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THÉORIE DE DUBOIS (DE BERNE) SLR I.A NEURASTHÉNIE

à cet état pathologique que les professeurs Raymond et Janet désignent sous le nom de psychasthénie. Mais quelques médecins se préoccupent avec raison de l'apparition simultanée de certains troubles bien accusés qui intéressent en même temps la mentalité du sujet, sa sensibilité spéciale ou générale et sa force neuro-motrice ; ils constatent que ces troubles forment une sorte de triade au sein de laquelle il n'est jamais facile de préciser la chronologie exacte des symptômes qui la composent.

Dans le groupe des médecins qui considèrent la neurasthénie comme une maladie de nature psychique il convient de placer, au premier rang, les professeurs Grasset et Dubois (de Berne). Ce dernier a publié tout récemment un livre remarquable sur la psychothérapie dans lequel il expose ses croyances neurologiques avec une maîtrise empreinte d'une louable fierté. Dans cet ouvrage où l'on voit se profiler librement l'ampleur de son talent d'écrivain, la richesse de sa culture littéraire et l'étendue de son érudition, le professeur Dubois n'hésite pas à aflir mer que la neurasthénie débute toujours par une perturbation psychique qui entraîne à sa suite les désordres matériels de cet état névropathique. Cette déclaration de principes a le tort de laisser dans l'ombre tous les cas dans lesquels les troubles sensitifs et moteurs ont fait leur apparition avant ceux de la mentalité et conservent même sur eux une prééminence facile à constater. Elle a aussi le grand inconvénient de mettre de côté ces exemples intéressants dans lesquels on voit la neurasthénie prendre son origine à la périphérie du corps ou trouver son point de départ dans une altération de nos humeurs ou des éléments histologiques de nos appareils organiques. Il met également de côté les cas où cette névrose joue un rôle épisodique annonçant l'arrivée plus ou moins prochaine d'une grave maladie en voie d'évolution.

Après avoir fait ces légitimes réserves je tiens à ajouter que le professeur Dubois a complété le développement de ses maximes par la glorification d'une thérapeutique psychique à laquelle il décerne une supériorité intangible. Il soutient, en se plaçant sous le patronage d'arguments ingénieusement présentés, que le médecin des neurasthéniques doit être à la fois un moraliste, un philosophe et un patient pédagogue. Il y a longtemps que cette croyance est la mienne; et le lecteur pourra s'en convaincre en parcourant quelques-uns de mes livres. Bien que cette opinion soit plaisante à mon esprit, je ne puis m'empêcher de dire que le professeur Dubois lui a consacré un plaidoyer trop partial.

416 LA NEURASTHÉNIE CONSIDÉRÉE COMME CONSÉQUENCE d'cNE MALADIE DU TUBE DIGESTIF.

Certes, je suis le premier à reconnaître l'heureuse influence que peut avoir sur les neurasthéniques un traitement moral savamment et diplomatiquement dirigé. Mais je ne puis comprendre le blâme qu'il adresse aux agents physiques dont l'intervention est souvent utile contre cette maladie; et, il me permettra j'espère, de protester avec énergie contre l'ostracisme immérité qu'il inflige à l'hydrothérapie. Pendant plus de quarante ans j'ai appliqué quotidiennement ce traitement à des milliers de neurasthéniques; et je n'hésite pas à affirmer que presque tous ces malades lui ont du l'amélioration de leur santé ou la guérison de leurs maux.

La vivacité de mes protestations n'amoindrit pas ma tolérance et mon goût pour une doctrine dont j'apprécie la grande importance. Je tiens à le prouver en déclarant que le traitement qui convient le mieux aux neurasthéniques est celui dans lequel on sait associer heureusement la valeur curative de l'hydrothérapie aux bienfaisantes ressources de la psychothérapie.

Quelques disciples de Charcot, vivement impressionnés par la monographie que leur maître publia, dans les dernières années de sa vie, sur la Foi qui sauve, ont adopté la théorie neurasthénique dont je viens de parler. Cette brochure a été considérée par eux comme un codicille ajouté au testament scientifique d'un homme qu'ils ont toujours respecté. Cette théorie qui vise particulièrement la neurasthénie essentielle provoquée par un choc moral ou par un traumatisme physique a pu ainsi grouper autour d'elle de précieuses recrues solidement armées pour la propager et la défendre.

— Je vais maintenant exposer les conceptions théoriques que des médecins de grand renom ont imaginé sur la pathogénie des neurasthénies d'origine périphérique ou viscérale. Par une coïncidence que je tiens àsignaler, c'est dans la plupart de ces neurasthénies que les symptômes somatiques précèdent les phénomènes psychiques et paraissent avoir sur eux une réelle suprématie.

