ON PEUT CONSIDÉRER CES NEUHASTHENIQUES COMME DES PSYCHASTHÉNIQUES
lavent les mains à chaque instant, se baignent plusieurs fois par jour espérant, à l'aide d'ablutions souvent renouvelées, se débarrasser de tous les microbes qu'ils croient blottis dans les anfractuosités de la surface cutanée. Ils font des injections nasales et pharyngiennes pour propager l'antisepsie dans ces régions qui sont considérées par eux comme un nid de microbes très dangereux pour leur santé. On les voit rester très longtemps dans leur cabinet de toilette qui est pour eux un sanctuaire où ils espèrent pouvoir purifier leurs chimériques souillures. Dans certaines circonstances leurs craintes prennent une autre direction . Quelques-uns d'entre eux n'osent pas marcher ou se tenir debout et présentent tous les phénomènes de l'astaso-abasie qui n'est autre chose, dans ce cas, qu'une phobie semblable à l'agoraphobie, à la claustrophobie, en un mot à toutes les phobies que j'ai souvent signalées chez les neurasthéniques atteints d'hypocondrie.
Tous ces troubles psychiques, fréquents chez quelques dégénérés mais plus fréquents encore chez les psycbasthéniques, ont certainement une allure vésanique ; mais leur évolution a plutôt lieu dans le domaine du nervosisme que dans celui de la folie. Les malades chez lesquels on les constate ne doivent pas être classés parmi les aliénés. Ce sont des névrosés qui deviennent des psychopathes. On rencontre parmi eux un certain nombre de neurasthéniques qu'une hérédité spéciale ou une toxi-infection transforme, après avoir perverti leur mentalité, en psychasthéniques, en mélancoliques ou le plus souvent en hypocondriaques difficiles à diriger.
Sans doute, les malades dont je viens d'esquisser les traits ont une grande accointance avec les dégénérés. Mais ils ont des relations plus intimes avec la mélancolie et avec l'hypocondrie. J'ai été longtemps embarrassé de donner un cadre convenable à ces troubles psychiques si souvent observés par moi chez les neurasthéniques soumis à ma direction. Aujourd'hui cette difficulté me paraît définitivement tranchée et je n'hésite pas à les considérer comme les symptômes de cette nouvelle psychose que le professeur Raymond vient de décrire sous le nom de psychasthénie. Ces malades ont commencé par être des neurasthéniques que des circonstances graves ont transformé en psychasthéniques. Voilà pourquoi je leur ai accordé une place dans ce livre consacré à l'étude de la maladie de Beard. En leur offrant cet asile j'ai surtout voulu attester qu'on pouvait les guérir. Si l'on veut obtenir ce résultat il faut tout d'abord modifier leur sensibilité physique et relever leurs forces vitales en les soumettant à l'action curative d'une physicothérapie convenablement choisie et à un traitement