TROUBLE- MÉDULLAIRES ET SENSORIELS
sèment, de palpitations cardiaques, de souffrances localisées dans la région de l'estomac et d'une série de spasmes et d'actions réflexes très pénibles. Son médecin, après un examen approfondi, déclara que la jeune femme avait un accès de neurasthénie et conseilla un traitement hydrothérapique que je fus chargé de diriger.
Les renseignements donnés parla famille m'apprirent, qu'avant la fameuse scène du boulevard, la jeune femme avait un caractère enjoué, un esprit vif et des goûts artistiques très raffinés. Lorsque je la vis pour la première fois, je fus frappé de son état d'effondrement. Sa ligure était pâle et sans expression, son regard triste et languissant ; sa voix, jadis très éclatante, n'avait plus de sonorité. Elle parlait peu et trouvait dans ce mutisme éventuel la satisfaction de ne pas avoir besoin de coordonner ses pensées. Peu rassurée sur l'état de sa conscience, elle disait volontiers que ses facultés intellectuelles avaient subi une fêlure qui les rendait impropres à leur exercice et demandait à son chirurgien de les mettre en écharpe. Elle reprochait à sa mémoire de se montrer souvent infidèle et maudissait la détresse de son attention qui paralysait l'activité de son esprit. A ces perturbations psychiques venait s'ajouter une déperdition de forces aggravée par des phénomènes d'excitation nerveuse difficiles à maîtriser. Les sens spéciaux eux-mêmes participaient à ce trouble. Les yeux ne pouvaient supporter la lumière sans éprouver des picotements désagréables; les oreilles bourdonnaient sous l'influence du moindre bruit et les parfums les plus légers offensaient son odorat. Ces désordres la préocpaient et lui faisaient croire qu'elle était au début d'une maladie grave et peut-être incurable. J'essayai de dissiper ses craintes et je parvins à lui donner de l'espoir.
Son sommeil aurait été bon et suffisamment réparateur s'il n'avait pas été entrecoupé par des rêves oniriques qui, sans raison sérieuse. persistaient longtemps après son réveil. En sortant de son lit elle ressentait aussitôt cette faiblesse matutinale qui est le signe fidèle de l'amYosthénie neurasthénique. Après ses repas elle éprouvait une agréable détente qui, malgré sa courte durée, semblait la mettre momentanément à l'abri de toute secousse importune.
A toutes ces modifications morbides qui révélaient l'existence d'une neurasthénie cérébro-spinale se trouvaient associés des troubles du nerf grand-sympathique localisés dans la plupart des viscères.
Le cœur battait faiblement et Je myocarde éprouvait, par moment, quelques défaillances. Mais le pouls était précipité dans sa marche ; il existait un véritable tachycardie compliquée d'une surélévation
TROUBLES DU NERF GRÀND-SYMPATHTÛUE. ~1
thermique manifeste, d'une démangeaison cutanée insupportable el parfois d'une hypersécrétion par tïculièrémëjnt localisée dans l^s régions de la peau les plus protégées contre le froid.
L'appétit était convenable. La malade mangeait même avec plaisir, mais ses digestions étaient lentes, pénibles et suivies presque toujours de garg-ouillements qui parcouraient bruyamment toute l'étendue du tube gastro-intestinal. Les gardes-robes étaient rares. Les urines, peu abondantes, avaient une faible densité et ne révélaient dans leur contenu qu'un excès d'acide urique et de dépôts phosphatés. Les actes de la nutrition générale ne paraissaient pas altérés.
Au moment de commencer la cure hydrotbérapique qui lui fut conseillée, elle me remit une lettre du professeur Potain dans laquelle, après m'avoir édifié sur les diverses phases et la nature de cette névrose, ce grand praticien me demandait de débuter avec une extrême douceur pour tâcher d'obtenir aussi promptement que possible l'apaisement de l'excitation nerveuse qu'il considérait comme un élément morbide très redoutable.
J'eus recours aux douches tempérées, relativement courtes afin de ne pas exagérer la faiblesse de la malade et à percussion très légère pour essayer d'engourdir sa sensibilité. Ces applications sédatives furent très bien supportées ;on put même en prolonger progressivement la durée. Mais elles ne produisirent d'effet calmant qu'après un certain temps, au bout duquel la jeune névrosée délivrée de toutes ses perturbations sensitives put prendre part aux conversations rassurantes des personnes qui l'entouraient. Elle ne tarda pas à manifester l'espoir d'être bientôt débarrassée d'une maladie qui avait failli, disait-elle, compromettre sa raison et menacer son existence. Heureuse d'assister au réveil de ses facultés intellectuelles un instant obscurcies et de retrouver son activité physique, elle témoigna une grande joie. Les idées d'autrefois firent une nouvelle apparition dans son esprit; elle parla avee effusion de la musique qui était son art favori et ajouta même, en faisant allusion au rétablissement de sa santé, qu'elle espérait bientôt chanter ce qu'elle appelait la cavatine de la guérison.
Si je rappelle ces paroles en apparence marquées d'une certaine futilité, c'est pour rassurer les nombreux névropathes qui croient la neurasthénie essentielle capable de provoquer L'effondremenl de la raison. Cette névrose a certainement je pouvoir de suspendre momentanément les facultés de l'esprit el même de les compromettre; mais elle ne parvient jamais à les détruire;