‹ La neurasthénieChapitre 145 sur 163 · DE CETTE AFFECTION · texte numérisé non relu

DE CETTE AFFECTION

Je veux, dans ce dernier chapitre, indiquer comment la plupart des neurologistes ont exposé et congu la pathogénie de la neurasthénie. 11 m'est impossible de réaliser ce programme sans rappeler ce que j'ai déjà dit sur les causes de cette névrose, sur ses caractères essentiels, sur le traitement qui lui convient, sur les manifestations variées de son évolution et sur son mode de propagation à travers les principaux appareils de l'organisme. Je dois aussi évoquer de nouveau les enseignements que la clinique, la psychologie et la physiologie proprement dite sont en mesure de donner aux médecins qui veulent étudier la genèse de la neurasthénie.

Ces répétitions ne paraîtront pas illusoires a ceux qui veulent comprendre et expliquer les contradictions apparentes ou réelles que l'on rencontre dans les nombreux travaux publiés sur cette question doctrinale.

Les neurologistes sont à peu près tous d'accord pour reconnaître que l'hérédité a une grande influence sur le développement de la neurasthénie. Ils admettent volontiers que, dans certaines circonstances, sa seule intervention est capable de favoriser son explosion. Mais l'observation des faits nous démontre que pour engendrer cette névrose l'hérédité a souvent besoin d'être aidée par des causes dont l'efficacité est égale et parfois supérieure à la sienne.

Parmi ces causes, il faut citer celle que les adolescents peuvent

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puiser dans une éducation physique et morale incorrectement conduite ou dans une croissance mal surveillée.

Il faut aussi signaler celles que rencontre l'organisme dans les milieux malsains où le hasard le condamne à vivre, celles qui sont dues au surmenage désordonné de nos facultés intellectuelles, affectives et physiques, à l'intempérance de nos excès et aux imprévoyantes dépenses de nos forces énergétiques. Je ne dois pas surtout oublier de dire que la neurasthénie est souvent une subordonnée des troubles provoqués dans le système nerveux par les perturbations des actes de la nutrition, par les maladies infectieuses, les intoxications qui nous viennent du dehors ou qui prennent leur origine dans la trame de nos tissus et aussi par les altérations fonctionnelles ou histologiques qui résident obtinément dans nos principaux viscères.

Toutes ces causes que l'on qualifie vulgairement de constitutionnelles on individuelles, ont besoin, pour produire leur action nocive, du concours d'autres causes appelées déterminantes sans lesquelles la manifestation des symptômes neurasthéniques reste presque toujours voilée ou incomplète.

Dans la catégorie de ces agents provocateurs il faut placer le traumatisme psychique ou moral occasionné par un ébranlement matériel imprévu, par une émotion violente, par de grandes frayeurs ou par le spectacle d'événements dramatiques capables de troubler notre sensibilité et notre imagination.

Il n'est pas nécessaire que toutes ces causes interviennent à la fois pour donner naissance à la neurasthénie; quelques-unes d'entre elles suffisent pour en provoquer l'apparition. D'autre part on a constaté que ces diverses causes, tout en accumulant leurs effets nocifs sur la même personne ne parvenaient pas toujours à créer la maladie de Beard. Ce résultat négatif avait frappé Charcot qui disait souvent : « N'est pas neurasthénique qui veut. Pour le devenir, il faut que le cerveau contienne le germe de cette maladie. »

La conception du grand professeur de la Salpctrière a été favorablement accueillie par un très grand nombre de médecins qui, en se plaçant sous son égide, n'ont pas hésité d'affirmer que la neurasthénie est une véritable psychose. Afin de donner à cette croyance scientifique une base sérieuse, ils ont aussitôt cherché à connaître la cause première de cette affection encéphalique.

Jusqu'à présent ces tentatives ont élé infructueuses. Quelques médecins convaincus que la solution de ce problème pathologique est introuvable n'osent pas se livrer à des entreprises qui leur semblent

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inutiles et aiment mieux s'abstenir de toutes recherches. Us pensent, comme Leibnitz et les philosophes de son école, que les actes biologiques sont tous placés sous la dépendance d'un agent supérieur dont il est difficile de deviner les obscures modalités, et c'est à cet agent supérieur qu'ils attribuent la procréation de la neurasthénie. D'autres médecins, parmi les plus jeunes et les plus hardis, n'admettent pas cette genèse. Ils croient volontiers que puisque la maladie de Beard est une affection cérébrale, ils doivent nécessairement découvrir dans quel défilé rolandique se trouve sa résidence, et espèrent même trouver une lésion qu'on peut rendre responsable de la transfiguration de ses traits. En attendant que cette conquête qui semble être estampée dans un avenir lointain soit faite il faut savoir restreindre sa curiosité.

Les autopsies que le hasard a permis de pratiquer dans le cerveau d'un neurasthénique n'ont jamais révélé une lésion caractéristique capable d'expliquer l'évolution de la névrose de Beard. Malgré cet insuccès, quelques-uns de nos confrères se demandent si au moment où la neurasthénie va faire son apparition, la zone cérébrale qui est chargée de l'élaborer, ne devient pas le siège d'une modification structurale particulière que l'opacité des os crâniens nous empêche de voir.

Cette étrange vision aurait certainement beaucoup d'attraits. Mais comme elle paraît irréalisable on peut renoncer sans regret à cette accomodation spéciale qui n'est en définitive qu'une très fantaisiste hypothèse. Il me semble préférable d'évoluer sur un terrain plus pratique en demandant cà la clinique et à la physiologie de nous apprendre dans quelles conditions se manifestent les symptômes fondamentaux de la neurasthénie.

Tous ces symptômes, du moins au début de la maladie, ont pour point de départ des sensations qui peuvent naître autour de nous ou trouver leur origine dans l'intérieur de notre corps. Ces sensations dont quelques-unes nous sont révélées par la cœnesthésie, cheminent avec les nerfs sensitifs qui ont été les premiers impressionnés et pénètrent dans le centre nerveux correspondant à ces nerfs. Arrivées à cette destination elles provoquent un ébranlement cérébral qui se traduit aussitôt par une perturbation mentale parfois diffuse qu'on peut considérer comme le premier chaînon de la maladie de Beard. Dès ce moment cette névrose se manifeste par des actes, des paroles, et une série de phénomènes dont l'extériorisation ne laisse aucun doute sur sa nature et son origine.

Ce sont presque toujours les troubles sensitifs, localisés ou gêné-

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