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ENSEIGNEMENT DE LA CLINIQUE PAR L IMAGE

Les grands médecins qui ont voulu donner à renseignement clinique une floraison éblouissante sont nombreux et, ne pouvant les citer tous, je me suis décidé à choisir parmi ces glorieux devanciers ceux qui ont propagé avec le plus d'ardeur la fertile alliance des sciences, des lettres et des arts.

Je donne naturellement le premier rang dans cette admirable phalange au professeur Trousseau. Chacune- des brillantes leçons qu'il a faites à l'Hôtel-Dieu de Paris renferme une série de tableaux vivants où les traits principaux des malades qu'il voulait nous apprendre à connaître et à guérir sont dessinés avec une maîtrise étonnante. Pour rendre sa démonstration plus intéressante et plus pittoresque, il avait le soin de l'orner de métaphores bien choisies et de récits anecdotiques inoubliables.

Je me rappelle avec joie l'époque, déjà lointaine, où nous allions en foule écouter les admirables harangues du grand professeur et où les moins privilégiés d'entre nous étaient obligés, pour entendre sa voix vibrante et harmonieuse, de se blottir sous les gradins de son amphithéâtre toujours bondé d'auditeurs.

Un jour, il voulait nous apprendre que certaines névralgies orbitaires doivent être attribuées à une infection syphilitique et peuvent guérir radicalement par un traitement spécifique prescrit sans hésitation et suivi avec loyauté. Pour bien graver cette idée thérapeutique dans notre esprit, il eut recours à cette forme anecdotique qui nous intéressait toujours et dont il se servait avec un à-propos merveilleux: « Je fus mandé dernièrement, nous dit-il, auprès d'une grande dame qui souffrait depuis fort longtemps d'une névralgie orbitaire extrêmement pénible. Elle avait vainement essayé toutes les médications et consulté les médecins les plus experts, le mai persistait toujours. J'écoutai avec une grande attention l'histoire détaillée de ses souffrances, cherchant dans sa physionomie des indices capables d'éclairer mon jugement. Tout à coup, mon habile interlocutrice s'arrêta dans son récit ; nos regards se croisèrent ; elle se rapprocha de moi avec vivacité. — Docteur, s'éeria-t-elle, j'ai deviné votre pensée; vous avez sur mon compte des soupçons odieuN contre lesquels je proteste de toutes mes forces, retardez l'inscription de votre ordonnance, venez chez moi demain matin à huit heures. — Le lendemain, j'arrive à l'heure dite ; je suis introduit dans la chapelle de l'hôtel où se trouvait un prêtre revêtu de son costume sacerdotal et expressément convoqué pour dire, la messe devant la noble malade et devant moi. Au moment de la communion, la maîtresse de céans s'approcha de la

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