Eléments fournis à la pathogénie de la neurasthénie par T étude des relations de cette névrose avec certaines affections du tube digestif. — Beaucoup de médecins croient volontiers que la maladie de Beard est toujours due à une affection gastro-intestinale. Cette opinion qui frise parfois le paradoxe me semble trop exclusive ; elle est sérieusement ébranlée à sa base par une longue série de faits dans lesquels la neurasthénie engendre de nombreuses perturbations digestives qu'elle semble tenir sous sa dépendance. Certainement, la dyspepsie, — pour ne viser qu'une de ces perturbations, — peut

occasionner un véritable accès de neurasthénie. J'ai souvent montré que ces accès ont leur point de départ dans une irritation de l'estomac, des intestins ou du foie qui, transportée par la voie nerveuse, atteint les centres encéphaliques où elle prépare l'éclosion de la neurasthénie. Mais je suis obligé de reconnaître que les données cliniques apprennent aux observateurs que dans cette succession de phénomènes morbides il faut presque toujours mettre au premier rang- les symptômes essentiels de la maladie de Beard. C'était l'opinion que Charcot se plaisait à développer dans ses cours en ayant soin toujours de lui donner pour appui des faits très démonstratifs.

Malgré l'intervention du célèbre neurologiste en faveur de cette thèse, beaucoup de médecins ont persisté à attribuer la maladie de Beard à certaines altérations organiques ou fonctionnelles de l'appareil digestif et de ses annexes. Quelques-uns dentr'eux ont établi leur théorie pathogénique de la neurasthénie sur cette influence étiologique.

La plus complète de ces théories est celle du Dr Bouchard. Le célèbre professeur lui a donné pour base et pour point d'appui ses remarquables travaux sur les auto-intoxications. Dans son exposé doctrinal il fait une étude approfondie du rôle que jouent les actions nerveuses sur les opérations digestives et met dans un relief très apparent les influences fâcheuses que l'amoindrissement de l'activité neuro-motrice de l'estomac exerce sur le fonctionnement de ce viscère. Atteint dans sa puissance contractile, cet organe éprouve de grandes dilficultés à faire cheminer régulièrement les aliments qu'il a reçus. Il se laisse distendre et devient le siège d'une dilatation maladive qui le transforme en un véritable réceptacle essentiellement immobilisé où viennent s'accumuler des débris alimentaires mélangés aux liquides plus ou moins épais que sécrètent les glandes stomacales. Ces substances fortuitement agglomérées se décomposent, fermentent, se . putréfient et finissent par donner naissance à des produits toxiques qui, après avoir été résorbés, pénètrent par la voie sanguine dans la trame de nos tissus. Lorsque ces toxines atteignent les centres nerveux, elles déterminent dans leur protoplosma et dans leurs cellules des perturbations fonctionnelles qui préparent l'éclosion des symptômes de la neurasthénie.

C'est à la modification nutritive déterminée par les auto-inioxications dans les centres nerveux que le professeui Bouchard attribue le développement de la névrose de Beard. Cette théorie qui, je puis le dire, a été décrite de main de maître, et que les docteurs Landouzy, Roger, Legendre et tous les disciples de Bouchard ont défendue avec

une entraînante habileté n'a pas été adoptée par quelques médecins et notamment par les docteurs Bouveret, Mathieu, Linossier, auxquels je puis ajouter le nom de Charcot, de Gilbert Ballet, etc. Ces confrères dissidents, pour appuyer leur thèse, ont cité des faits dans lesquels ils ont constaté qne la dilatation de l'estomac a pu acquérir un grand développement sans provoquer la moindre manifestation neurasthénique. Cette révélation prouve que la théorie de Bouchard, dans laquelle la distension gastrique et les auto-intoxications sont considérées comme de puissants agents provocateurs, est parfois insuffisante et présente quelques lacunes. Néanmoins, il me semble utile de dire que j'ai vuplusieurs fois le professeur Bouchard guérir des neurasthéniques en les soumettant au traitement qu'il préconise avec un grande constance contre la dilatation de l'estomac. Je puis même citer un malade atteint d'un tabès attribué par l'éminent professeur à une dilatation de l'estomac ; il fut guéri à la suite d'une cure sévère dirigée contre les auto-intoxications dont ce malade était affligé depuis fort longtemps.

A côté de cette théorie dont personne ne peut nier l'ingéniosité et l'importance, il faut placer celle qui a été proposée par le professeur Hayem. Elle a des rapports de voisinage avec ce qu'on appelle aujourd'hui le chimisme gastrique et repose sur cette donnée clinique bien démontrée que la dyspepsie est capable d'altérer la nutrition dans tous nos tissus, et, de provoquer par conséquent dans les centres nerveux les modifications fonctionnelles ou structurales qui favorisent le développement de la neurasthénie. Dans cette conception théorique le professeur Hayem laisse entrevoir que la maladie de Beard dépend d'un trouble de nutrition qui, d'après l'éminent praticien, est dû plutôt à un vice de digestion ou à une transformation incomplète des substances alimentaires qu'à une intoxication par des ptomaïnes, par des leucomaïnes ou par de simples toxines provenant de fermentation stomacales. Cette doctrine qui est l'œuvre d'un clinicien consciencieux et sincère mérite un signalement flatteur. Néanmoins elle ne peut pas être évoquée pour établir la pathogénie des neurasthénies qu'on observe chez les malades qui ne révèlent aucun signe d'une affection gastrique. Je sais bien que les médecins, même les plus expérimentés, ne sont pas toujours en mesure de découvrir cette affection. Mais il me semble que le résultat négatif d'une investigation sérieuse donne le droit de manifester quelques réserves.

