VICTOR HUGO. — VILLEMAIN
Quelle admirable description médicale. Comme on voit bien, dans ce tableau de l'illustre poète, se profiler la véritable silbouette du névrosé que torture le délire de la persécution, vivant seul dans un milieu inondé de tristesse, anéanti sous l'étreinte d'une perpétuelle obsession et renaissant à l'espérance après la visite d'un homme éventuellement suggestif qui avait su trouver dans son esprit et dans son cœur les bienfaits d'une psychotérapie transcendante.
Qu'il me soit permis d'ajouter à ce récit magistral un épilogue qui mérite d'être noté comme une pièce justificative. Vingt ans après cette émouvante visite faite par Victor Hugo à Villemain, j'eus l'insigne honneur de donner des soins au célèbre professeur de la Sorbonne. Il venait tous les jours à Auteuil, avec ses filles, prendre des douches qui lui avaient été ordonnées par Andral. Un jour que le hasard amena la conversation sur Victor Hugo, M. Villemain s'empressa de me dire : « C'est à lui, bien à lui, entendez-vous, à ses entretiens, à ses lettres, à ses conseils que je dois l'apaisement de mon mal et le calme de mon esprit. Il est vrai, ajouta-t-il avec une certaine malice que ses yeux encore brillants ne pouvaient dissimuler, qu'à l'époque dont je vous parle l'hydrothérapie n'avait pas fait son entrée triomphale à Paris. »
Les appréhensions du fameux visionnaire étaient alors remplacées par des idées plus calmes et son cœur n'avait plus d'autres sentiments que ceux d'une tendresse maternelle extrêmement touchante. Il vivait en paix!!