DOUCHE FROIDE
jours des effets très bienfaisants. Elles rendent au système nerveux la pondération dont il a besoin pour régulariser son fonctionnement, et finissent par ranimer les forces de l'organisme sans lui infliger d'excitation malencontreuse.
C'est ainsi qu'il convient de traiter la plupart des neurasthéniques.
Assez souvent la douche tempérée suffit seule pour accomplir cette tâche thérapeutique et permet d'obtenir la guérison sans le secours d'aucun adjuvant. Néanmoins, lorsque les signes d'irritabilité sontpeu accentués et que la détresse de l'organisme semble dominer la scène morbide, on peut modifier son application et favoriser une entrée à l'eau froide. Au début, cette entrée devra être aménagée avec une grande discrétion ; mais on pourra lui accorder une plus grande prépondérance quand la cure sera bien engagée et que le malade aura recouvré une certaine énergie.
Tout en vantant cette thérapeutique réservée, je dois reconnaître que quelques malades supportent très facilement des applications froides dès les premières séances de leur traitement; et ils s'en trouvent bien. Ces bienfaisants effets méritent d'être signalés; ils sont assez rares. Beaucoup de neurasthéniques redoutent de commencer leur traitement par une douche froide; ils réclament volontiers la douche tempérée qu'ils savent être plus clémente et moins impressionnante pour leur sensibilité. Néanmoins, quelques-uns d'entre eux paraissent plus tolérants ou plus hardis; ils s'acclimatent très aisément à l'eau froide qui souvent les délivre de toutes leurs souffrances. Ces malades n'offrent pas, dans l'expression de leur symptomatologie, les véritables traits de la neurasthénie ; ils sont mâtinés d'hystérie. La névropathie hybride dont ils sont atteints n'a pas besoin d'être calmée ; il faut qu'elle soit domptée. Voilà pourquoi l'eau froide réussit.
Quelle que soit la personnalité de ces névropathes, je puis affirmer que le plus souvent la douche tempérée seule ou modifiée selon les préceptes que j'ai indiqués est un des agents thérapeutiques les plus efficaces contre la neurasthénie. Mais en reconnaissant cette sorte de suprématie à la douche tempérée, je ne dois pas oublier de dire qu'elle a besoin d'être aidée dans son œuvre curative par d'autres procédés hydrothérapiques qui agissent d'une façon particulière sur certains organes attaqués par la neurasthénie. Je m'explique.
Tous les médecins admettent que la neurasthénie est une névrose générale qui, sous l'influence de certaines causes, peut étendre ses effets nocifs dans tout l'organisme ou les localiser, selon les circons-
HYDROTHÉRAPIE DANS LA NEURASTHÉNIE CARDIAQUE. .">o
tances, sur le cerveau, sur la moelle épinière, sur le cœur et ses vaisseaux, sur l'appareil digestif ou ses annexes, sur l'appareil génitourinaire et sur les circonscriptions soumises au contrôle du nerf grand-sympathique. En pareil cas, il est souvent fort utile d'associer à la douche générale une douche locale spécialement dirigée sur les régions où la neurasthénie semble avoir concentré son action morbide.
Pour traiter les neurasthéniques chez lesquels l'épuisement cérébral est très accentué, il faut adjoindre à la douche générale une douche en pluie horizontale, à température agréable, que l'on promène doucement au-dessus du corps, en évitant de percuter directement la tête qui ne doit recevoir que de simples éclaboussures liquides.
Quand la neurasthénie est localisée dans le cordon spinal, il faut diriger la douche sur les côtés de la colonne vertébrale en ayant soin de prolonger sa durée et d'atténuer sa force de percussion. Cette douche apaise les douleurs fixées autour de la moelle épinière et diminue la surexcitabilité réflexe qui est toujours en éveil.
Lorsque le cœur paraît être la principale victime de la neurasthénie, on peut lui venir en aide en effleurant par une douche très légère la région précordiale, ou en agissant directement sur les vaisseaux capillaires cutanés, ce qui permet de donner au cœur périphérique, si bien étudié parle DrHuchard, le pouvoir de régulariser la circulation générale et de préserver le myocarde des défaillances dont il est menacé. C'est toujours à la douche tempérée générale et locale qu'il faut recourir. On peut toutefois, pour combattre ces accidents de détresse, attiédir l'eau et même la rafraîchir à moins qu'il n'existe des signes manifestes d'hypertension cardio-vasculaire. Contre cette hypertension il faut employer la douche tempérée qui est, ainsi que je l'ai démontré, la douche hypotensive par excellence. Lorsque, au contraire, ce sont les phénomènes d'hypotension qui prédominent, il convient d'essayer de petites* douches fraîches, très légères et très courtes. Dans ces circonstances difficiles, elles rendent toujours de très grands services.