Je passe maintenant à une autre conception pathogénique de la neurasthénie : celle du professeur A. Robin. Ce jeune maître, tout

en manifestant une certaine répugnance pour les questions théoriques, laisse entrevoir que la neurasthénie semble dépendre dune modification introduite dans nos mutations nutritives, dans l'irrégularité des échanges matériels ou lluides qui ont pour support les éléments histologïques de notre corps et dans la déperdition ou la désassimilation incorrecte des substances nécessaires à l'entretien de notre organisme. Ces perturbations, dues à des causes très variables, lui sont révélées par l'examen des résidus provenant des combustions chimiques qui s'accomplissent dans l'intimité de nos tissus. C'est lui qui a été un des premiers à nous faire connaître les ressources que les médecins peuvent trouver dans l'analyse scientifique des matières excrémentielles et principalement dans celle du liquide urinaire. Je me rappelle toujours avec plaisir les intéressantes leçons qu'il a faites à l'hôpital de la Charité. Invité par le professeur Hardy à occuper sa chaire de clinique pondant plusieurs semaines il se montra digne de ce choix et parvint à initier les élèves à l'étude de cette science urologique dont il était parvenu à posséder presque tous les secrets.

Déjà, à cet époque assez lointaine, il signalait les troubles nerveux occasionnés par une déperdition des phospates qu'il retrouvait dans l'urine. C'est en étudiant la cause de la trop grande élimination de ces sels qu'il était arrivé à supposer qu'on pouvait attribuer les phénomènes fondamentaux de la maladie de Beard à la phosphaturie.

Il a démontré plus lard que les troubles de la nutrition avaient une grande influence sur les fonctions du système nerveux et pouvaient, selon leur modalité dominante, leur imposer tour à tour une grande agitation ou une extrême détresse. Cette dualité symptomatique lui a permis d'établir magistralement que les malades qui offrent en même temps des perturbations dans leur système nerveux et dans leurs fonctions digestives doivent être classés en deux catégories bien distinctes. Celle des excités qui présentent les signes de l'hypéresthénie de l'estomac et celle des déprimés qui accusent presque toujours une hyposthénie de cet organe. Ces deux étals morbides sont capables, selon lui, de déterminer la neurasthénie. Tout en reconnaissant l'utilité pratique de cette séduisante conception, je suis obligé de dire que dans un certain nombre de cas elle n'est pas en mesure de nous apprendre si la dyspepsie doit être considérée comme une cause ou comme un effet de la neurasthénie.

Pour résoudre cette question difficile, je tiens à faire appel à la compétence des neurologistes qui l'ont sérieusement étudiée. Je

trouve à cet égard un précieux concours dans le petit chef-d'œuvre que le Pr Gilbert Ballet a écrit pour les neurasthéniques auxquels il a voulu faire connaître les règles hygiéniques qu'ils doivent suivre aveuglément pour se débarrasser de l'infirmité nerveuse dont ils sont atteints.

Tout le monde connaît et apprécie comme moi la valeur scientifique de ce jeune professeur. Ses leçons et ses écrits portent le cachet d'une très fine élégance et d'une admirable clarté. 11 a dans son allure et dans son enseignement une tenue qui rappelle celle d'un doctrinaire convaincu. Mais il a en même temps le don précieux de savoir envelopper ses sévères pensées dans une forme expressive très imagée qu'illuminent parfois les reflets du milieu ensoleillé où. il a passé les premières années de son existence.

Pour appuyer ma thèse je vais lui emprunter quelques lignes où circule un éclectisme intéressant que notre inoubliable Cousin aurait trouvé digne des plus grands éloges.

— Il y a incontestablement, dit-il, des neurasthéniques qui, quelle que soit d'ailleurs la fréquence des troubles dyspeptiques chez les ' malades de cette catégorie, ne présentent aucune anomalie, aucun désordre des fonctions digestives. Nous pourrions aisément rapporter des exemples de neurasthénie héréditaire, de cérébrasthénie pure dans lesquels la nutrition générale et les fonctions gastriques n'ont subi aucune atteinte sensible. Et puis les cas sont fréquents dans lesquels une émotion violente et subite, un choc traumatique ou tout autre cause a provoqué l'apparition rapide et simultanée des troubles digestifs et des autres symptômes neurasthéniques. On ne saurait donc, dans les faits de cet ordre où le développement de l'état dyspeptique et l'apparition des manifestations diverses de la névrose ont été contemporains, rattacher au seul trouble des fonctions digestives la genèse du symptôme neurasthénique tout entier. Ces réserves faites, il faut reconnaître que la dyspepsie précède quelquefois l'état neurasthénique ; en pareil cas l'origine gastro-intestinale de l'épuisement nerveux est tout au moins vraisemblable. On rencontre en effet des malades qui, avant de verser dans la neurasthénie ont souffert de l'estomac pendant des mois et des années. Qu'ils aient été primitivement atteints de dyspepsie atonique avec hypochlorhydrie ou de dyspepsie hyperacide avec ou sans hypersécrétion, ils ont maigri et perdu leurs forces; leur nutrition générale a subi une atteinte profonde. Lorsque, après une période plus ou moins longue, durant laquelle les troubles digestifs ont seuls occupé la scène, on voit appa-

