‹ La Neurasthénie: épuisement nerveuxChapitre 2 sur 55 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

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ARVARD COLLEGE LIBnAfiV

FROMTHELiBRARYOF JEAN SANCHEZ ABREU ^ SEPT. 14. 1918

La neurasthénie n'a guère que des symptômes subjectifs. Les signes objectifs, appréciables par les procédés ordinaires de l'investigation clinique, y sont très peu nombreux. Dans beaucoup de cas, ils font même entièrement défaut. C'est là un obstacle à l'étude de cette névrose. De plus, les traits du tableau clinique y sont généralement mal accusés. La neurasthénie n'a pas de phénomènes morbides qui sollicitent vivement l'attention du clinicien» comme les attaques convulsives, les paralysies, les contractures, les anesthésies de l'hystérie.

Jusqu'à ces dernières années, une sorte de discrédit était attaché à l'étude de cette affection nerveuse. Elle ne trouvait point place dans les ouvrages classiques, ou bien elle n'y était représentée que par l'irritation spinale. Beard ^

i B«ard, IHe stxuelle Neurasthénie, traduction allemande, Vienne, 18â5, p. 8.

raconte qtfttÉue part quelles difficulté^ il rencontra pour publier ^ipr un journal de médecine ses premiers travaux sur l'épuisement nerveux. IJ^ Spencer était alors en Amérique ; il déclarait que des recherches de ce genre ne pouvaient intéresser le public médical. En effet, à une époque où la pathologie des affections organiques du système nerveux offre encore une si riche moisson d'observations nouvelles, il semble que le clinicien soit peu tenté de s'attarder à l'étude d'une affection nerveuse dont les symptômes paraissent obscurs et qui n'a point d'anatomie pathologique.

Cependant la neurasthénie est une maladie commune et avec laquelle le pathologiste et le praticien ont également à compter. Elle confine à diverses maladies nerveuses, à des névroses et à des psychoses, dont la nosologie doit la séparer. Le praticien qui n'a point appris à reconnaître les états neurasthéniques est exposé à de regrettables erreurs de diagnostic. Certaines formes de l'épuisement nerveux simulent le début de quelques affections organiques du cerveau et de la moelle épinière.

La neurasthénie n'est pas seulement, comme on le croit encore généralement, la névrose des classes élevées, des geos qui ont une certaine culture intellectuelle. On la ren- ' contre aussi dans les classes inférieures, et elle n'est point rare dans la pratique hospitalière. Elle y apparaît isolée ou combinée à l'hystérie, soit spontanément, soit sous l'influence des traumatismes.

La plupart des malades que nous qualifions de nerveux, bizarres, hypocondriaques, après un examen médical trop souvent incomplet, sont de vrais neurasthéniques. Nous

nous débarrassoifs d'eux en leur conseillant ^Mlque cure thermale ou Tusage indéfiniment prolongé délMsJâicaments antispasmodiques. Les neurasthéniques ont droit à plus de sollicitude. Ce sont de vrais malades qu'on peut souvent améliorer et parfois guérir. Quelque variés et disparates que soient les symptômes de la maladie dont ils souffrent, il est cependant possible d'étudier ces symptômes, comme on étudie ceux de Thystérie.

Il est vrai que la neurasthénie provoque des troubles fonctionnels très divers du système nerveux et qu'elle les associe en de nombreuses formes cliniques. Cependant, lorsqu'on a patiemment observé un certain nombre de neurasthéniques, on est frappé de ce fait, sur lequel insiste avec tant de raison M. Charcot, h savoir que, quelle que soit la diversité des causes, des symptômes et des formes cliniques, il y a entre tous ces états nerveux des traits communs, qui sont constants ou à peu près constants, et qui témoignent très nettement de l'autonomie de la neurasthénie. Que le patient soit un homme du monde frappé par un grand revers de fortune, qu'il soit un ouvrier illettré, victime d'un traumatisme» le tableau clinique peut présenter dans les deux cas les mêmes symptômes, si bien que, comme le fait encore observer M. Charcot, en ne considérant que ces symptômes, il peut être impossible de recon naître la cause de la maladie nerveuse. Ainsi que l'hystérie» la neurasthénie a des symptômes cardinaux qui dominent les autres troubles fonctionnels de fréquence et de valeur moindres et qu'on peut aussi qualifier de stigmates neurasthéniques.

