X. TROUBLES URINAIRES
Une maladie qui, comme la neurasthénie, porte une atteinte sérieuse et durable aux fonctions du système nerveux et, dans certains cas d'atonie gastro-intestinale, à la nutrition générale elle-même, doit sans doute provoquer des modifications notables de la sécrétion urinaire. Ces altérations n'ont pas encore été très complètement étudiées. J'ai entrepris quelques recherches sur ce point, mais elles sont toutes récentes et peu nombreuses. Je ne puis encore en tirer aucune conclusion.
On peut observer l'augmentation ou la diminution de la sécrétion rénale. 11 y a chez certains neurasthéniques des accès de polyurie transitoire. D'autres éprouvent, sans aucune trace de cystite, des besoins fréquents d'uriner. La polyurie s'accompagne parfois d'une très légère albuminurie et même de glycosurie passagère et peu prononcée. On sait d'ailleurs que, en dehors des états neurasthéniques, les émotions morales et le travail cérébral exagéré provoquent des troubles analogues de la sécrétion urinaire.
Bearda signalé la fréquence de l'oxalurie. Il y a longtemps que Prout, Begbie et Bird ont décrit une diathèse oxalique, comparable à la diathèse urique, et à laquelle ils attribuent le développement de symptômes nerveux tels que la dépression cérébrale, l'émotivité, la fatigue musculaire précoce, la tendance aux préoccupations hypocondriaques. Il est bien probable que le plus souvent Tinterprétalion est erronée et que l'oxalurie doit être considérée comme un eflfet, non comme une cause. Ces troubles ner-
BocvBRET, La Neurasthénie. 10
veux sont de nature neurasthénique, et, ainsi que le veut Beard, Toxalurie elle-même n'est qu'un des nombreux troubles fonctionnels de la neurasthénie.
La phosphaturie est commune chez les neurasthéniques. Elle a été indiquée déjà par M. Bouchut dans le nervosisme chronique. Il cite l'observation d'un jeune homme dont l'urine fut souvent examinée par Ch. Robin et Bouchardat. Cette urine renfermait un excès de phosphates au moment des paroxysmes de la névrose.
D'après Beard, l'urine des neurasthéniques, presque toujours acide, contient fréquemment un excès d'urates et d'acide urique.
La neurasthénie prédispose aux congestions viscérales. Parmi ces congestions d'origine nerveuse, Beard range la congestion rénale, et cette congestion pourrait s'accompagner d'albuminurie. Il y aurait donc une albuminurie neurasthénique. L'auteur américain avance même que celte congestion, si elle persiste longtemps, peut être l'origine d'une sorte de mal de Briglit. •
J'ai observé plusieurs fois l'albuminurie parmi mes malades atteints d'épuisement nerveux. Dans le cas que j'ai le mieux suivi, il s'agissait d'une femme, chez laquelle prédominaient les troubles digestifs et les symptômes de l'irritation spinale. Il n'y avait aucun signe positif de néphrite interstitielle ou de néphrite parenchymateuse, et l'albuminurie disparut entièrement, en même temps que survint une amélioration très marquée de tous les autres symptômes neurasthéniques.
On a signalé l'albuminurie dans certaines affections organiques du système nerveux, telles que les lésions du bulbe et Tataxie locomotrice, et il est probable que ces affections organiques engendrent l'albuminurie par Tinter—
médiaire d'un trouble de la circulation rénale. L'interprétation de Beard serait donc yraisemblable ; cependant la pathogénie des albuminuries sans lésion du rein est encore contestée, et il est prudent, je crois, de garder une certaine réserve sur cette question de l'albuminurie d'origine neurasthénique.