OPINION DU PROFESSEUR BALLET SUR LE ROLE DE LA DYSPEPSIE DANS LA NEURASTHÉNIE. i2 1

raître chez ces malades le cortège habituel de l'épuisement nerveux, rien n'est plus légitime que d'imputer au trouble des fonctions digestives le développement de la névrose. Mais ici encore il est permis de se demander si c'est bien en viciant la nutrition des aliments des centres nerveux que la dyspepsie a engendré l'état névropathique. Ne faut-il pas aussi, dans les faits de cette catégorie, tenir compte de l'influence déprimante qu'exerce toujours sur l'état moral des patients une affection gastrique rebelle aux traitements les plus divers et qui est une source de malaises et d'inquiétudes? De quelque manière que l'on interprète ce retentissement du trouble gastro-intestinal sur les centres nerveux, il n'en est pas moins vrai que l'état dyspeptique doit être tenu ici pour le facteur principal de l'affection. —

En somme, on peut, croyons-nous, résumer les rapports des états dyspeptiques et de la neurasthénie en disant : « Chez le plus grand nombre des malades atteints d'épuisement nerveux, la dyspepsie n'a que la valeur d'un symptôme mais d'un symptôme important puisqu'il est susceptible de contribuer pour une large part à l'entretien de l'état névropathique. Dans certains cas assez nombreux, semble-til, le trouble des fonctions digestives a été la cause primordiale du développement de la neurasthénie, et c'est contre lui que doit être dirigé le principal effort thérapeutique. »

On ne peut pas mieux dire. Dans cette discussion toujours ouverte sur la véritable généalogie de la dyspepsie nerveuse, le professeur Gilbert Ballet a surtout voulu rendre un jugement équitable même en laissant dans l'ombre quelques-unes de ses idées favorites. Sa nature impartiale lui a permis de trouver la formule qui s'adapte le mieux à cette question litigieuse. Cette étude consciencieuse a, selon moi, le mérite de glorifier la sûreté de sa raison et de mettre en relief l'élégante limpidité de son talent d'écrivain.

— Les maladies de l'intestin et de ses annexes ont avec la neuras thénie des relations très étroites qui ressemblent à celles des gastro patines ; elles peuvent jouer un rôle, dans la pathogénie de cette névrose. Je les ai plusieurs fois signalées dans le cours de ce livre. Je puis à cette place leur consacrer encore quelques lignes.

La neurasthénie se développe assez rarement chez les personnes atteintes d'entérite simple, aigùe ou chronique, et chez celles qui présentent une altération ordinaire du tube intestinal ou de ses annexes. On la rencontre plus souvent chez les malades sujets à cet état morbide qu'on désigne sous le nom d'entérite ou de colite mucomembraneuse. Cette affection spéciale donne lieu à des alternances de

diarrhée et de constipations suivies parfois de sécrétions muqueuses au milieu desquelles les substances excrémentielles se concrètent facilement pour sortir du rectum sous forme de lanières ou de rubans. Elle a été étudiée par beaucoup de médecins et quelques-uns d'entre eux, à l'exemple du Dr Mathieu, attribuent son développement à l'excitation ou à l'épuisement de la force neuro-motrice ou sensitivomotrice qui semble réglementer l'action du système nerveux sur la musculature de l'intestin.

L'entérite muco-membraneuse se manifeste de préférence chez les arthritiques. Il n'est donc pas extraordinaire que les sujets atteints de cette affection aient des troubles de nutrition assez importants pour que le professeur Roger et après lui le Dr Trémollières l'aient considérée comme une véritable maladie toxi-infectieuse.

Quelle que soit l'opinion adoptée sur la nature de cette affection, on ne peut nier que la neurasthénie est capable de faciliter son explosion. Mais le plus souvent c'est l'entérite muco-membraneuse qui se manifeste avant la névrose et qui prépare son avènement. Il n'est donc pas illogique d'admettre qu'elle joue un certain rôle dans sa pathogénie.

Quand la maladie intestinale a une forme irritative très prononcée elle réagit par la voie nerveuse sur les centres encéphaliques et provoque la neurasthénie essentielle ou plutôt la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe. Quand elle transforme l'intestin en un champ de culture elle favorise une grande pullulation de microbes et provoque d'abondantes sécrétions toxiques qui, transportées parla voie du sang dans les centres nerveux, contribuent à préparer le développement de la neurasthénie symptomatique.

— Quelques médecins pensent que les déplacements ou le prolapsus des principaux viscères contenus dans la cavité abdominale peuvent engendrer la maladie de Beard et jouer, par conséquent, un rôle dans sa pathogénie. C'est le Dr Fr. Glénard qui est le grand protagoniste de cette doctrine. Dans ses remarquables travaux sur l'hépatisme qu'il a inventé, sur l'entéroptose qui lui doit son nom de baptême, sur les diverses flottaisons du rein, sur les déplacements du foie et de la rate, il a démontré que ces diverses ptôses provoquent toujours des troubles dyspeptiques très nettement caractérisés. En poursuivant ses investigations il a uni par constater que ces troubles de l'estomac altèrent la nutrition de l'organisme et déterminent, par voie de suite. d'innombrables désordres nerveux au milieu desquels il a pu distinguer les principaux symptômes de la neurasthénie. Pour compléter son

INFLUENCES RÉCIPROQUES ENTRE LES PTOSES ABDOMINALES ET LA NEURASTHÉNIE. 423

tableau pathologique il a déclaré que ces diverses manifestations névropathiques disparaissent complètement quand on parvient à remettre les organes abdominaux clans leur position normale et à régulariser leur fonctionnement.

