NEURASTHÉNIE. — TROUBLES GASTRIQUES. — ACCIDENTS ÉPILEPT1FORMES
Le médecin appelé aussitôt attribua cet accident aux désordres digestifs et dirigea contre eux un traitement approprié qui parvint à les apaiser. Néanmoins de nouvelles attaques se manifestèrent séparées les unes des autres par des intervalles pins ou moins longs; presque toutes étaient suivies d'un état comateux qui durait assez longtemps. On prescrivit alors une médication bromurée qui produisit des effets très satisfaisants. Malbeureusement le malade ne put pas supporter le bromure et il fallut en supprimer l'usage. On lui conseilla de prendre tous les jours une douche écossaise à transition de température progressive qui modifia son état nerveux et rendit ses fonctions digestives plus régulières. Sa santé resta pendant près de deux ans à l'abri de tout assaut morbide.
Notre malade, trouvant son existence trop monotone, essaya d'en rompre la pacifique régularité en faisant des excès de tout genre. Cette tentative ne lui réussit pas. Son système nerveux devint démesurément susceptible et son appareil digestif perdit son bon fonctionnement. Il eut tous les symptômes de la dyspepsie nerveuse et des douleurs gastriques extrêmement pénibles. Dans cet ensemble pathologique les perturbations sensitives paraissaient avoir une prééminence très marquée. Quand elles se manifestaient avec trop d'acuité elles se répercutaient violemment dans les régions supérieures du corps, provoquant des vertiges, une amblyopie éphémère presque toujours unilatérale, des spasmes du larynx ou de l'œsophage et des contractions faciales très visibles. Ces désordres réflexes dont le point de départ était dans l'estomac finirent par se concentrer dans le cerveau et provoquèrent tous les phénomènes caractéristiques de la neurasthénie qui avait pris, dans cette circonstance, la forme de la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe que j'ai si souvent signalée dans le cours de ce livre.
On lui conseilla un traitement hydrothérapique dans lequel on employa tour à tour les douches sédatives, les douches chaudes, écossaises et reconstituantes. Cette cure fut très prolongée, suivie avec autant d'entrain que de régularité et provoqua les effets salutaires qu'on attendait d'elle. Le malade, complètement débarrassé des perturbations qui avaient si longtemps compromis l'harmonie de son système nerveux et de ses fonctions digestives, vit sa saoté s'améliorer de jour en jour et atteindre une régularité fonctionnelle que son passé ne lui permettait pas d'espérer.
Dans cette observation nous voyons la neurasthénie et L'épilepsie évoluer isolément chez le même malade et présenter entre l'éclosionde
374 CAS D*UN MALADE CHEZ LEQUEL LA NEURASTHÉNIE ET L'ÉPILEPSIE ÉVOLUENr ISOLÉMENT.
chacune d'elles un intervalle de plusieurs années. Il semble qu'elles n'ont pas eu d'action réciproque l'une sur l'autre Elles ont toutes les deux trouvé leur origine dans les perturbations des fonctions digestives que les nerfs sensitifs de l'appareil gastro-intestinal ont répercuté sur les centres nerveux correspondants qui, par cette excitation, ont été préparés à engendrer les crises de neurasthénie et dépilepsie que nous avons constatées. Elles se sont, en outre, développées sur un terrain commun foncièrement compromis par des tares héréditaires mauvaises et par les imprévoyances de notre malade. Ces deux névroses semblent donc avoir subi des influences à peu près similaires qui, tout en permettant de les rapprocher au point de vue étiologique n'autorisent pas à croire qu'il existe entr'elles une véritable association et des relations nettement définies. —
Relations de la neurasthénie avec la maladie de Graves ou de BasedoWy plus justement désir/née sous le nom de goitre exophtalmique. — Les relations qui existent entre le goitre exophtalmique et la neurasthénie sont très nombreuses et assez souvent faciles à constater. Ces deux états nerveux ont, en effet, l'un pour l'autre de grandes affinités que révèle aisément le mode d'apparition de leurs symptômes respectifs. Toutefois, quand la maladie de Basedow est mal accusée, l'extériorisation de ces symptômes devient assez confuse et le médecin le plus avisé ne peut pas toujours savoir s'il se trouve en présence d une neurasthénie ou d'un goitre exophtalmique qui se dérobe et qui ne peut pas se manifester.