Très souvent la neurasthénie détermine des accidents particulièrement tenaces dans le tube digestif et dans la plupart de ses annexes. Pour les combattre avec succès il faut employer la douche tempérée générale qu'on pourraprogressivement rafraîchir si l'impressionnabilité du malade n'est pas trop exallée. Pour compléter son action bienfaisante, il sera très utile de lui adjoindre une douche locale qu'on dirigera sur la partie la plus éprouvée de la région gastro-intestinale.
Cette douche limitée tantôt sur l'épigastre et tantôt sur la partie centrale ou inférieure de l'abdomen n'est pas toujours très bien supportée par les malades. Il faut qu'elle ait une force de percussion insignifiante et qu'elle soit, selon la pittoresque expression d'Albert Robin, répandue comme un nuage sur les régions intéressées. Même quand on parvient à lui donner cette forme nébuleuse, quelques malades ne peuvent tolérer son contact. Il faut alors lui substituer une douche analogue dirigée sur le dos etsur les lombes. Par une heureuse coïncidence cette douche exerce une salutaire influence sur les troubles gastrointestinaux ; elle engourdit souvent l'excitabilité de la moelle et contrebalance ainsi les troublantes actions réflexes qui accompagnent cette forme de la neurasthénie.
Il est nécessaire de bien régler la température de cette douche qu'on désigne communément sous le nom de douche épigastrique. On pourra aisément trancher cette difficulté pratique en prenant pour guide la dichotomie que le professeur Albert Robin a adoptée en étudiant les maladies de l'estomac divisées par lui en deux classes bien distinctes. L'une d'elles comprend tous les malades chez lesquels les phénomènes d'excitation occupent le premier plan; il les appelle des hypersthéniques. L'autre réunit en un môme groupe les malades qui présentent les signes non équivoques de l'atonie et de l'épuisement. Dans la forme hypersthénique la douche épigastrique doit être agréablement chaude, très douce et à percussion très légère. Dans la forme hvposthénique on pourra administrer une douche plus énergique et abaisser progressivement et même assez rapidement la température de l'eau.
Si les malades atteints de neurasthénie gastro-intestinale éprouvent des douleurs abdominales, il faudra employer une douche épigastrique assez chaude, qu'on pourra quelquefois transformer en une douche écossaise, à la condition bien entendu, de faire arriver l'eau froide sur les parois abdominales à la faveur d'une progression très sagement conduite. Il sera fort utile de compléter la cure hydrothérapique par l'usage de la ceinture humide, des sacs à eau chaude, à eau froide ou à glace, ou bien encore par des fomentations à l'aide de compresses chaudes.
Lorsque la neurasthénie essentielle fixe sa localisation dans les voies génito-urinaires, elle détermine des désordres que le patient n'ose pas toujours avouer et qui sont parfois très difficiles à déraciner. Dans ces cas spéciaux les symptômes d'épuisement sont très facilement appréciables au début de la neurasthénie; mais ils ne
HVDROTHERAPIE DANS LA NEURASTHENIE GENITALE. 55
tardent pas à être complètement masqués par une excitation locale dont la forme bizarre révolte même les personnes les plus impudiques. Pour atténuer ou éteindre ces perturbations désordonnées il faut toujours recourir à la douebe tempérée; et, pour accroître son action tbérapeutique, il est utile de lui associer la douche hypogaslrique tiède et à douce pression, la douche hémorrhoïdale ou périnéale el le bain de siège à eau dormante ou courante à température neutre en lui demandant ses effets les plus sédatifs. Cette immersion locale dont la température peut varier entre le trente-deuxième et le trenteseptième degré de l'échelle centigrade est très usitée et détermine, quand sa durée est suffisamment longue, une action sédative nettement marquée. Elle a le précieux avantage de pouvoir être renouvelée plusieurs fois dans la même journée. Ses effets calmants sont incontestables; ils atténuent les congestions douloureuses ou irfitativès des régions inférieures de l'abdomen et apaisent les spasmes, l'excitation, l'hypéresthésie de l'appareil génito-urinaire et des organes ou des tissus placés dans son voisinage. On les obtient assez aisément en laissant à l'eau du bain de siège une température invariable pendant toute la durée de son application.