J'ai eu souvent le plaisir d'appeler l'attention de mon éminent confrère sur ces questions intéressantes qu'il a étudiées avec une véritable passion. Il m'a toujours affirmé que l'entéroptose, — une des ptôses abdominales les plus importantes, — provoque très souvent des accidents névrosiques au milieu desquels il a quelquefois constaté la présence des principaux symptômes de la maladie de Beard. Il m'a paru disposé à croire que les disloquations intestinales sont capables d'engendrer cette névrose. Mais en revanche il ne veut pas accorder à cette dernière le pouvoir de déterminer, sans le concours d'autres causes, les ptôses abdominales. Cette opinion me semble trop exclusive.

On voit assez fréquemment la neurasthénie associée à l'entéroptose. Quand ces deux états morbides se développent à peu près simultanément il est très difficile d'indiquer celui qui a marqué le début de la scène pathologique ; car le plus souvent ils obéissent tous deux à des causes analogues représentées par l'amoindrissement de la force neuro-motrice qui règle la tonalité des organes. Dans le cours de leur marche parallèle ils exercent l'un sur l'autre une influence réciproque qui semble dépendre de leurs rapports de voisinage. Quelquefois la neurasthénie apparaît bien avant le développement des ptôses viscérales qui dans ce cas semblent être la conséquence de la dépression que détermine cette névrose sur tous les organes qu'elle envahit.

C'est l'avis du Dr Bouveret. Dans sa remarquable monographie il n'hésite pas à déclarer que l'entéroptose est, comme la dilatation de l'estomac, une conséquence de l'atonie gastro-intestinale qui escorte toujours la maladie de Beard au moment où cette dernière se localise dans le tube digestif.

Le Pr Gilbert Ballet a émis une semblable opinion dans une de ses leçons faites à l'Hôtel-Dieu de Paris et l'a formulée d'un façon très précise. Il a dit que dans certains cas exceptionnels la maladie de Beard peut dépendre de l'hépatisme et de l'entéroptose ; mais il s'est hâté d'ajouter qu'il ne convient pas de considérer celte névrose comme la conséquence inévitable de ces affections abdominales.

M. de Fleury est plus catégorique. En s'inspirant des travaux de Chéron auquel il est heureux de rendre un juste et affectueux hom-

424 RAPPORTS DE LA NEURASTHENIE AVEC CERTAINES MALADIES GASTRO-INTESTINALES.

mage, mon très distingué confrère n'hésite pas à affirmer que, lorsque l'entéroptose n'est pas le résultat bien évident d'un traumatisme ou d'un accouchement pénible ou laborieux, on peut l'attribuer . à l'épuisement du système nerveux central et par conséquent à la maladie de Beard qui est la véritable image de cet épuisement.

En ne faisant appel qu'aux faits observés par moi, je puis attester que la neurasthénie a une influence causale sur la plupart des ptôses viscérales. Toutefois mon impartialité m'oblige à déclarer que dans certains cas, fort rares du reste, elle devient leur tributaire et n'est plus dès lors qu'une expression symptomatique. C'est alors seulement qu'on est autorisé à croire que les ptôses viscérales, en portant leur nocivité par la voie nerveuse ou par la voie sanguine dans les centres encéphaliques peuvent jouer, comme le croit mon ami Glenard, un rôle important dans la pathogénie de la neurasthénie.

— Il existe encore d'autres affections gastro-intestinales qui ont une certaine influence sur le développement de quelques-uns des symptômes de la neurasthénie. En parcourant les grands ouvrages médicaux, les anciens comme les modernes, on trouve des observations dans lesquelles apparaissent d'une façon très évidente les liens qui rapprochent les altérations structurales ou fonctionnelles du tube digestif de certains troubles du système nerveux. En restant dans le domaine des faits contemporains, et en choisissant de préférence ceux dont il m'a été possible de suivre toutes les phases, je puis dire que la neurasthénie se manifeste parfois chez certains malades atteints de gastrite chronique, de catarrhe gastro-intestinal, d'ulcère de l'estomac ; elle est également très reconnaissable chez ceux dont le canal digestif est le siège d'une lésion quelconque ou d'un de ces troubles fonctionnels de longue haleine qui ont le triste privilège d'imprimer au patient les stigmates caractéristiques d'une grande misère physiologique.

J'ai soigné des neurasthéniques chez lesquels ces désordres du conduit alimentaire sont restés très longtemps inappréciables et qui, par une coïncidence assez étrange, n'ont pu être dévoilés qu'après la disparition de la maladie de Beard. Malgré l'importance de ce constat significatif, certains médecins n'hésitent pas à affirmer que cette névrose est toujours sous la dépendance des désorganisations gastro-intestinales dont je viens de parler.

