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CHAPITRE XIV

RELATIONS DE LA NEURASTHÉNIE AVEC LES NÉVROSES ET AVEC DIVERS ÉTATS NERVEUX QU'ON DÉSIGNE SOUS LE NOM DE PSEUDO-NÉVROSES. CES PSEUDO-NÉVROSES OFFRENT, COMME LES NÉVROSES PROPRE- MENT DITES, DES PERTURRATIONS QUI INTÉRESSENT LA MENTALITÉ DU MALADE ET SA SENSIBILITÉ; MAIS ELLES ONT SURTOUT DANS LEUR SYMPTOMATOLOGIE DES TROUBLES MOTEURS SPÉCIAUX DONT LES MANIFESTATIONS INDIQUENT LES CARACTÈRES DISTINCTIFS DE CHA- CUNE D'ELLES.

Les relations delà neurasthè'nie avec les névroses sont aussi nom foreuses que variées. En général, elles se révèlent avec une netteté remarquable; mais dans certaines circonstances elles se trouvent voilées par l'advention imprévue de quelques phénomènes morbides dont il est difficile de préciser la nature. Je crois néanmoins qu'un médecin habitué à diagnostiquer les maladies nerveuses doit pouvoir, en donnant à ses investigations biologiques une grande étendue, dissiper cette confusion qui me paraît être accidentelle. C'est en prenant pour base et pour point d'appui les impeccables enseignements de la clinique qu'on arrive à découvrir les liens importants qui unissent parfois la neurasthénie avec les véritables névroses, c'est-àdire, avec le nervosisme proprement dit, avec l'hystérie et avec la maladie de Graves ou de Basedow. Je suis obligé d'ajouter à ce groupe les formes bénignes de l'épilepsie.

La neurasthénie a aussi de fréquents rapprochements avec certains états pathologiques qui, sans être de pures névroses, offrent un ensemble de symptômes attestant, une perturbation fonctionnelle de la

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mentalité du malade, de sa sensibilité et particulièrement de ses mouvements volontaires. Dans ce groupe on peut se permettre, sans trop offenser les règles delà nosologie contemporaine, de faire figurer la chorée, les tics, les spasmes, les contractures qui troublent la force neuro-musculaire, les crampes professionnelles, le paramyoclonus, la tétanie, la maladie de Tbomsen ou de Little, la plupart des tremblements, la paralysie agitante de Parkinson et quelques désordres intéressant la coordination, l'équilibre et même la puissance des mouvements. —

Pour ne pas encombrer mon exposé de détails inutiles je vais le diviser en deux parties. Dans la première j'étudierai les relations de la neurastbénie avec les névroses proprement dites. Dans la seconde j'examinerai celle qu'elle paraît avoir avec les divers états morbides dont je viens de faire l'énumération.

Relations de la neurasthénie avec h- nervosisme ou l'état nerveux proprement dit. — Les malades cliez lesquels la neurastbénie et le nervosisme se développent simultanément offrent un ensemble de perturbations nerveuses au milieu desquelles il est difficile de bien distinguer les traits caractéristiques de cbacune de ces névroses.

Cette représentation confuse où leurs symptômes respectifs se mélangent intimement, en montrant les uns pour les autres une très grande affinité, est réglée par un mécanisme assez facile à justifier. Ces entités morbides appartiennent à la même famille; elles sont restées fort longtemps dans le même cadre nosologique et ont été désignées par le même vocable. Il existe donc entr'elles d'anciens liens de parenté qui expliquent leurs relations. J'en reparlerai tout à l'heure; mais avant je tiens à montrer que dans ces associations névrosiques le rôle des influences causales est assez important. Ces influences trouvent leur point d'élection chez les malades qui sont marqués par les stigmates d'une hérédité trop tarée, chez ceux dont la constitution est délabrée ou malsaine et dont le système nerveux ne peut supporter vaillamment les secousses d'un grand choc moral ou physique, d'une violente émotion ou d'un trop déprimant surmenage. Ces actions nocives sont aussi imputables aux altérations histologiques ou simplement fonctionnelles localisées avec, une certaine persistance dans les appareils circulatoire, digestif ou génito-urinaire. Ces troubles ont sur le cerveau une répercussion assez retentissante, engendrent de nombreuses actions réflexes et provoquent des perturbations névropathiques très variées. Ils se traduisent presque toujours par des phénomènes d'excitation plus ou moins durables auxquels succède un épui-

sèment qui commence par de la simple nonchalance et se termine souvent par une parésie assez prononcée. Ces désordres nerveux offensent la mentalité des malades, pervertissent leur sensibilité et compromettent la sûreté de leurs mouvements. Ils ont presque le privilège d'escorter toutes les névroses, tout en ayant dans leur figuration des signes particuliers qui permettent de reconnaître leur individualité et leur provenance.