Cependant j'ai remarqué que si dans le cours de son application, on rafraîchit un instant l'eau du bain en ayant soin, pour éviter tout mouvement de réaction, de la ramener très rapidement à son degré primitif, on parvient à faire disparaître plus promptement toutes ces excitations génitales. Cette manœuvre extrêmement délicate ne peut être convenablement exécutée qu'à l'aide de l'appareil mélangeur du bain desiège à eau courante qui seul permet de faire avec précision les imperceptibles changements de température que je viens d'indiquer. Quand on a recours à ces diverses manipulations hydrialiques il ne faut pas se hâter de faire intervenir l'eau froide. Elle pourrait réveiller des excitations intempestives qu'il vaut mieux laisser tranquillement sommeiller. Les applications froides pourront à leur tour rendre de grands services. Elles viendront utilement à leur heure. c'est-à-dire au moment précis où le malade sera complètement débarrassé de son agitation et ne témoignera que les signes caractéristiques de sa faiblesse générale ou de sa détresse génésique.
La neurasthénie, en dehors de ses localisations viscérales, dirige quelquefois son action nocive sur le système vaso-moteur. Elle modifie alors la circulation périphérie] ue et amène des troubles de sécrétion ou de nutrition dans les dernières ramifications du nerf grand-sympathique. Les malades placés sous cette influence éprouvent, surtout dans
50 HYDROTHÉRAPIE DANS LES TROUBLES VASO-MOTEURS, NUTRITIFS, DOULOUREUX.
les memores inférieurs, des sensations de chaleur et de froid dont l'alternance est pour eux fort désagréable. Leur peau devient le siège d'une transpiration plus ou moins abondante, d'altérations morphologiques irrégulièrement disséminées et parfois d'une démangeaison extrêmement pénible. Ces diverses perturbations semblent être sous la dépendance de l'excitation ou de l'épuisement du système nerveux et doivent èU"e, selon leur aspect, traitées par la douche tempérée à laquelle on adjoint la douche fraîche ou froide quand l'organisme parait trop affaibli et la douche chaude quand il a besoin d'être réchauffé. Cette douche à température variable convient aux neurasthéniques qui présentent presque en même temps des symptômes d'épuisement et d'excitation.
La neurasthénie essentielle, en dehors des manifestations que je viens d'esquisser, peut engendrer des phénomènes morbides qui ne figurent pas toujours dans son escorte habituelle. Elle est quelquefois accompagnée de douleurs musculaires, de névralgies ou de topoalgies qui exigent l'intervention des douches chaudes, des douches de vapeur ou des douches écossaises à transition très prudemment conduite.
La neurasthénie est souvent liée à des troubles de nutrition qui peuvent résider dans tous nos organes et notamment dans les centres nerveux. Quelques médecins attribuent la neurasthénie à l'irrégularité des mutations nutritives ; d'autres pensent, au contraire, que cette irrégularité est l'œuvre de la maladie de Beard. Quelle est de ces deux hypothèses celle qui se rapproche le plus de la vérité ? Je ne puis, à cette place, examiner celte question difficile ; je l'évoquerai avec plus d'assurance dans le cours de ce livre quand j'étudierai la pathogénie de la neurasthénie. Pour le moment je dois borner ma prétention à indiquer les applications hydrothérapiques qui conviennent aux neurasthéniques dont la nutrition est incorrecte.
Lorsque les actes d'assimilation ont une évolution lente et ne parviennent pas à donner aux éléments histologiques une réparation quotidienne suffisante, il faut employer la douche mixte qui, par les ' variations de sa température, peut être adaptée à la susceptibilité de chaque sujet. Elle rend de très grands services à tous ceux dont l'organisme a besoin d'être à la fois restauré et calmé.
Si l'appauvrissement constitutionnel de ces neurasthéniques est dû à une désassimilation trop rapide des substances qui ont besoin de séjourner pendant un certain temps dans notre corps pour être convenablement absorbées et par suite faciliter la rénovation
l'hydrothérapie dans la neurasthénie d'origine périphérique. r>7
de ses tissus, il faut, sans hésitation, avoir recours à la douche tempérée. Cette douche a le véritable privilège d'entraver l'accélération des échanges, de favoriser la transformation que les éléments réparateurs doivent subir pour accomplir régulièrement leur œuvre régénératrice et flnalement d'apaiser l'excitation nerveuse qui a sur la manifestation de ces désordres une désastreuse influence.