En me basant sur mon expérience personnelle, je suis dispos''1 à croire que la neurasthénie est souvent capable de provoquer les désordres gastro-intestinaux les plus graves ; "mais je m'empresse

d'ajouter que cette névrose peut quelquefois être engendrée par eux.

Pour compléter l'exposé des théories concernant l'action génératrice que les affections des voies digestives exercent sur la neurasthénie, il me reste à examiner le rôle que peut jouer l'appendicite dans la pathogénie de cette névrose.

J'ai étudié, dans un mémoire spécial communiqué à la Société de Médecine de Paris et en partie reproduit dans le chapitre VIII de ce livre., les relations de la neurasthénie et de l'appendicite. A cette place je n'ai besoin que d'indiquer comment, selon moi, l'affection intestinale intervient pour favoriser le développement des accidents neurasthéniques.

Le professeur Dieulafoy, dans ses intéressantes leçons, a démontré que l'appendicite esl une maladie toxi-infectieuse qui exerce une influeuce désartreuse sur tous les districts de l'organisme. En envahissant les centres nerveux elle produit des perturbations sérieuses au milieu desquelles on distingue les symptômes les plus saillants de la neurasthénie.

Quand la maladie de Beard se développe dans ces condition» elle perd sa forme essentielle et n'est plus qu'une expression symptomatique ressemblant à celle que nous avons souvent constatée chez les malades atteints d'une toxi-infection ou d'un trouble profond de la nutrition.

L'appendicite offre d'autres particularités qui sont susceptibles d'éclairer la pathogénie de la neurasthénie. Mes observations personnelles me permettent de dire que cette névrose voltige souvent autour de l'appendicite; elle se révèle dune façon très nette tantôt avant 1 explosion de l'affection intestinale, tantôt après l'intervention de la .cure médicale ou chirurgicale tentée pour obtenir sa guérison.

On peut, je crois, essayer d'expliquer ces deux modes d'évolution de la neurasthénie. Lorsque celle névrose se manifeste dans la période prodromique. elle est presque toujours accompagnée par des douleurs intestinales dont il faut avec soin apprécier l'étendue et le siège. Ces douleurs sont dues souvent à um: congestion irritative localisée sur l'appendice et dans son entourage. Si celle congestion reste longtemps stationnaire, elle ne tarde pas à provoquer des impressions pénibles que les nerfs sensitifs du voisinage apportent aux centres nerveux. Arrivées à celle destination ces perversions font naître des actions réflexes autour desquelles apparaissent les phénomènes ordinaires de la neurasthénie. Dans ce cas on se trouve en présence d'une neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe.

426 ÉVOLUTION DE LA NEURASTHÉNfE APl'EXDICULAIRïï.

Lorsque la congestion irritative de l'intestin prend des proportions considérables, les accidents morbides qui l'accompagnent ont un aspect plus terrifiant et la région qu'elle envahit se transforme promptement en un champ de culture où s'accumulent pêle-mêle de nombreuses toxines et des colonies microbiennes très étendues. C'est bien laque commence l'œuvre infectieuse justement considérée comme le prélude de l'appendicite. Les substances avariées répandues dans l'intestin sont absorbées et le liquide sanguin qui les tient en suspension les distribue à tous les organes. Les centres nerveux sont à leur tour très éprouvés par le contact de ces impuretés et trahissent les dégâts qu'ils subissent par les manifestations connues de cette neurasthénie symptomatique qu'engendrent souvent les maladies toxiinfectieuses.

Lorsque les désordres cérébraux prennent rapidement des proportions redoutables, on peut admettre que l'appendicite marche vers son apogée et réclame une prompte intervention de la thérapeutique. Au moment où elle atteint son paroxysme, la neurasthénie s'éclipse complètement et ne reparaît qu'après la guérison réelle ou apparente de l'appendicite. Cette apparition tardive a sa raison d'être et sa genèse est explicable.

Il peut arriver que, malgré la précision imposée aux manœuvres opératoires, de nombreux microbes et des toxines non soupçonnées persistent à séjourner dans la muqueuse intestinale. Dès lors l'œuvre infectieuse continue à exercer sur les centres nerveux une influence nocive analogue à celle qu'ils ont subie pendant la période prémonitoire de l'appendicite et détermine un nouvel accès de neurasthénie à peu près semblable à celui qui s'est manifesté dans le prélude de cette maladie.

Quelquefois cette neurasthénie de retour présente tous les signes de la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe. Elle est due à la persistance de douleurs intestinales qui, n'étant pas encore complètement éteintes, exercent une répercussion assez vive sur les centres nerveux et préparent l'explosion d'une série d'actions réflexes au milieu desquels se dessinent les principaux traits de la maladie de Beard. Cette neurasthénie peut aussi n'être qu'une simple expression symptomatique.

Je ne puis abandonner cette étude de pathogénie sans signaler l'influence que peut avoir l'intervention des opérations sanglantes sur l'évolution de cette forme de la neurasthénie à laquelle j'ai donné le nom de neurasthénie appendiculaire. Beaucoup de malades ayant eu

ROLE DES AFFECTIONS DU COEUR ET DES VAISSEAUX DANS LA NEURASTHÉNIE. A~21

plusieurs fois des accès de neurasthénie avant d'être atteints d'appendicite, ont été définitivement guéris de leur névrose après l'opération nécessitée par l'affection intestinale. Ces faits sont irrécusables.