En terminant, je dois mentionner l'agissement d'autres causes qui ont la particularité d'associer avec plus d'intimité que les précédentes les perturbations nerveuses qu'elles engendrent. Les unes proviennent d'une altération du liquide sanguin qui en faisant pénétrer ses microbes ou ses toxines dans les centres encéphaliques provoque le développement de troubles extrêmement variés. Les autres tiennent aux modifications fâcheuses que déterminent dans les cellules cérébrales les irrégularités imposées à leurs mutations nutritives.

Après avoir essayé de préciser le rôle que jouent les influences causales dont je viens de parler sur les tendances de rapprochement qui existent entre la neurasthénie et le nervosisme, il me reste à indiquer que ces deux entités morbides doivent cette affinité à des liens dont la parenté ne peut être mise en doute.

Les médecins n'ont pas oublié que dans Vêtat nerveux imaginé par Sandras, Fauteur lui avait consacré une description extrêmement touffue dans laquelle se trouvaient enserrés comme dans une gangue incassable tous les symptômes de la plupart des névroses.

Les neurologistes de cette époque trouvèrent ce tableau pathologique trop confus et s'efforcèrent de l'éclaircir. Bouchut essaya de remplacer l'état nerveux par son nervosisme auquel il donna un certain reflet et qu'on accueillit avec une grande faveur.

Précédemment, le Dr Cerise nous avait édifié sur la faiblesse irritable qu'il se proposa d'individualiser dans un mémoire qui nous permit d'admirer les brillantes qualités personnelles de ce médecinphilosophe.

Plus tard le Dr Leven publia une série de travaux dans lesquels il prépara l'avènement de sa névrose du tronc cœliaque dans laquelle il est facile de constater les principaux traits de cet état particulier qu'on appelle aujourd'hui la neurasthénie gastro-intestinale.

Emporté par ce mouvement séparatiste, je voulus traduire l'ouvrage que le Dr H. Jones venait de publier et substituer à son titre dexhaustion nervous celui de parésie cérébro-spinale qui me semblait plus accessible au public français. On trouvera dans mon

Traité théorique et pratique de F hydrothérapie, paru en 1874, la description de cet état névropathique que je considérai comme une branche isolée de l'état nerveux. Elle renferme l'histoire de plusieurs malades chez lesquels j'avais constaté un grand affaiblissement des facultés intellectuelles, affectives et physiques, des phénomènes vertigineux intermittents, des troubles sensitifs auxquels venaient s'ajouter des signes se rapprochant de ceux du tabès et de l'irritation spinale et des troubles viscéraux indéterminés. Je fis à ce sujet, en 1869, une communication à la Société de médecine pratique. Le nom de parésie cérébrale oudeparésie cérébro-médullaire que j'attribuai dans mon mémoire à ce groupement symptomatique parut trop sévère à mes collègues. Ils firent à mon travail un accueil plein de réserve et ne lui accordèrent qu'un succès d'estime très effacé.

Krishaber fut plus heureux avec sa né vropathie cérébro-cardia que qui aune certaine ressemblance avec la neurasthénie cérébro-cardio-vasculaire. Ces tentatives de séparation nefurentpasinutiles.Ellesouvrirentla route quedevaient suivre plu& tard des praticiens plus hardis et plus avisés.

C'est à Beard qu'il faut attribuer le mérite d'avoir su extraire de l'état nerveux de Sandras que Bouchut avait remplacé par son nervosisme, une entité morbide bien définie, entourée de ses symptômes caractéristiques. Il lui donna le nom très euphonique de neurasthénie qui eut l'heureuse fortune d'être favorablement accueilli par les médecins et par les gens du monde.

Ce syndrome névropathique fut immédiatement étudié et accepté par Charcot qui lui accorda une place importante dans la nosographie des névroses. Quelques médecins n'acceptèrent pas tout d'abord l'état civil de cette nouvelle névrose qu'ils semblaient considérer comme une légende ; mais ils furent bientôt convaincus de sa réalité quand ils virent Je maître de la Salpétrière dessiner devant eux la courbe de son développement. On admira avec quelle fermeté de main il esquissa les grandes lignes de la neurasthénie et avec quelle précision il traça tous les carctères distinctifs de cette névrose en évitant habilement d'altérer aucun de ses traits.

Les disciples de Charcot ont continué et complété son œuvre. Parmi eux je dois une mention spéciale aux professeurs Raymond, Joffroy, Pitres, Brissaud, Gilbert Ballet qui ont éclairé d'une vive lumière ces importantes questions de neurologie. Tout à côté des élèves de ce grand professeur, j'ai le plaisir de placer le professeur Déjerine et le Dr Maurice de Fleury qui ont consacré à la neurasthénie une description claire, parfois élégante et toujours précise.

