CHAPITRE III
DES APPLICATIONS DE L'HYDROTHÉRAPIE DANS LES DIVERSES FORMES DE LA NEURASTHÉNIE, LEURS INDICATIONS, LEUR MODE D'EMPLOI.
La neurasthénie est, comme je viens de le dire, caractérisée par un épuisement de la force nerveuse, le plus souvent précédé ou compliqué d'une perturbation de l'irritabilité fonctionnelle de nos organes. La débilité et l'excitation sont les deux premiers maillons de cette chaîne pathologique.
Lorsque la maladie de Beard ne révèle son existence que par les signes d'une véritable détresse, on la combat, en général, par une douche froide, courte, distribuée très discrètement sur toute l'étendue de la peau. Dans les cas où l'irritabilité prime la faiblesse, il faut calmer les nerfs avant de les tonifier. On commence alors le traitement par l'intervention des procédés sédatifs, en proscrivant impitoyablement, surtout au début de la cure, l'usage des applications excitantes de l'eau froide.
Les bains, les demi-bains, agréablement chauds, les ablutions ou les affusions faites avec de l'eau ayant une température presque indifférente, les frictions pratiquées avec un drap convenablement trempé dans de l'eau modérément rafraîchie, sont des agents hydrothérapiques capables d'apaiser l'agitation du système nerveux. Certains enveloppements mouillés faits avec des ceintures abdominales, comme celle de Priesnitz, par exemple, les demi-maillots et même les maillots humides peuvent produire des résultats analogues. Pour faciliter ces effets, il faut surveiller attentivement ces .diverses applications et notamment celle du maillot humide qui, pour obtenir l'action calmante recherchée, doit obéir à des règles très précises.
On sait que le maillot humide consiste en un enveloppement dans
un drap mouillé recouvert par une ou plusieurs couvertures de laine. Pour appliquer ce maillot on se sert du lit où le malade a passé la nuit ou d'un lit de sangle muni de son matelas. On déploie sur ce matelas deux couvertures de laine, et, on étend dessus un grand drap préalablement trempé dans l'eau froide et plus ou moins tordu. Le malade, après avoir fait une rapide aspersion sur la partie antérieure du corps, s'allonge sur le drap avec lequel on l'enveloppe très exactement en faisant passer les bordures sur la poitrine pour les rapprocher ou les réunir à la partie postérieure du tronc. La tête du patient doit être à l'air libre et reposer sur un oreiller en crin, les bras déployés le long- du buste et les pieds recouverts, soit avec l'excédant de la partie inférieure du drap, soit simplement avec de la laine quand on ne veut pas qu'ils soient mouillés. Lorsque l'enveloppement humide est bien soigneusement fait sur toute l'étendue de la peau, on emmaillote le patient avec les couvertures de laine qu'on serre un peu autour du cou pour empêcher la pénétration de l'air extérieur.
Dès que le malade a pris contact avec le drap mouillé qui sert à l'envelopper, il éprouve une sensation de froid assez vive ; ses muscles frissonnent, tremblent et s'agitent; la respiration devient haletante et le cœur a des palpitations exag-érées. Ces troubles passagers se dissipent très vite et sont^ remplacés par une sensation d'agréable fraîcheur qui dispose à l'apaisement. Cette sédation reste stationnaire pendant dix, quinze et vingt minutes. Après ce temps, les sources de refroidissement sont taries ; la chaleur s'accumule entre le drap mouillé et la peau sans pouvoir s'écbapper et rayonner au dehors. La chaleur animale, un instant abaissée, s'élève et dans sa marche ascensionnelle imprime à la circulation un cours plus accéléré et au système nerveux une suractivité plus grande. Dès ce moment, la phase de la sédation est terminée ; c'est celle de la réaction qui commence. 11 faut alors démailloter le malade, le lotionner légèrement avec de l'eau à peine rafraîchie et le remettre dans son lit où généralement il continue à bénéficier des effets ressentis pendant la première période du maillot humide.
Si l'on'remarque que la chaleur réapparaît avec trop de promptitude, on fait une seconde application du maillot qu'on sépare de la première par un intervalle de quelques heures. On renouvelle même cette opération une troisième fois dans la même journée si les phénomènes d'excitation deviennent plus accentués. Le malade ainsi traité reste dans un état de tranquillité fonctionnelle qui engourdit les excès de sa sensibilité.