une franchise un peu rude, mais d'une justesse inattaquable ; enfin et surtout il est pourvu d'un esprit de justice si inébranlable que seul le commerce avec les adultes peut détruire à grands coups de désillusions.
Observation, logique, esprit de justice, combien précieuses sont ces trois qualités pour l'éducation !
Montrez à l'enfant que chacune de ses paroles, que chacune de ses actions ont des conséquences naturelles et logiques ; que certaines d'entr'elles ont des conséquences désagréables et fâcheuses pour lui ou pour les autres, qu'elles sont mauvaises et qu'il ne faut, par conséquent, pas les faire ; que d'autres de ses actions ont des conséquences utiles et agréables pour lui ou pour les autres, que, par conséquent, ces actions sont bonnes et qu'il faut les pratiquer.
Il comprendra fort bien, et au bout de peu de temps, lorsqu'il aura tenté quelquefois l'expérience, en essayant d'enfreindre la défense qui lui a été faite, lorsqu'il aura vu la conséquence qu'on lui avait annoncée se produire, alors il se soumettra, sa faculté d'observation, sa logique et son esprit de justice seront satisfaits, et sa confiance dans le dire de son éducateur sera doublée.
Ce système d'éducation, dit des conséquences naturelles, est celui d'Herbert Spencer, et se trouve développé tout au long dans son admirable Traité de l'Education, ouvrage que je ne saurais trop vous conseiller de lire et de relire.
Ce système me paraît supérieur à tous les autres en ce qu'il met l'enfant en présence de faits, suivis de leurs conséquences agréables ou désagréables, bonnes ou mauvaises et qui contiennent en euxmêmes leur récompense ou leur punition.
Un exemple. Voici un enfant qui aperçoit une théière bouillante placée sur une table. Ne touche pas à cette théière ! L'enfant continue. Si tu as le malheur de la toucher, je te donne un soufflet. Voilà comment procède l'éducation ordinaire.
L'éducation naturelle agit autrement : Ne touche pas cette théière, elle te brûlera les doigts. L'enfant continue ; laissez faire, bien mieux : aidez-lui à approcher la théière et bientôt, avec ces gestes charmants et indécis, vous le verrez approcher son doigt et tout-à-çoup pousser un cri de douleur et de rage. Ne vaut-il pas mieux le laisser se brûler légèrement, tout en faisant une expérience des plus utiles pour lui, pendant que l'on est près de lui, pendant que l'on peut l'empêcher de renverser la théière et de se faire une brûlure mortelle ; car avec l'autre méthode, il est certain que tant que la menace bourdonne dans son oreille, ou tant qu'il sentira la cuisson du soufflet, le même jour il ne recommencera pas. Mais soyez certains qu'à la
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prochaine occasion, quand il se trouvera seul, il le fera, car il est curieux de nature, et alors l'expérience pourra avoir des conséquences graves, peutêtre tragiques pour lui. Même si cela n'arrive pas, le soufflet n'aura été d'aucune utilité pour son éducation et ne lui aura rien appris, sinon qu'un soufflet fait mal et que quand on veut enfreindre une défense il faut se cacher.
Avec la méthode naturelle, il a enrichi ses connaissances d'une expérience utile. L'enfant se souviendra de la petite brûlure et évitera les grandes, de plus et surtout cela lui donnera une grande confiance dans la parole de son éducateur, dont il a pu contrôler la véracité, et bien loin de le fuir, dans une autre occasion il en recherchera volontiers les conseils. Enfin la cuisson de la brûlure lui paraît une punition juste, proportionnée à la désobéissance, car s'il désobéit une seconde fois il aura la même, exactement la même punition que la première fois. De plus, cette punition est la conséquence de la faute, ou plutôt est administrée par la faute elle-même, et n'est pas une punition arbitraire, inventée et donnée par les parents, comme un soufflet ou un coup de bâton ou une claque, si bien que dans l'esprit logique et juste de l'enfant, la punition devient un payement. Telle désobéissance coûte un soufflet, et il est stupéfait une autre fois, pour la même désobéissance, d'en recevoir deux parce que son père est énervé.
Cette idée de rachat des fautes est au fond de
tout esprit d'enfant; je me souviens encore de notre vieux maître d'école enfantine qui nous donnait un coup de règle sur les doigts chaque fois que nous venions trop tard. — Ce coup de règle était tellement inséparable dans notre esprit de l'arrivée tardive que lorsque nous nous trouvions deux devant la porte, quelques minutes après l'heure sonnée, nous allions nous promener toute la matinée la conscience tranquille, pourvu que nous arrivions un peu avant la sortie tendre la main pour payer notre matinée d'école buissonnière.
Le système de l'éducation naturelle répond donc aux besoins de l'éducation de l'enfant ; il est logique et satisfait aussi bien son esprit de justice que son esprit d'observation.
Au reste, il y en a d'autres , ce qu'il faut surtout, c'est avoir un système, toujours le même, et de ne pas permettre aujourd'hui ce que l'on défendait hier, ne pas gronder pour des vétilles, et laisser passer un autre jour une faute grave sans sourciller, ne pas punir sévèrement aujourd'hui et demain, suivant votre humeur, laisser passer la désobéissance en souriant.
Un système ! Une méthode ! combien y a-t-il de parents qui s'occupent avec suite de l'éducation de leurs enfants?
Combien y en a-t-il qui aient étudié la question, qui y aient réfléchi et aient choisi tel ou tel système d'éducation pour leurs enfants?
Passe encore pour le père qui est presque toujours absent, mais la mère, où a-t-elle étudié l'art d'élever ses entants ?