La maladie de Beard, quand elle se développe dans sa forme essentielle, paraît le plus souvent pure de tout alliage; mais on la voit parfois s'associer avec d'autres névroses et particulièrement avec celles qui obéissent à des influences causales analogues aux siennes et dont le point de départ révèle qu'elles ont une origine commune.

Pour rester dans les limites de mon sujet, je puis dire que les malades simultanément atteints de neurasthénie et de nervosisme expriment leur état morbide par des symptômes individuels qui ont entre eux des affinités incontestables. Ces affinités sont moins apparentes et plus difficiles à saisir quand l'organisme est sous l'influence d'une infection, d'une intoxication, d'un trouble permanent de la nutrition ou bien encore lorsqu'un de ses appareils est altéré sérieusement dans sa texture ou dans son fonctionnement. Qu'elles soient visibles ou voilées, les relations de la neurasthénie et du nervosisme sont réelles. On trouvera la preuve de leur existence dans les considérations pseudo-historiques que je viens de développer et dans les nombreux faits cliniques que je vais signaler.

Comme rénumération de ces faits serait peut-être fastidieuse pour le lecteur, je puis resteindre mon choix et ne citer que les plus probants.

Type CXXXIII. — Neurasthénie et Nervosisme.

Dans ce type il m'est facile d'incorporer de nombreuses observations indiquant les fréquentes relations qui paraissent exister entreles symptômes du nervosisme et ceux de la neurasthénie. Je ne crois pas utile d'en exposer les détails; et il me paraît préférable de substituer à ce catalogue interminable et sans intérêt un court aperçu sur les traits d'union qui semblent rapprocher les deux névroses quand elles évoluent sur le même malade. J'ai vu chez un certain nombre de goutteux et de rhumatisants les phénomènes caractéristiques de la maladie de Beard paraître presque en même temps que ceux du nervosisme, formant par leur association, un groupe morbide que beaucoup de médecins appellent complaisemment une névrose arthritique. Ces manifestations névropathiques sont souvent remplacées et se terminent par des douleurs plus ou moins vives qui siègent tantôt dans les viscères, tantôt dans les extrémités supérieures et inférieures du corps.

J'ai assez souvent observé un certain nombre de malades ayant les ndices d'une infection, d'une intoxication ou d'un simple trouble de la nutrition, présenter des accidents nerveux qu'on ne peut attribuer

LA NEURASTHÉNIE PEUT SUCCÉDER AU NERVÔSISME OU ÊTRE REMPLACÉE PAR LUI. 363

qu'au nervosisme. Lorsque ces accidents durent longtemps ils finissent par infliger à l'organisme un affaiblissement qui compromet toujours sa force de résistance et ses réserves vitales. Il n'est pas rare alors de voir dans ces circonstances apparaître les symptômes fondamentaux de la neurasthénie sans qu'on puisse en attribuer l'explosion à des causes qui sont notoirement capables de les provoquer. On peut logiquement rendre responsable de cet épuisement, que l'on sait être le prélude ordinaire de la maladie de Beard, la trop grande persévérance du nervosisme auquel viennent s'ajouter quelquefois les effets d'une toxi-infection difficile à découvrir.

Je puis encore signaler des cas dans lesquels les phénomènes du nervosisme précédent, accompagnent ou remplacent ceux de la neurasthénie. Assez souvent ces manifestations nerveuses ou leur mode de succession sont la conséquence d'une affection viscérale le plus souvent localisée dans le cœur, l'estomac, le foie, les intestins et dans les principaux organes du bassin.

Il n'est pas rare, en effet, que toutes ces alliances névropathiques se manifestent à la suite d'une grippe, d'une fièvre typhoïde, d'un empoisonnement paludéen, d'une affection cardio-vasculaire, d'une simple dyspepsie, d'un entérite, d'un engorgement spléno-hépatique, d'une cystite, d'une congestion utéro-ovarienne, ou bien, comme je l'ai déjà indiqué, d'un trouble de nutrition, d'une toxi-infection ou d'une diathèse.

Les faits innombrables qui figurent dans ma collection, en donnant gain de cause à cette généalogie, attestent que la neurasthénie a de constantes relations avec le nervosisme. Us prouvent en même temps que tous ces états nerveux sont tributaires les uns des autres et peuvent, selon les circonstances, être considérés tour à tour comme des effets ou des causes. Je dois compléter mes renseignements en affirmant l'heureuse influence que l'hydrothérapie exerce sur ces manifestations morbides si complexes et si variées. Pour donner à sa valeur curative toute sa puissance, il faut que le médecin soit bien édifié sur la résistance organique de son malade et sur le jeu de ses fonctions. Il faut aussi qu'il se renseigne sur l'invasion des troubles morbides, sur leur mode d'apparition, sur leurs tendances spéciales, sur leur évolution et sur leur pathogénie. Cet examen lui fournira toutes les indications thérapeutiques nécessaires et lui permettra de donner au traitement hydrothérapique une direction rationnelle. C'est ainsi qu'il pourra, pour satisfaire les exigences de chaque malade, lui emprunter ses effets sédatifs ou excitants, analgésiques ou révulsifs, dérivatifs ou dépur-

