‹ La neurasthénieChapitre 148 sur 163 · LES DIVERSES FORMES DE LA NEÛRNSTHENIE ÊCLAIRENÎ SA PATI10GÉME · texte numérisé non relu

LES DIVERSES FORMES DE LA NEÛRNSTHENIE ÊCLAIRENÎ SA PATI10GÉME

Dans certaines circonstances, on voit les perturbations mentales prendre une prédominance incontestable sur celles de la sensibilité et de l'activité motrice et c'est probablement pour cette raison que beaucoup de neurologistes classent la neurasthénie parmi les psycboses. Mais la triade symptomatique ne tarde pas à reparaître dans toute son intégrité.

Quelle que soit du reste son allure représentative, on est obligé de reconnaître que cette affection nerveuse a son siège de prédilection dans le cerveau. Quand ses troubles psychiques dominent la scène pathologique elle prend le nom de cérébrasthénie ou de psychasthénie comme le souhaitent les professeurs Raymond et Janet. Lorqu'elle envahit la moelle épinière on l'appelle une neurastbénie cérébro-spinale. Et lorsque, obéissant à ses tendances migatrices, elle se propage dans les appareils de l'organisme, elle devient, selon la résidence qu'elle a choisie une neurastbénie cardio-vasculaire, gastrointestinale ou sexuelle.

Après avoir essayé de dépeindre les caractères et la nature de la neurasthénie il importe de formuler son traitement en ayant soin de préciser les modifications qu'il doit subir pour être tour à tour salutaire à la neurasténie essentielle, à la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe et à la neurasthénie symptomatique, c'est à dire aux trois formes que prend la maladie de Beard dans ses multiples manifestations. Le traitement de la neurasthénie révèle la nature de cette maladie.

Quand cette névrose apparaît dans sa pureté essentielle, n'ayant d'autres symptômes que les troubles psychiques, sensitifs et moteurs qui forment son escorte habituelle, le traitement doit être à la fois sédatif et tonique. Si son application est bien dirigée on parvient aisément à modifier la mentalité du malade, à apaiser sa sensibilité qui est souvent trop surexcitée et à ranimer ses forces vitales qui sont presque toujours défaillantes. Cette action curative doit en général intéresser tout l'organisme; néanmoins il est parfois nécessaire de la compléter en la dirigeant sur les appareils où la neurasthénie semble vouloir se localiser.

Dans les cas où la maladie de Beard a une origine périphérique et se montre entourée d'actes réflexes pathologiques, le traitement sédatit et tonique produit toujours d'excellents effets. Mais pour rendre son efficacité plus prompte il faut absolument lui adjoindre intervention de moyens curatifs capables de modifier le trouble viscéral que l'on croit être la source du mal sans oublier de calmer en même temps 1;l surexci-

•432 l'action de l'hydrothérapie SLR LA NEURASTHENIE explique sa nature.

tabilité réflexe de la moelle qui provoque toujours une agitation déréglée des nerfs sensitifs et moteurs. Contre la neurasthénie symptomatique et par conséquent secondaire il est indispensable de recourir à un traitement plus compliqué. Il faut en effet combattre tous les états morbides qui déterminent l'apparition de cette névrose, lutter sans cesse contre les altérations malfaisantes que les diathèses. et particulièrement ladiathèse neuro-arthritique, produisent dans nos tissus ou dans nos humeurs, régulariser les troubles de la nutrition^ amortir les effets funestes dus à la nocivité des microbes ou des toxines, préparer enfin l'élimination des substances malsaines accumulées dans le corps en favorisant l'action dépurative dévolue aux organes chargés de les expulser au dehors. Le traitement classique de la neurasthénie n'est pas capable de produire avec les seuls moyens dont il dispose une rénovation aussi complète. Il a besoin d'être associé à des ressources thérapeutiques plus puissantes.

Les médications employées contre ces diverses formes de la neurasthénie ont presque toutes une valeur curative incontestable. Mais je n'hésite pas à donner ma préférence à l'hydrothérapie qui a,le précieux privilège de s'adapter heureusement à toutes les exigences thérapeutiques que je viens de formuler.

J'ai longuement exposé dans plusieurs chapitres de ce livre, notamment dans le troisième, les préceptes qui doivent présider au choix et à la manœuvre des applications hydrothérapiques dans les diverses manifestations de la nenrasthénie. Le lecteur y trouvera sur ce poinl tous les renseignements nécessaires. A la fin de ce livre tout entier consacré à la glorification de l'hydrothérapie il me suffit de résumer en quelques lignes les grandes ressources que cette méthode thérapeutique fournit au praticien chargé de combattre les désordres qui accompagnent ou compliquent la neurasthénie essentielle, la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe et la neurasthénie symptomatique.

Par ses effets sédatifs si variables l'hydrothérapie peut apporter directement ou indirectement le calme aux fonctions de l'organisme qui sont toujours bouleversées par une excitation intempestive.

Par ses effets toniques et reconstituants elle a le pouvoir de stimuler les organes et de leur rendre la force, la tonalité et l'énergie vitale qu'ils ont perdues.

Par ses effets spéciaux, dus à la douche à température progressivement ou brusquement variable, elle forme un clavier thérapeutique très étendu fournissant tous les éléments capables de soulager dans

LA. PHYSIOTHÉRAPIE SUR LA XEURASTHKXIE AIDE A COMPRENDRE CETTE MALADIE. 433

la même séance les malades qui offrent tour à tour les signes de l'agitation et ceux de la détresse.