Je n'ai pas l'intention de faire l'historique de Tépuise-

8 INTRODUCnof*

ment nendfe- Assurément, la maladie n*est pas nouyelle. ImparfaiteWfnt décrites, la plupart des formes cliniques en sont cependant depuis longtemps Menues. A la neurasthénie appartiennent Virritation spinale de Frank, le névrospasme de Brachet, Vétat nerveux de Sandras, la névralgie prçtéiforme de Cerise, la névralgie générale de Valleix, le nervosisme de M. Bouchut*,la névropathie cérébro-cardiaque de Krishaber.

La richesse de cette terminologie est d'ailleurs la preuve d'une difficulté réelle à définir la neurasthénie et à en tracer les limites. De là une tendance à grouper certains symptômes et à les présenter comme des espèces nouvelles dans la famille des névroses. Ainsi furent constituées la névralgie générale, Tirritation spinale et la névropathie cérébro-cardiaque. Or, il n'est pas douteux aujourd'hui que ce ne sont point là des névroses distinctes, mais seulement des formes cliniques d'une névrose plus générale, la neurasthénie ou épuisement nerveux.

Cette conception nouvelle est attribuée à un médecin américain, Beard*, de New- York. C'est à lui que nous devons le terme de neurasthénie^ aujourd'hui très généralement accepté. Observant en Amérique oii la maladie est, paraît-il, bien plus fréquente qu'en Europe, il a pu en étudier plus complètement les très nombreuses manifestations. On pourrait même reprocher à Tauteur américain un trop grand luxe de détails. Il est probable qu'il a trop

1 Bouchut, Du Nervoiisme aigu et chronique et des maladies nerveuses, 2« édition, Paris, 1877.

^ Q. Beard, Die Nervenschtoâohê (Nêurasthenia), traduction allemande de M. Neisser, Leipzig, 1883.

IXTUODUCTION 9

agrandi le cadre delà neurasthéaie. Dans sa jmqftographie, plusieurs formes cliniques restent encore cofifdses, et les principaux sjmptômesj si nécessaires pour établir le diagnostic, ne sont pas suffisamment mis en lumière.

Un autre médecin américain, M. Weir Mitchell*, nous a fait connaître, dans une monographie pleine.de vues ori* ginales, une des formes les plus communes de la neurasthénie, forme particulièrement observée chez la femme. 11 a proposé un traitement nouveau de cette neurasthénie féminine, basé sur la combinaison systématique de certains agents physiques. Ce traitement possède une réelle efficacité, et il commence à remplacer, chez nous comme en Amérique, le traitement banal du névrosisme grave de la femme par les antispasmodiques et Thydrothérapie.

Les publications des deux médecins américains ont beaucoup contribué à éclairer l'histoire de la neurasthénie. Elles en ont bien établi Tautonomie. Elles eurent encore un autre résultat non moins heureux. Elles appelèrent définitivement l'attention du public médical sur cette névrose si fréquente et si mal connue, et les plus éminents cliniciens commencèrent à l'observer et à l'admettre dans leur enseignement. L'étude de la neurasthénie sortit ainsi du discrédit dans lequel elle était tombée. Depuis 1880, époque à laquelle les ouvrages de Beard et de M. Weir Mitchell furent connus en Europe, les publications deviennent de plus en plus nombreuses, et presque toutes

^ Weir Mitchell, Du traitement méthodique de la neurasthénie et de fuelquea formes de l'hystérie, traduction française de M. 0. Jennings, Paris, 188S.

lémoigneMf = de la même rigueur d'observation que nous sommes hlriiihiés à rencontrer aujourd'hui dans l'étude des maladies nerveuses.

C'est en m'appuyant sur les travaux de Beard et de M. Weir \Jilcliell, sur les publications postérieures et sur un certain nombre d^observations personnelles, que je vais essayer de retracer l'histoire de la neurasthénie.

LA

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