364 RELATIONS DE LA NEURASTHENIE ET DE l'hYSTÉRIE.

atifs, résolutifs ou reconstituants. Je n'ai pas besoin d'indiquer de nouveau les applications qu'il convient de mettre en œuvre pour produire chacun de ces effets. —

Relations de la neurasthénie et de Vhystévie. — Les symptômes de l'hystérie peuvent se greffer sur les états morbides les plus divers. Il n'est donc pas extraordinaire de les voir se développer chez des malades atteints de neurasthénie. Ces deux névroses ont d'ailleurs des origines communes et même des liens de parenté qui les invitent à s'associer ou à se substituer l'une à l'autre. J'ai vu certaines femmes manifestement neurasthéniques avoir au moment où l'évolution du syndrome de Beard approchait de sa fin, des phénomènes convulsifs de nature spéciale, des accès de pleurs ou de rires, des spasmes œsophagiens coïncidant avec des mouvements lascifs discrètement accentués dans les parties basses du bassin et présenter souvent cette forme de perversion sensitive et mentale qui semble être l'apanage exclusif des hystériques.

D'autre part, j'ai connu un grand nombre déjeunes malades qui, après avoir traversé toutes les phases de l'hystérie depuis l'agitation la plus désordonnée jusqu'à l'épuisement le plus complet, sont devenues de simples neurasthéniques.

Quelquefois les deux névroses, au lieu de se substituer l'une à l'autre, s'associent très intimement. On voit alors apparaître chez le même malade une série de phénomènes qu'il est difficile d'isoler et de placer dans leur cadre respectif.

Charcot a cherché à mettre en relief cette alliance en consacrant quelques unes de ses leçons à cet ensemble pathologique qu'il a appelé l'hystéro-neurasthénie d'origine traumatique et dont il a tracé la véritable symptomatologie. Ses principaux disciples ont continué son œuvre qui a été reprise et modifiée par Erichsen dans son livre intitulé : The enneussion of the spinal cordon. On trouve dans ces leçons et dans ces diverses publications des renseignements utiles aux médecins qui veulent découvrir les caractères distinctifs des manifestations neurasthéniques et hystériques que les circonstances accumulent chez la même personne.

Les svmptômes de la neurasthénie révèlent une grande débilité nerveuse sur laquelle viennent se greffer des troubles sensitifs dont les traits, souvent mal définis, ont une durée parfois désespérante.

Les symptômes de l'hystérie ont un aspect plus mobile, plus désordonné, plus violent et paraissent se développer facilement sous l'influence d'une auto-suggestion ou d'un trouble dynamique spécial.

ÛAHACTÈRES DlSTINCTltfS DE CES DEUX NÉVROSES. ■*>().*)

A côté de ces désordres somatiques viennent se ranger des perturbations psychiques à l'aide desquelles on peut apprécier la mentalité particulière qu'engendre chacune de ces deux névroses. Les neurasthéniques paraissent accepter leur mal avec une sorte de résignation qui ressemble à celle des mélancoliques. Leurs plaintes sont incessantes et prennent presque toujours l'accent de la désolation et de la détresse. Les hystériques expriment leurs souffrances de tout autre façon. Tantôt elles les cachent très habilement et se condamnent à un mutisme volontaire qui les dispense de répondre à des questions indiscrètes et de se soumettre à des investigations médicales dont elles craignent l'importunité. Mais le plus souvent elles se plaisent à les manifester par des paroles bizarres ou par des gestes excentriques et cherchent môme à donner à leur récit une virtuosité autour de laquelle se profilent des marques complaisantes de snobisme, de cabotinage ou de mythomanie.

Je crois qu'un médecin habitué à vivre au milieu des névropathes parviendra à reconnaître les alliances que peuvent contracter l'hystérie et laneurasthénie, distinguer les principaux traits qui caractérisent chacune de ces névroses et, après avoir apprécié l'importance de leur rôle, trouver sans hésitation la formule thérapeutique qui leur convient.