Après avoir exposé les préceptes et les règles qui doivent présider à l'application de l'hydrothérapie dans la neurasthénie essentielle il me reste, pour compléter cette étude de thérapeutique spéciale, à indiquer le rôle de l'hydrothérapie dans le traitement de la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe et de la neurasthénie symptomatique ou secondaire.
Les traits de la neurasthénie d'origine périphérique ressemblent à* ceux de la neurasthénie essentielle ; mais leur apparition est toujours précédée de troubles douloureux ou simplement congestifs obstinément fixés dans un des principaux appareils de l'organisme. Les nerfs sensitifs situés dans le voisinage du point précis où se développe cet état morbide reçoivent des impressions particulières qu'ils ne tardent à faire parvenir dans les centres nerveux médullaires et encéphaliques avec lesquels ils correspondent. Arrivées à leur destination ces impressions anormales troublent l'irritabilité fonctionnelle des centres envahis et l'irritabilité nutritive de leurs cellules. Après avoir subi une série de transformations inévitables, elles donnent naissance à de nombreuses actions réflexes que les nerfs moteurs répandent dans tout l'organisme et provoquent finalement dans les centres nerveux intéressés les modifications fonctionnelles ou somatiques qui engendrent la neurasthénie.
C'est en étudiant avec attention la ligne de succession que suivent ces phénomènes pathologiques qu'on pourra trouver la formule du traitement hvdrothérapique qui leur convient.
Et d'abord il faut toujours recourir au traitement classique de la neurasthénie, tel que je viens de le formuler. On emploiera, par conséquent, la douche tempérée pour combattre les symptômes de l'excitation, et la douche attiédie, fraîche ou même froide, ceux de l'épuisement. Il est inutile de dire que les nuances données à ces applications doivent correspondre à celles qu'offre l'allure changeante de cette névropathie.
Il faudra aussi faire un fréquent usage de la douche sédative qui devra être projetée ave,c une extrême douceur et pendant deux ou trois minutes sur les côtés de la colonne vertébrale. Cette douche est des-
58 l'hydrothérapie dans la .neurasthénie symptomatique.
tinée à apaiser l'excitabilité médullaire dont l'exagération a l'inconvénient d'accroître le nombre et la nocivité des actions réflexes qui sont toujours très nombreuses dans cette forme spéciale de la maladie de Beard.
Il faut adjoindre à ces procédés hvdrothérapiques ceux que l'on croit capables de modifier la congestion irritative ou douloureuse qui a été le point de départ de cette neurasthénie d'origine périphérique.
C'est ainsi qu'on pourra utiliser la douche chaude ou la douche écossaise à transition douce pour calmer les souffrances locales, et, employer avec profit les douches froides, courtes, chaudes, écossaises ou alternatives et même les ceintures humides pour dissiper les phénomènes congestifs. Ces diverses applications devront avoir pourpoint d'attaque la région où siègent les perturbations nerveuses et sanguines que Ton veut faire disparaître.
Quand la neurasthénie, en perdant ses caractères essentiels, est devenue symptomatique d'une affection générale ou locale, on peut encore la soumettre au traitement classique que j'ai plusieurs fois indiqué. Mais je dois ajouter que ce traitement est insuffisant pour combattre les désordres morbides dont elle est entourée et qui forment avec elle la seméilogie d'un grand nombre de maladies importantes à connaître.
Aujourd'hui les médecins, surtout ceux qui appartiennent aux nouvelles générations, croient que les maladies toxi-infectieuses, aiguës ou chroniques, héréditaires ou acquises, les maladies distrophiques ou diathésiques dont le neuro-arthritisme est le spécimen le plus encombrant, sont capables d'engendrer la neurasthénie. Ils attribuent une causalité tout aussi' puissante aux affections localisées dans un appareil organique dont elles ont compromis la structure ou le fonctionnement. Us affirment que toutes ces maladies inondent l'organisme de toxines redoutables, provoquent une altération des éléments constitutifs du sang et des tubes vasculaires qui favorisent sa circulation. Ces substances toxiques, transportées par la voie sanguine dans tous les organes, atteignent les centres nerveux où elles provoquent de profonds troubles de nutrition et des altérations histologiques sérieuses qui créent des troubles psvehiques, énergétiques et physico-chimiques ressemblant, par plusieurs points, à ceux qui caractérisent la maladie de Beard.
On peut traiter celte neurasthénie, évidemment secondaire, avec la douche dont j'ai vanté l'efficacité contre la neurasthénie essen-