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II. Qu'est-ce que la nervosité

Les opinions sur ce qu'il faut entendre par nervosité, dit Erb, difl'èrent beaucoup chez le commun et même parmi les médecins ; aussi les conceptions les plus diverses se lient-elles avec ce que l'on appelle nerveux. Il est hors de doute qu'on peut rattacher à l'idée de nervosité tout ce qui, chez un homme paraissant d'ailleurs bien portant et capable d'effort, indique une excitabilité exagérée du système nerveux : la précipitation et un certain trouble dans les mouvements et dans le travail, une sensibilité excessive, la tendance à s'effrayer, une grande irritabilité accompagnée de mélancolie, une plus faible résistance aux petites incommodités de la vie (« à la malignité de l'objet » Vischer), l'humeur changeante, le sommeil agité, l'affaissement après chaque effort un peu pénible, l'excitabilité du cœur et du système vasculaire, etc.

Tout cela cependant n'est pas encore précisément de la maladie ; ce sont des états qui ne font

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pas souffrir et se rencontrent fréquemment chez des hommes relativement forts et bien portants ; ils ne forment qu'un premier degré, une sorte de transition entre la santé et la maladie, mais trop souvent constituent le sol le plus propice au développement de cette dernière.

Cette description, trop générale, ne nous permet pas encore d'arriver à comprendre le nervosisme et encore moins à le définir. Une simple comparaison nous y amènera plus naturellement. Voici un diapason : représentons-nous cet instrument recevant continuellement un choc de même intensité. Ce diapason nous donnera un son d'une intensité toujours égale et proportionnelle au choc.

Si maintenant, sans que la cause soit modifiée, sans que le choc soit augmenté, nous plaçons le diapason sur une caisse de résonnance, le même diapason nous donnera un son plus fort ; sur une caisse plus grande l'intensité augmentera encore. Pourquoi ? Parce que les vibrations du diapason se sont communiquées à la caisse qui vibre à l'unisson et que, sans changer la tonalité du son, elles en augmentent l'intensité.

Nous avons ainsi, grâce à ce petit artifice, amené une disproportion entre la cause et 1 effet.

Il se passe quelque chose de très analogue dans le nervosisme. Si nous prenons un nerf et que nous y produisions une excitation, ce nerf nous donnera une réaction dont l'intensité sera exactement proportionnelle à l'excitation si l'homme est normal.

Mais s'il s'agit d'un homme nerveux, alors les vibrations nerveuses seront exagérées, et au lieu de rester cantonnées dans ce nerf, elles vont gagner les nerfs voisins qui réagiront de concert avec le premier. La réaction dans ce cas ne sera pas seulement augmentée, elle sera multiple.

Exemple : La pendule sonne I Ses vibrations sonores vont impressionner le tympan et par lui l'oreille interne, qui transforme les vibrations sonores en vibrations nerveuses et les envoie par le nerf auditif au cerveau où se fixe la perception du fait. C'est tout... pour l'homme normal !

S'il s'agit d'un homme nerveux, les vibrations nerveuses seront extrêmement intenses, même douloureuses; au lieu de rester cantonnées dans le nerf auditif, elles A'ont gagner les nerfs voisins : les nerfs du cœur : d'où palpitations violentes ; les nerfs vasomoteurs : d'où sueurs froides, pâleurs, évanouissement même ; les nerfs moteurs : d'où violent soubresaut, etc., et cela surtout si le son était absolument inattendu, etc.

Nous voici maintenant en mesure, je pense, de définir le nervosisme avec précision. Nous dirons: le nervosisme est un état maladif dans lequel il g a disproportion entre r excitation et la réaction. Le plus souvent la réaction sera exagérée, plus rarement elle sera diminuée, en tout cas jamais elle ne sera normale, de plus elle sera le plus souvent multiple.

Cependant, malgré un symptôme aussi appa-

rent, jamais on ne trouve dans le nervosisme une lésion du système nerveux. Qu'on l'examine à l'œil nu ou au microscope, qu'on examine les nerfs du centre ou les périphériques, nulle part on ne trouve une altération de leur substance. Il s'agit donc, dans l'espèce, d'une anomalie de réaction, et nullement d'une anomalie de constitution.

Notre définition complète sera donc : Le nervosisme est un état maladif dans lequel il existe une disproportion entre Vexcitation et la réaction, sans que Von puisse constater une lésion du système nerveux.

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