Les relations de la neurasthénie et de l'hystérie ne se montrent pas seulement quand les symptômes de ces deux névroses sont associés chez un seul malade. Elles me semblent aussi apparentes lorsque l'hystérie et la neurasthénie se développent séparément chez plusieurs membres d'une même famille. Il n'est pas extrêmement rare de voir deux sœurs dont l'une présente tous les phénomènes de la maladie de Beard et l'autre les signes caractéristiques de l'hystérie. Ces manifestations névropathiques de nature spéciale fixant leur point d'élection sur deux personnes différentes ne me paraissent pas résulter d'une simple coïncidence; elles ont, je crois, des liens de parenté dont on peut trouver le point de départ dans l'étude de l'hérédité de chaque malade et des conditions morbides inhérentes à leur organisme.

Je crois nécessaire, pour compléter ces considérations générales sur les relations de l'hystérie et de la neurasthénie, de citer quelques exemples dignes d'être signalés.

Type GXXXIV. — Neurasthénie succédant à l'hystérie.

Ce type représente le cas d'une jeune fille appartenant à une famille de névropathes et élevée dans un milieu toujours ouvert à toutes les distractions frivoles. Elle a eu dans sa jeunesse de l'incon-

tinence d'urine et des simulacres de terreur nocturne que sa camériste eut la déplorable idée de calmer par des malaxations assez extravagantes pratiquées dans la région génitale. Sa menstruation s'établit difficilement et provoqua dès son apparition des douleurs extrêmement vives. Dans l'intervalle des règles elle éprouvait autour des ovaires une sensation pénible qui provoquait de légers vomissements et qui l'empêchait de marcher.

Un jour, à la suite d'une contrariété assez vive, elle eut une crise convulsive qui se termina par une véritable pluie de larmes et par des sanglots irrésistibles. Meurtrie par cet accès d'hystérie, elle s'obstina à rester allongée sur sa chaise-longue et fut, pendant un certain temps, importunée par des étouffements, des serrements de gorge,. des spasmes assez violents localisés dans les extrémités inférieures.

Ces divers accidents disparurent sous l'influence d'une médication propice; mais la jeune fille, à peine débarrassée de ces malaises, manifesta des appréhensions assez pénibles sur son état de santé et craignit de perdre ses jambes. Pour dissiper ses craintes le médecin lui conseilla de se tenir debout et de marcher. Ces tentatives échouèrent et la jeune malade présenta tous les signes de Fastasieabasie ou bien plutôt de l'astasie-abasophobie. Ce phénomène qui dans l'espèce semblait plutôt dépendre de l'hypocondrie que de l'hystérie disparut assez promptement. Mais, accablée par les pénibles événements qu'elle venait de traverser la malade tomba dans une débilité extrême; sa loquacité habituelle, quelquefois désagréable même pour les siens, fut remplacée par un mutisme presque attristant; ses facultés intellectuelles s'affaiblirent, son attention et son esprit perdirent leur acuité et sa sécurité morale fut complètement ébranlée. A ces perturbations vinrent s'ajouter une céphalée constric-' tive très gênante, de la rachialgie, de l'amyosthénie, de l'insomnie et une atonie gastro-intestinale très manifeste. Le médecin appelé à son secours constata un véritable accès de neurasthénie due à des influences causales faciles à reconnaître, mais en faisant à cette généalogie morbide une part importante à l'hystérie qui de temps en temps faisait des apparitions discrètes pour prouver qu'elle n'avait pas complètement rompu ses liens avec la neurasthénie.

On lui conseilla de suivre un traitement hydrothérapique qui produisit des effets très salutaires et parvint à rétablir sa santé.

Type CXXXV. — L'hystérie succédant à la neurasthénie.

Dans ce tvpe je veux placer une silhouette de névropathe pouvant

l'hystérie succédant a la neukasthénie. 367

servir de pendant à cwlle qui se trouve dans le type précédent. C'est celle d'une jeune femme affligée depuis sa naissance d'une nervosité excessive. A la suite d'un accouchement très laborieux elle eut une métrite dont la durée fut très longue et le traitement assez difficile. A peine délivrée de ses accidents utérins, elle éprouva un grand chagrin qui occasionna un profond ébranlement de ses nerfs. Son petit enfant venait de succomber à un accès de convulsions. Ce triste événement accabla cette pauvre mère chez laquelle se manifestèrent les uns après les autres les symptômes caractéristiques de la neurasthénie. Malgré l'intervention des douches tempérés et toniques cet état névropathique persista très longtemps. A la fin de son évolution, alors que l'on croyait voir apparaître une accalmie libératrice, la malade eut, sans raison provocatrice appréciable, une crise convulsive assez vive qui fut suivie à courte échéance d'un série d'accidents de nature hystérique. La malade avait, en effet, de fréquentes syncopes, des accès de pleurs non motivés, des douleurs utéro-ovariennes assez pénibles s'irradiant dans les membres inférieurs et remplacées souvent par des plaques d'anesthésie appréciables au simple toucher. Elle avait aussi un rétrécissement concentrique du champ visuel, des spasmes de la glotte, des étouffements auxquels succédait, par instants, un état convulsif généralisé qui provoquait un grand anéantissement du système nerveux de la malade.

