‹ La neurasthénieChapitre 2 sur 163 · PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES

L'enseignement clinique doit avoir pour point d'appui une étude sérieuse des

lettres et des arls. Protagonistes de cette méthode d'enseignement.

Je me propose de publier dans une série de fascicules l'histoire des intéressants malades qui ont défilé devant moi dans le cours de ma carrière professionnelle. Je consacre le premier de ces fascicules aux neurasthéniques. Dans ceux qui vont lui succéder, je m'occuperai des hystériques, des psychasténiques, des Basedowiens et des névropathes qui portent les meurtrissures d'une défaillance physique ou morale.

Ces diverses personnalités morbides appartiennent au grand répertoire des maladies chroniques et des affections du système nerveux; elles constituent la clientèle la plus nombreuse et la plus fidèle des établissements hydrothérapiques.

En classant av*ec soin les traits caractéristiques de chacune de ces individualités pathologiques, je suis arrivé à former une collection assez complète où il m'a été possible de placer les faits récents à côté de ceux que j'ai pu recueillir à une époque déjà fort lointaine. Ce voisinage, intentionnellement recherché, fti'a fourni l'occasion de faire des comparaisons utiles et m'a permis de constater la grande inlluence que le temps, ce redresseur impeccable, exerce sur la marche, les transformations et la guérison de presque toutes ces manifestations morbides.

a LA MEDECINE EST UNE SCIENCE ET UN ART.

Une étude assidue de ces archives personnelles et l'évocation de souvenirs obstinément accumulés dans ma mémoire m'ont suggéré l'idée d'esquisser la silhouette des nombreux névropathes que j'ai observés. Pour rendre ma tâche plus facile et moins sévère, j'ai pris le parti de les encadrer dans un médaillon isolé, afin de donner à leur profil respectif plus de lumière et plus de relief.

La préférence accordée à ce procédé d'exposition est motivée par des raisons dont la valeur et la portée sont reconnues par un grand nombre de médecins. Les savants les plus autorisés ne sont pas éloignés d'admettre que les livres didactiques, autrefois recherchés avec un grand empressement, sont aujourd'hui presque démodés. Jls croient même que les leçons théoriques faites dans les amphithéâtres de nos Facultés de médecine,, à l'exception de quelques-unes dont l'utilité est incontestable et qui ont besoin d'être fertilisées par des travaux de laboratoire, ne valent pas celles qu'un professeur de chirurgie improvise dans son hôpital en prenant pour texte de son cours le malade que le hasard a amené fortuitement devant lui. Si ce professeur a le mérite de bien savoir charpenter sa leçon, de l'exposer avec une méthode rigoureuse et s'il possède, par surcroît, le talent de la présenter d'une façon attrayante et claire, ses élèves l'écoutent toujours avec autant d'intérêt que de profit.

Cette conception particulière, mon goût personnel et peut-être aussi l'absence de certaines aptitudes ont- éloigné de mon esprit l'idée de donner à la publication de ma clinique hydrothérapique un aspect trop dogmatique. J'ai mieux aimé adopter une forme plus indépendante et prouver par ce choix que le portrait d'un malade a pour moi plus d'attraits que la description détaillée de toutes les péripéties d'une maladie.

Cette représentation de la clinique par l'image n'est certes pas une nouveauté. Elle a été maintes fois tentée et souvent admirablement exécutée par des médecins célèbres et des poètes illustres, par des littérateurs très renommés et des moralistes de haute envergure. Ces grandes personnalités forment une sorte de Pandémonium de noble compagnie où les savants et les lettrés se prêtent un mutuel appui pour donner aux publications médicales autant d'éclat que de solidité.

Que d'orateurs et d'écrivains je pourrais offrir comme modèles de cet art difficile à ceux qui aiment voir le récit des faits biologiques orné d'une agréable parure. Je n'ignore pas que ces liommes privilégiés sont difficiles à imiter; mais il n'est pas interdit de suivre leurs traces en essayant de s'inspirer de leur œuvre.

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