CHAPITRE II
Le professeur Beard, de NeAV-York, a écrit, il y a une trentaine d'années, un livre très intéressant dans lequel est présentée, sous un jour nouveau, une ancienne névrose mal définie dont il a essayé de fixer l'autonomie et qu'il a le premier désignée sous le nom de neurasthénie. Cette monographie est encore la plus lumineuse et la plus pratique de toutes celles qui ont été puhliées sur cette névropathie spéciale. Le mot de neurasthénie dont il s'est servi pour étiqueter cette affection nerveuse a été favorablement accueillie par tout le monde ; malades et médecins l'ont adopté avec empressement.
La neurasthénie a pour caractère fondamental un épuisement temporaire ou durable de la force nerveuse, précédé et souvent accompagné d'une excitabilité physique et morale plus ou moins accentuée. Cette détresse morbide se manifeste par des traits caractéristiques qui, malgré leur diversité, offrent un ensemble symptômatique très saisissant. Elle se révèle par une grande fatigue cérébrale assez fréquemment troublée par des phénomènes d'irritabilité qui, après avoir préparé son invasion, la poursuivent sans relâche et finissent quelquefois par dénaturer ses traits fondamentaux. Cette fatigue cérébrale ne tarde pas à produire dans la tête une gène douloureuse ou une légère céphalée constrictive dont la continuité finit par amoindrir les facultés intellectuelles et morales du malade et compromettre son activité physique. La plupart, des fonctions de l'encéphale semblent assez éprouvées; la mémoire a des défaillances regrettables, les efforts intellectuels deviennent pénibles, l'attention accuse des rébellions bizarres; le caractère s'assombrit ou montre une irascibilité désagréable; les idées paraissent languissantes, perdent le pouvoir de
s'associer librement et flottent incertaines entre l'indécision et la tristesse.
Cette neurasthénie ne limite pas son influence causale à ces premiers dégâts; elle poursuit sa marche envahissante en déterminant des perturbations sensorielles localisées dans les organes de la vue, de l'odorat ou de l'ouïe, des vertiges, des' perversions variées de la sensibilité générale et une débilité très marquée de la force neuromotrice. Elle provoque souvent des désordres psychopatiques qui, sans exposer le malade à franchir les frontières de la folie, l'agitent profondément et lui font perdre sa sécurité m©rale. L'esprit du patient semble désemparé sous le coup de cet affaiblissement accidentel et se laisse envahir par des appréhensions souvent chimériques qui viennent effleurer des phobies décevantes, des obsessions plus ou moins tenaces et des impressions de tristesse qui donnent un accès facile aux idées hvpocondriaques et mélancoliques. Le sommeil n'est jamais satisfaisant ; souvent entrecoupé par des cauchemars ou des rêves, il n'apporte avec lui qu'une réparation incomplète dont l'insuffisance se traduit par une lassitude matutinale qui est un des caractères fondamentaux de la neurasthénie. Les perturbations neurasthéniques ont leur point d'élection dans l'encéphale qui subit toujours les premières attaques du mal et constituent un ensemble symptômatique que Beard a désigné sous le nom de neurasthénie cérébrale ou cérébrasthénique. Cette neurasthénie a une certaine ressemblance avec cet état morbide spécial que les professeurs Raymond et Janet appellent la psychasthénie. Je retrouverai l'occasion de reparler de cette psycho-névrose. La moelle épinière ne tarde pas à être atteinte à son tour et la secousse qu'elle reçoit se traduit par des phénomènes douloureux particulièrement localisés dans la région cervicale ou sacrée, par divers troubles moteurs au milieu desquels on distingue aisément les traits saillants de l'amyosthénie. On aperçoit souvent les traces d'une grande surexcitabilité spinale que l'activité vitale, accidentellement affaiblie, n'a plus la force de neutraliser. Libre de tout frein, cette perversion de la moelle donne naissance à de nombreuses actions réflexes qui accentuent les accidents neurasthéniques et facilitent leur dispersion dans l'économie tout entière.
Ces symptômes constituent la neurasthénie médullaire. Ils se trouvent très fréquemment associés ;'i ceux de la neurasthénie cérébrale et forment parfois une alliance étroite avec les symptômes que • léveloppe la neurasthénie dans le nerf grand sympathique.
Les causes qui engendrent la neurasthénie cérébro-spinale peu-