C'était bien l'hystérie qui se présentait avec son aspect le plus banal, se développant sans difficulté sur un terrain tout disposé à la recevoir et qu'avait rendu plus vulnérable l'intensité du premier accès de neurasthénie.

Dans ce cas spécial il est je crois facile de constater l'alliance de la neurasthénie avec l'hystérie et d'apprécier aisément le mode de succession qui a réglé l'apparition de ces deux névroses.

Type CXXXVI. — Histoire de deux sœurs dont l'une était hystérique et l'autre neurasthénique.

Dans ce type figurent les silhouettes de deux sœurs jumelles dont l'une offre les principaux traits de l'Hystérie et l'autre ceux de la neurasthénie. Nées dans une famille aristocratique où sont répandues à profusion les stigmates du nervosisme et de l'arthritisme, elles ont reçu une éducation fantaisiste qui a exercé sur toutes deux une influence désastreuse.

Celle que l'on considère comme la plus jeune a une physionomie avenante et son regard révèle une douceur à demi voilée par

3GS DEUX SOEURS ATTEINTES L'UN'E DE NEURASTHENIE ET L,' AUTRE D'HYSTERIE.

une teinte de tristesse. Sa nature contemplative l'engage à rechercher la solitude où elle peut aisément se livrer à des rêves qui charment son esprit et s'adonnera la lecture qui est une de ses distractions favorites. Toutefois elle aime rompre sa réclusion volontaire pour prendre part à' la conversation de ses parents et de ses amis. Ceux qui la connaissent bien l'écoutent avec bienveillance, et, tout en appréciant sa culture intellectuelle et artistique, s'aperçoivent assez vite que sa raison est parfois vacillante et que sa mentalité a des lacunes et des défaillances inexplicables.

La silhouette de sa sœur a une tout autre allure. Le visage est frais, un peu empourpré et présente dans sa musculature des modulations très variables. Le regard est vif, assez pénétrant ; •mais il a parfois une expression langoureuse a peine ombragée par de longs cils qu'elle adore mettre en vibration. Les lèvres assez épaisses, un peu sensuelles sont étrangement agitées par les paroles qu'elles prononcent, par un sourire ou par des mouvements irréguliers dont on ne peut pas toujours saisir l'expression. Sa conversation est toujours étincelante, mais elle dissimule mal ses instincts et ses goûts qui ne sont pas irréprochables. Elle s'intéresse aux petites histoires racontées par ses frères surtout quand elles ont une allure légèrement égrillarde. Elle adore se donner en spectacle et ne redoute pas de laisser éclater devant son entourage des crises convulsives qui attirent l'attention de ses parents ou du personnel de sa maison et qui parfois provoquent leur commisération.

Les deux personnes dont je viens d'esquisser les traits ont été l'une et l'autre atteintes d'une névrose. La première a eu des accès de neurasthénie et la seconde les crises d'une hystérie mondaine parfaitement caractérisée. L'apparition de la neurasthénie chez l'une et celle de l'hystérie chez l'autre ne me paraissent pas être le résultat d'une simple coïncidence. On peut les considérer comme étant la conséquence d'une hérédité fâcheuse et d'une éducation malsaine dont il est facile d'apprécier les effets. L'intervention d'une simple cause déterminante a suffi pour provoquer d'un côté la neurasthénie et de l'autre l'hystérie. Bien que ces deux névroses aient pris pour support des individualités séparées, appartenant à la même famille, elles ont conservé pendant toute leur durée des affinités et des relations inconestables.

J'ai eu la bonne fortune de soigner ces deux névropathes, et je puis dire que le traitement hydrothérapique leur a été également favo-

NEURASTHÉNIE. — HYPNOTISME. — SOMNAMBULISME, — LETHARGIE. — CATALEPSIE. 369

rable. Pour la neurasthénique on a eu recours à la douche sédative peu à peu remplacée par la douche reconstituante. Pour traiter l'hystérique il a fallu employer la douche écossaise, la douche froide en l'obligeant de temps en temps à exécuter des plongeons dans une piscine remplie d'eau à basse température.

Depuis cette époque déjà assez lointaine ces malades, tout en conservant une certaine impressionnabilité, jouissent d'une bonne santé. —

Type CXXXVII. — Des relations de la neurasthénie avec l'hypnotisme, la léthargie, la catalepsie, le somnambulisme et quelques maladies traitées par l'hypnotisme comme Tastasie-abasie d'origine hystérique.»

Charcot a toujours considéré l'hypnotisme comme un trouble anormal du système nerveux ayant une certaine parenté avec l'hystérie. Bernheim et ses collègues de Nancy pensent, au contraire, que nous sommes tous plus ou moins hypnolisables et que, par conséquent, les neurasthéniques subissent, comme les hystériques, les influences de la suggestion.