Avouons-le franchement, ils sont bien rares les parents qui s'occupent en connaissance de cause de l'éducation de leurs enfants. Le plus souvent ce qui les guide, c'est leur caractère naturel. Les uns sont autoritaires et n'admettent aucune explication, ils sont ultra-sévères comme éducateurs; d'autres sont indolents et aiment leurs aises, ils sont ultra-indulgents ; d'autres enfin sont négligents et indifférents et ne s'occupent pas de l'éducation de leurs enfants. Or ces trois méthodes d'éducation conduisent l'enfant à la nervosité.
Les parents de la première catégorie, les autoritaires, ne croient qu'à la sévérité et ne cèdent jamais. Leurs enfants sont élevés dans la crainte, avec la dureté la plus exagérée ; seules, les punitions et les corrections sont employées, jamais un rayon d'amour paternel n'apparaît à ces déshérités.
Qu'on ne s'y trompe pas, c'est une arme à double tranchant qu'une sévérité exagérée et intempestive. Elle est dangereuse, elle est inutile.
Dangereuse en ce qu'elle engendre la dissimulation. Se dérober par la ruse, le mensonge à ces exigences tracassières, échapper à ces punitions continuelles, à ces corrections peu méritées, ne tarde pas à devenir la pensée dominante de l'enfant, et aux luttes de ce genre la véracité s'émousse, la confiance se perd, la droiture fléchit, le men-
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songe, la ruse, la dissimulation deviennent familiers.
Elle est inutile, car l'obéissance apparente n'est, en réalité, qu'une concession de la faiblesse à la force. Subie d'abord avec impatience, prise en haine ensuite, l'autorité paternelle finit par être ouvertement méconnue, l'aigreur déborde, les hostilités s'ouvrent, la lutte devient inévitable, les nerfs violemment ébranlés ne résistent bientôt plus et le nervosisme s'installe chez un révolté à colères terribles, ou chez un trembleur abruti par la peur.
D'autres parents, ceux de la deuxième catégorie, veulent tout obtenir par la douceur, ils ne peuvent voir pleurer leurs enfants. Aussi l'enfant ne se sentant pas dirigé, ne rencontrant jamais de résistance, fait-il tout ce qui lui passe par la tête.
Conscient de son autorité, connaissant le pouvoir de ses larmes, il en abuse en vrai tyran, pour tout vouloir, pour tout demander, pour obtenir toujours davantage.
Gomme les exigences croissent au-delà du possible, les parents finissent par ne plus pouvoir donner, ils ébauchent un semblant de résistance. Que fait le tyran? Pour vaincre, tous les moyens sont bons; il ne recule plus devant rien, il pleure, il crie, il se désespère, il s'arrache les cheveux, il se roule par terre, il veut se tuer, etc., etc.
Cette excitation, factice d'abord, réelle ensuite, en se répétant chaque jour, ébranle bientôt tout le
système nerveux, et pour peu que cela se répète, le nervosisme est au bout.
Enfin, la troisième catégorie, de beaucoup la plus nombreuse, est formée par les parents indifférents. Ces parents négligents et inconscients confient l'éducation de leurs enfants à des nourrices ignorantes ou à des bonnes superstitieuses qui brillent plus par leur bonne volonté que par leur intelligence.
Aussi voyez le résultat obtenu. Bien loin de mettre à profit pour son éducation les admirables qualités dont est si richement doué l'enfant, on cherche à les détruire. Au lieu de cultiver ce raisonnement si logique, on l'étouffé. Au lieu de se servir de son esprit de justice, on semble prendre à tâche de le fausser. Au lieu de développer son talent d'observation, on cherche à obscurcir sa trop grande clairvoyance.
On s'évertue à lui présenter la vie sous le jour le plus faux, le plus fantastique.
Par une inqualifiable aberration, on s'ingénie à le tromper. On parle aux enfants de « momos », de revenants, de sorciers, de ramoneurs, de méchants hommes qui enlèvent les enfants désobéissants. On leur parle de l'ogre qui les mange, de lions et d'ours qui dévorent les enfants méchants, du tailleur qui leur coupe les doigts, et surtout de l'homme noir, du médecin qui leur coupe la langue et leur ouvrira le ventre s'ils ne veulent pas prendre leur nourriture.
Aussi quelle scène quand on rencontre le ramoneur, quels cris quand le médecin s'avance pour examiner l'enfant I Comment ne s'aperçoit-on pas des déplorables conséquences de cette manière de faire? Tous ces mensonges occupent dans l'esprit de l'enfant la place de la vivifiante intuition de la vérité. Tous ces fantômes, tous ces bourreaux dansent une sarabande etTrénée dans ces petits cerveaux enfantins, tout cela y prend corps, tout cela y grimace, tout cela gronde, tout cela menace, coupe, dévore, tue. Et c'est avec cela qu'on dirige les enfants, c'est avec cela qu'on les effraye pour les faire obéir, selon le caprice du moment, sans règle et sans suite.
Etonnez-vous après cela si l'enfant ne distingue plus le bien du mal, tous deux conventionnels ; étonnez-vous si, habitués à céder toujours à la peur, à la terreur du cabinet noir et de la mort affreuse dont vous le menacez sans cesse, étonnezvous s'il devient craintif à l'excès, s'il devient maladivement impressionnable, si le nervosisme s'installe dans son système nerveux délabré. Oh ! combien d'enfants seraient arrachés à la nervosité si les parents voulaient s'occuper plus et mieux de leur éducation ! Avoir un système, s'y tenir ; avoir un but, y tendre, tout est là.
Quatrième Conférence.