On a longtemps considéré le goitre exophtalmique comme une névrose du nerf grand-sympathique essentiellement caractérisée par des yeux saillants, un cou volumineux et des palpitations cardiaques avec tachycardie. Aujourd'hui l'analyse de cette maladie désignée confusément sous le nom de maladie de Graves ou de Basedow a permis d'adjoindre à cette classique triade symptomatique des perturbations multiples qui démontrent que cette affection ne reste pas exclusivement confinée dans la circonscription du nerf grand-sympathique. La clinique nous apprend qn'elle peut étendre ses ravages dans le système nerveux tout entier et provoquer même des troubles psychopalhiques assez importants.
Le professeur Dieùlafoy, dans une de ses leçons, démontre que les basedowiens éprouvent, en dehors des manifestations qui caractérisent leur état morbide, des tremblement!?, des phénomènes paralytiques et des mouvements choréiformes. Après avoir analysé avec soin
LE OOÏTRE EXOPHTALMIQUE ET LES PSYCHO-NÉVROSKS. 375
l'évolution de ces troubles moteurs, il exprime, en terminant sa leçon, la conclusion suivante:
a Les tremblements, les paralysies et les mouvements choréiformes forment une triade de troubles de mobilité qui peuvent apparaître au début ou dans le cours de la maladie de Graves. »
La formule est bien trouvée ; je crois qu'elle restera.
Dans le goitre exophtalmique, les troubles mentaux ont une très grande importance et quelques médecins n'hésitent pas à leur donner le premier rang dans la symptomatologie de cette maladie qui, pour eux, est une véritable psychose.
Beaucoup de nos confrères considèrent la maladie de Basedow comme une psycho-névrose dans laquelle fig-urent sur le même plan les troubles somatiques que nous connaissons et les perturbations mentales qui sont presque toujours liées à l'excitation ou à l'épuisement des fonctions du cerveau. Cette conception est celle qui rallie le plus de partisans. Néanmoins, certains médecins restent fidèles aux conceptions de quelques-uns de nos prédécesseurs et croient encore que le goitre exophtalmique est une névrose du. nerf grand-sympathique. Us sont peu nombreux ceux qui se rallient à cette croyance.
Les neurologistes ne sont pas d'accord pour expliquer le mode d'évolution et les causes de cette déconcertante affection. Les uns accusent le grand-sympathique d'être le générateur de ce mal. Les autres préfèrent accorder ce rôle nocif aux centres nerveux cérébromédullaires. Le professeur Joffroy et ses adhérents n'hésitent pas à attribuer son explosion et son développement au mauvais fonctionnement du corps thyroïde. Sans aucun doute un empoisonnement du sang, qu'il soit dû à une altération de la sécrétion thyroïdienne ou à toute autre infection, peut provoquer l'apparition du g-oître exophtalmique. Je puis citer, à l'appui de cette opinion, deux cas dans lesquels l'impaludisme m'a paru être le principal facteur de cette apparition. Mais, comme le dit excellemment le Dr Toulouse dans une étude sur les Rapports de la maladie de Basedow avec les psycho-îiévroses il faut craindre les conclusions trop hâtives.
Cet état morbide peut dépendre d'une toxi-infection ; mais il faut reconnaître que son escorte symptomathique obéit, dans sa formation, à d'autres influences parmi lesquelles il faut placer au premier rangtoutes les prédispositions héréditaires ou acquises qui rendent l'innervation vulnérable, les" troubles de nutrition qui sont à la base des psychoses et des névroses et ce redoutable trauma moral qui porte