Je n'ai pas à prendre position entre ces deux écoles rivales. Je dois ici me contenter de dire que des accès de neurasthénie se développent quelquefois chez les personnes souvent placées sous l'influence de l'hypnotisation, et même chez celles qui ont présenté les signes de la léthargie, de la catalepsie et du somnambulisme. J'ai aussi constaté l'apparition de cette névrose chez les personnes qui pour se débarrasser de leurs malaises nerveux ont eu recours aux pratiques de l'hypnotisme. J'ai vu notamment des astaso-abasiques devenir des neurasthéniques après avoir été guéris de leur névrose par l'hypnotisation thérapeutique. Cet événement n'est pas extraordinaire. Nous savons tous, en effet, que le système nerveux des hypnotisables est exposé à des perturbations qui s'étendent de l'excitation la plus vive à la dépression la plus prononcée.

Ces troubles sont fréquemment observés chez les neurasthéniques. 11 me semble donc logique d'admettre que la maladie de Beard a de réelles relations avec les divers états névropathiques dont je viens d'indiquer le nom. —

Relations de la neurasthénie arec l'épilepsie et principalement avec Vhystéro-épilepsie.

Type GXXXVH1. — La neurasthénie. - L'épilepsie el l'hystéro épilepsle.

J'ai donné des soins a un certain nombre d'épileptiques atteints de ce que l'on appelle le grand mal comitial. Ils avaient de violentes crises

370 LA NEURASTHÉNIE. l'ÉI'ILEPSIE. l'hYSTÉRO-ÊPILEPSIE.

convulsives précédées par un cri strident, une aura sentie ou non sentie et par une perte de connaissance instantanée provoquant la chute du malade. Ces perturbations étaient accompagnées d'une émission involontaire d'urine ou de salive mousseuse et presque toujours suivies d'amnésie, d'inconscience ou d'un état comateux auquel succédaient parfois des conceptions délirantes très accusées.

Je dois déclarer que dans ces cas particulièrement graves, les manifestations de la neurasthénie sont très rares. Lorsque, par hasard, elles apparaissent on est autorisé à ne leur accorder aucune importance. Les malades que je pourrais incorporer dans ce type n'offrent aucun rapport avec la maladie de Beard.

Il en est de même des névropathes qui présentent les mêmes symptômes de cette hybridité pathologique qu'on a désignée sous le nom d'hvstéro-épilepsie ou d'hystérie épileptiforme ou mieux encore de grande hystérie. Celle-ci commence par une attaque d'épilepsie à laquelle succèdent des phénomènes hystériques spéciaux décrits par Charcot sous le nom de clownisme, d'attitudes passionnelles et de visions effrayantes. Cette attaque se termine par une syncope ou par une crise de catalepsie ou de léthargie. La neurasthénie ne peut pas se développer dans ce milieu trop agité. Quelquefois elle fait son apparition longtemps avant l'explosion des grands phénomènes convulsifs. J'ai constaté ce fait chez un malade qu'un médecin très renommé .voulut bien confier à mes soins en me disant : « Mon client a eu de fortes crises convulsives qui ont failli compromettre son existence. Ne guérissez pas trop vite la neurasthénie dont il est atteint en ce moment ; elle est peut-être une barrière protectrice capable d'arrêter l'invasion de son ancienne épilepsie ». Cette sorte de vertu préservatrice attribuée à la maladie de Beard me paraît être la conséquence de l'incompatibilité qui existe entre ces deux névroses.

Type CXXXJX. — Neurasthénie. — Petit mal. — Absence. — Vertige. — Impulsions irrésistibles.

A côté du grand mal coniitial que je viens d'indiquer, il faut placer le petit mal dont les manifestations les plus communes sont l'absence, le vertige et certaines impulsions irrésistibles.

L'absence est caractérisée par une perte de connaissance de très courte durée, n'occasionnant jamais de chute, rendant le regard fixe et la face extrêmement pâle. Ces phénomènes sont très fugitifs et disparaissent rapidement sans laisser aucun tiouble apparent dans le fonctionnement de l'organisme.

Neurasthénie. — petit mal. — absence. — vEuncE. — impulsions irrésistibles. 374

Le vertige est un phénomène plus sérieux que, l'absence. Il

exerce une action suspensive sur la conscience et compromet presque toujours l'équilibre des mouvements volontaires. Il répartit des contractions fihrillaires dans la plupart des fibres musculaires et augmente la sécrétion des glandes internes.

Quelques malades trahissent leur infirmité par des impulsions irrésistibles qui attestent un réel amoindrissement de la volonté et une perversion des facultés intellectuelles et morales.