Par ses effets analgésiques, révulsifs et dérivatifs elle parvient à apaiser les douleurs et à dissiper les congestions viscérales auxquelles sont sujettes les nombreuses victimes du neuro-arthritisme et de la plupart des maladies toxi-infectieuses.

Par ses effets résolutifs, dépuratifs, spoliateurs et altérants, — surtout quand on les associe à ceux que produisent ses applications reconstituantes, — elle est en mesure d'améliorer les états morbides que déterminent les troubles variés de la nutrition. Elle facilite l'assimilation des substances nécessaires à notre existence, favorise l'élimination de celles qui peuvent nous être nuisibles, et, finalement régularise les échanges et les oxydations biologiques sur lesquelles repose l'harmonie de toutes nos fonctions.

Je puis donc sans hésiter vanter les précieux avantages de l'hydrothérapie dans la cure de la neurasthénie. Mais je me hâte d'ajouter que cette méthode de traitement s'associe à merveille avec les diverses médications employées contre cette névrose. Elle fait très bon ménage avec l'électricité, le massage, les injections de sérum et la plupart des agents physiques. Mais son alliance avec la psychothérapie, qu'on désignait autrefois plus simplement sous le nom de traitement moral, procure de très heureux résultais ; cette association thérapeuthique constitue le traitement anti-neurasthénique le plus efficace et le plus bienfaisant.

La psychothérapie exerce sur les troubles psychiques de la maladie de Beard une très grande influence dontbénéficient quelquefois les désordres matériels qui escortent cette névrose. Cette thérapeutique intéressante ne consiste pas seulement à captiver la confiance du malade, à écouter avec bonté le récit de ses misères et à lire avec une attention bienveillante les petits papiers sur lesquels il a tracé scrupuleusement l'évolution et les causes de son mal. Elle a une portée plus grande qui impose au médecin chargé de l'expérimenter l'obligation de s'initier aux difficiles problèmes de la psychologie.

L'enseignement fourni par cette science spéciale lui permettra d'apprécier la valeur des facultés intellectuelles et morales de son malade; elle l'aidera à comprendre l'éclosion de ses idées, leur mode d'association et peut-être même la manière dont il perçoit celles des autres. A la faveur de ces données il pourra le plus souvent mesurer les qualités ou les défauts de son client, connaître l'étendue de sa volonté, tarifer son libre arbitre ou son automatisme,

soupçonner même les tendances de son esprit, la nature de ses impulsions ou de son instinct et peut-être aussi découvrir le mobile de ses défaillances. En admettant que les investigations entreprises par un médecin qui a l'habitude de faire un diagnostic n'ait satisfait qu'à moitié la curiosité du psychologue il faut savoir se contenter de cette demi-conquête. On ne doit rendre responsable de cet insuccès relatif que la vérité qui n'accorde pas à tout le monde la faveur de la voir toute nue. Renan, dans un de ses écrits, nous dit qu'elle n'aime pas être importunée et que sa froideur de marbre ne se laisse pas toujours attendrir par l'ardeur de nos désirs.

Quelle que soit la limite imposée à leurs découvertes les médecins neurologistes ou psychologues, doivent être presque toujours en mesure d'interpréter judicieusement les actes et les paroles des neurasthéniques qui se présentent devant eux. Ils n'ont besoin, pour accomplir cette tâche, que d'avoir recours à leur intelligence, à leur perspicacité ou à leur bon sens. Quelquefois ils font appel, afin de rendre leur diagnostic plus facile, aux ressoures d'une diplomatie bien conduite. Certains d'entr'eux ne négligent même pas d'employer les renseignements que Ja graphologie fournit parfois sur l'excitabilité ou sur l'épuisement du cerveau. Je veux parler, bien entendu, de cette graphologie que M. R. de Salberg professe avec autant de talent que de loyauté.

J'accorde donc une part importante à la psychothérapie dans le traitement de la neurasthénie. Cette méthode de traitement, après avoir été tour à tour louée et dénigrée, semble aujourd'hui définitivement placée dans notre code thérapeutbique. Elle doit cette faveur d'ailleurs bien justifiée au professeur Dubois (de Berne). Dans son livre remarquable sur la psychothérapie, cet homme de sciences qui écrit comme un homme de lettres nous apprend que le traitement destiné à remédier aux défaillances humaines doit avoir pour but la rééducation de toutes nos faculté vitales.

Sans montrer un enthousiasme aussi expressif pour la psychothérapie (jue mon confrère de Berne, je puis affirmer qu'elle est extrêmement utile à tous les neurasthéniques. -"Elle peut être avantageusement associée à l'hydrothérapie et former avec elle un concordat thérapeutique qui mérite l'adhésion et le respect de tous les médecins. Ceux qui voudraient dénoncer ce concordat pourraient faire une brèche regrettable au traitement anti-neurasthénique.

Telle est ma conviction. Elle a pour base les travaux spéciaux auxquels j'ai consacré ma vie tout entière et pour point d'appui un

OlNCLlSinX.

contact ininterrompu avec les innombrables neurasthéniques observés dans ma longue carrière. C'est grâce à leur collaboration permanente que j'ai pu exactement esquisser leur silhouette, mettre dans un utile relief la diversité de leur allure pathologique et finalement, — j'ose le dire sans forfanterie et sans arrière pensée, — apporter un véritable soulagement à leurs maux.

Je place cette profession de foi sous leur sauvegarde et je la confie sans crainte à la méditation de mes confrères.

EXPOSÉ DES SOMMAIRES

Page 1