D'autre part,, on peut citer un certain nombre de malades qui ont présenté les symptômes de la neurasthénie immédiatement après avoi1* subi l'opération de l'appendicite. Sans doute dans l'apparition de cette névrose post-opératoire l'intervention chirurgicale n'est pas seule responsable. Il m'est, en effet, arrivé parfois de constater que les malades chez lesquels elle s'est développée avaient des prédispositions héréditaires ou acquises qui exposaient leur organisme à contracter des affections nerveuses. Je peux même dire que quelques-uns d'entre eux. n'étaient pas complètement délivrés des angoisses que leur avaient causées les émouvants préparatifs d'une opération redoutée.

La neurasthénie d'origine chirurgicale ne peut pas être niée ; les éléments de sa pathogénie rappellent ceux qui sont fournis par les grandes émotions, les traumatismes physiques et moraux et, en général, par toutes les causes qui ébranlent violemment le système nerveux.

Rôle des affections du cœur et des vaisseaux dans la pathôgénie de la neurasthénie. — Ce n'est pas seulement dans les voies digestives qu'on rencontre des altérations bistologiques ou fonctionnelles capables d'engendrer la neurasthénie. Celles qui siègent dans le cœur ou dans les vaisseaux peuvent avoir les mêmes effets.

Les névroses cardiaques ont dans leur symptomatologie habituelle les agitations palpitantes du cœur, sa débilité ou sa ptôse, des troubles d'hypertension ou d'hypotension cardio-vasculaire, de la tachycardie, de l'arythmie, des spasmes engoissants ou des accès plus ou moins complets d'angine de poitrine et finalement des perturbations qui troublent le cours du sang dans les artères, dans les capillaires, dans les veines et dans le système vaso-moteur. Tous ces désordres circulatoires compromettent le fonctionnement des centres nerveux et préparent l'explosion des accidents neurasthéniques. Le D1' Huchard l'a démontré.

Les affections organiques du cœur et des artères ont, comme les névroses localisées dans l'appareil de la circulation, un grand retentissement sur le cerveau et déterminent parfois dans quelques-uns de ses centres une irritabilité niorbiih' qui favorise réclusion delà neurasthénie. Ces graves altérations sonf très souvenl sous la dépendance d'une toxi-infection ou d'uni' poussée d'artério-scléroseel peuvent, comme ces maladies, engendrer les principaux symptômes 4e la maladie deBeard.

Les affections organiques du cœur ont, en outre, sur cette névrose

428 LES MALADIES GÉNITO-URINAIRES DANS LA. PATHOGÉNIE DE LA NEURASTHÉNIE.

une influence nocive particulière qui a été bien mise en relief par la plupart des neurologistes. Elles possèdent le triste privilège d'inspirer à presque tous les malades des appréhensions qui troublent leur sécurité et les plongent dans un grand désespoir. Ces grandes craintes viennent toujours d'un cœur altéré ; elles impressionnent les centres nerveux et surajoutent aux accidents neurastliéniques des phobies difficiles à déraciner. En parcourant le chapitre consacré' aux relations qui existent entre certaines affections cardio vasculaires et la neurasthénie, le lecteur trouvera tous les éléments qui pourront lui démontrer l'influence de ces affections sur le développement de la maladie de Beard. Je ne crois pas avoir besoin de leur accorder ici une nouvelle mention.

Du rôle des maladies de l' appareil génito-urinaire dans la pathogénie de la neurasthénie. — Les affections des voies génito-urinaires ont un grand retentissement sur les fonctions nerveuses et troublent sou vent. leur régularité. Elles donnentnaissanceà des désordres névropathiques qui ressemblent tantôt à ceux de l'hystérie, tantôt à ceux de la neurasthénie. Ces deux névroses se montrent quelquefois ensemble; mais dans d'autres circonstances elles apparaissent séparément et se disputent la préséance, toujours aux dépens du malade et au grand désappointement du médecin chargé de les combattre. Je mets de côté les péripéties ds cette rivalité pour ne m'occuper ici que de l'influence exercée par les troubles génitaux sur le développement de la neurasthénie.

Les voies génito-urinaires offrent, — comme on le sait, — une très généreuse hospitalité à toutes les maladies infectieuses. C'est par elles que la syphilis pénètre ordinairement dans l'organisme, à moins que le hasard ne la contraigne à choisir une autre porte d'entrée, ou qu'elle ne nous arrive sous la forme d'un héritage qu'on est obligé d'accepter sans bénéfice d'inventaire.

Dès les premiers jours de son invasion elle distribue ses germes avariés au liquide sanguin et au liquide lympathique qui, après les avoir assimilés, les transportent dans tout l'organisme et finalement dans les centres nerveux où ils provoquent quelquefois le développe ment de cette neurasthénie symptomatique de nature infectieuse que j'ai plusieurs fois décrite.