C'est dans cette catégorie que Lasègue a placé ses exhibitionnistes et ses klephtomanes. On peut y faire figurer aussi ceux qui, sans recevoir aucune provocation, prononcent des paroles incohérentes parfois obscènes ou font des actes justement repréhensibles et ceux qui, poussés parla manie de la déambulation, marchent tout droit devant eux jusqu'au moment où une crise épileptoïde vient arrêter leur course folle. A côté de ces obsèdes, je dois mettre les malades qui présentent les caractères de l'épilepsie de nature réflexe si bien décrite par Brown-Séquard (1). Les troubles qu'ils ressentent peuvent être dus à une congestion irritative de l'estomac, à la présence de vers dans les intestins, à une toxi-infection, etc. Enfin pour compléter ma nomenclature il me faut signaler l'épilepsie partielle que Jackson a consciemment étudiée et dans laquelle les convulsions épileptiques se trouvent le plus souvent localisées sur le bras, la jambe ou la face.

J'ai soigné un très grand nombre de malades atteints des divers troubles épileptiformes que je viens d'esquisser. Je dois déclarer que je n'ai presque jamais vu chez eux le syndrome de Beard se manifester avec les caractères essentiels que nous lui connaissons. Ce syndrome ne faisait réellement son apparition que lorsque l'épilepsie était très sérieusement amendée et avait perdu son allure menaçante. On observe ces particularités chez les personnes sujettes à des attaques dY'pilepsie de nature réflexe ou chez certains klephtomanes. Je puis en citer deux exemples assez intéressants.

Type CXL. — Kleplitornanie. — Neurasthénie. — Epilepsie larvée.

Ce type est celui d'une grande dame qui, dans le cours des visites qu'elle faisait à ses amies, ne pouvait s'empêcher de prendre les objets qui se trouvaient sous sa main. Un jour elle fut surprise en flagrant

(1) Leçons sur les nerfs vaso-moteurs et sur l'épilepsie faites par le professeur Brown-Séquard, mu collège royal des chirurgiens <l<- Londres et traduites en français par le l)r Beni-Barde. (Masson-Paris, LSTi.)

372 NEURASTHÉNIE. — KLEPHTOMAME. — ÉPILEPS[E LARVÉE.

délit de vol par l'agent principal d'un grand magasin de nouveautés au moment même où elle essayait de placer sous sa robe un coupon de soie qu'elle venait de soustraire avec une grande habileté. On la fit comparaître devant un tribunal qui chargea des médecins spécialistes d'étudier l'état mental de cette étrange accusée. Après un examen attentif et consciencieux les experts déclarèrent que l'inculpée était atteinte d'une épilepsie latente ou larvée et, par ce fait, ne devait pas être jugée responsable de ses actes. Elle fut acquittée.

Les péripéties de celte scène émouvante ébranlèrent son système nerveux et provoquèrent l'explosion de tous les phénomènes classiques de la neurasthénie. Son médecin lui conseilla de suivre un traitement hydrothérapique qui parvint à la longue à calmer son excitabilité et à développer ses forces physiques un instant anéanties.

La jeune femme resta pendant plus de deux ans dans un état de santé parfaite et put reprendre ses habitudes mondaines que le fâcheux événement dont je viens de parler avait naturellement interrompues. Cette période de bien-être fut troublée par un accident assez sérieux. La malade fit une chute de voiture qui la bouleversa complètement. On la ramena chez elle où, dès son arrivée, elle eut plusieurs crises épilept if ormes parfaitement caractérisées. Ces crises se renouvelèrent tous les jours pendant une semaine; elles perdirent peu à peu leur acuité et finirent par disparaître. Leur manifestation confirma l'exactitude des conclusions formulées dans l'expertise rédigée parles médecins chargés d'apprécier l'état mental de cette névropathe prise en flagrant délit de vol à l'étalage. Ma malade a eu un accès de neurasthénie et des accidents épileptiques qui m'ont semblé n'avoir de commun entr'eux que le terrain pathologique sur lequel ils ont fait leurs manifestations respectives. L'intervalle qui sépare l'apparition de chacune de ces névroses est trop étendu pour oser affirmer que dans ce cas spécial la neurasthénie a contracté alliance avec l'épilepsie.

Type CIXL. — Neurasthénie. — Troubles gastriques. — Accidents épileptiformes.

Il s'agit ici d'un jeune homme qui pendant près de quinze années consécutives a eu des troubles fonctionnels de l'estomac, de l'intestin et du foie. Son père était alcoolique et sa mère extrêmement nerveuse. Un jour, après avoir assisté à une partie de chasse, il rentra chez lui exténué de fatigue. On lui servit un copieux repas; il mangea abondamment et eut pendant la nuit une forte indigestion qui lut suivie d'une véritable attaque d'épilepsie.

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