Dans certaines circonstances , le virus vénérien agit moins comme un poison que comme un excitant spécial, il détermine alors dans les centres nerveux des perturbations purement fonctionnelles qui engendrent une sorte de neurasthénie d'allure essen-

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tielle que le Pr A. Fournier appelle une neurasthénie para-syphilitique.

Les désordres spécifiques dont je viens de parler ne sont pas les seuls que l'on constate dans les organes génitaux; on en rencontre d'autres qui n'ont aucun rapport avec l'infection vénérienne. Ils obéissent à des causes très variables, exercent une nocivité notoire sur les fonctions de l'innervation et préparent, eux aussi, l'explosion des principaux accidents de la neurasthénie.

Parmi ces derniers on peut signaler chez la femme des perversions sensitives souvent inavouables qui se fixent à la vulve, sur le clitoris et dans le conduit vaginal, des irritations utéro-ovariennes parfois compliquées d'bvpertropbie et d'byperplasie pouvant se répandre dans les organes de la région inférieure de l'abdomen. Chez l'homme on constate parfois des aberrations génésiques qui se traduisent tantôt par des exaltations sexuelles durant à peine comme un feu de paille, tantôt par des défaillances viriles servant parfois de prélude à la frigidité et môme à l'impuissance. A' ces perturbations, très émotionnanles pour les malades, viennent s'ajouter une série de désordres pliysiques qu'engendrent des poussées congestives visiblement localisées dans la prostate ou dans les conduits spermatiques et qui souvent sont aggravées par l'abus excessif du coït et de la masturbation.

J'ai longuement insisté sur toutes les particularités de ces irritations spéciales lorsque j'ai décrit les relations de la neurastbénie spinale et de la neurastbénie sexuelle avec la maladie de Beard proprement dite. Il ne. me reste ici qu'à signaler le mode d'intervention de ces irritations dans la pathogénie de cette névrose.

Les régions génitales où se développent les divers troubles mor bides dont je viens de parler deviennent progressivement le siège d'impressions plus ou moins dolentes que les nerfs sçnsitifd situés ' dans ces parages se hâtent de transporter dans les centres nerveux avec lesquels ils correspondent et où ils provoquent des actions réflexes très appréciables. En arrivant dans les ("entres encéphaliques ces impressions troublent l'irritabilité fonctionnelle de leurs tissus. compromettent l'irritabilité nutritive (h; leurs cellules et provoquent des phénomènes d'excitation et d'épuisement qui préparent l'avènement de la neurasthénie. Dans ce cas spécial la névrose de Beard prend le plus souvent la forme de la neurastbénie d'origine périphérique.

Quelquefois les troubles de la sensibilité après avoir séjourné (tendant un certain temps dans les organes de la génération, se propagent à travers les tissus du voisinage, assiégeant de préférence les nom-

breux filets nerveux du système cérébro-spinal et du grand-sympathique qu'ils rencontrent sur leur parcours. Toutes les régions intéressées deviennent alors le siège de sensations plus ou moins pénibles dont le cerveau parvient à connaître le point de départ et l'intensité par l'intermédiaire de la cœnesthésie que le professeur Giassetatrès judicieusement appelée la conscience du sympathique. Les centres encéphaliques reçoivent ces impressions maladives ; ils sont troublés dans leur fonctionnement et révèlent leurs malaises par des désordres nerveux au milieu desquels se dessinent très nettement les symptômes caractéristiques de la neurasthénie qu'on peut dans le cas présent surnommer la neurasthénie cœnesthésique.

Je termine ici ma pérégrination à travers le domaine scientifique où j'étais sûr de rencontrer les principales doctrines qui servent à expliquer la pathogénie de la maladie de Beard. Il me reste, pour réaliser mon programme, à formuler les grandes indications qui doivent, selon moi, gouverner la thérapeutique de cette névrose. Mais avant d'étudier celte question pratique il me semble nécessaire de dire en quelques lignes comment on peut expliquer l'évolution de la neurasthénie et sous quelles formes elle révèle son existence.

Il est reconnu par un grand nombre de médecins que le cerveau renferme des zones particulières chargées de présidera l'exercice de nos facultés intellectuelles et morales, à la propagation régulière de notre sensibilité générale et spéciale et à la direction de la force neuro-musculaire qui réglemente tous les mouvements de notre corps. En faisant un résumé des considérations pratiques développées dans ce livre et en évoquant de nouveau les données utiles qui appartiennent au patrimoine scientifique de nos meilleurs neurologistes, je puis me hasarder à dire que la neurasthénie consiste en une perturbation des fonctions dévolues aux zones encéphaliques dont je viens de parler. Cette perturbation, d'abord indécise dans ses effets, commence par troubler l'irritabilité fonctionnelle inhérente aux divers tissus de ces zones et finit par compromettre l'irritabilité nutritive qui est, comme on le sait, la propriété exclusive de leurs cellules régénératrices. Dès le début, elle se révèle par des phénomènes d'excitation plus ou moins fugitifs, ordinairement remplacés par des phénomènes <1 épuisement beaucoup plus durables qui forment l'élément foncier de la maladie. Sous l'influence des causes constitutionnelles ou déterminantes dont on connaît la variété et le degré d'importance, cette névrose se traduit par des troubles phsychiques, sensitifs et moteurs qui forment une triade de symptômes très caractéristiques.

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