‹ La neurasthénieChapitre 75 sur 163 · NEUBA.STHENIE PROLOGUE ET ÉPILOGUE DE L'APPENDICITE · texte numérisé non relu

NEUBA.STHENIE PROLOGUE ET ÉPILOGUE DE L'APPENDICITE

Quelques-uns l'engagèrent à se faire opérer sans retard. Cette révélation le terrifia et il n'osa pas suivre immédiatement le conseil radical qu'on venait de lui donner. Il voulut temporiser; mais dans ces tristes jours d'angoisse, il finit par avoir conscience du danger qui le menaçait et se décida à prier un chirurgien de ses amis de venir à son secours. L'opération fut aussitôt pratiquée ; elle eut pour résultat immédiat de le débarrasser d'un appendice rempli de pus et enveloppé d'une encombrante flore microbienne. Quelques semaines après il sortit tout joyeux de la maison de santé où il s'était installé et dans laquelle on lui avait prodigué les soins les plus intelligents et les plus dévoués.

A peine rentré cbez lui, il fut de nouveau tourmenté par sa neurasthénie qu'il se plaisait à appeler une neurasthénie à répétition. Il attribua son retour offensif à la prolongation de séjour accordée trop facilement aux microbes intestinaux qu'on aurait dù^ selon lui, expulser plus sévèrement, à l'ébranlement occasionné par l'opération, aux perturbations morales qu'il avait éprouvées au moment où il dut prendre le parti de faire appel à la chirurgie ; il accusa même les inhalations de chloroforme de ne pas être étrangères au développement de ces accidents nerveux. En accumulant tous ces griefs, il oubliait de donner une large place à ses prédispositions morbides et aux incorrections de sa conduite.

Cette observation nous révèle que la neurasthénie peut figurer dans le prélude de l'appendicite, s'éclipser à l'apogée de cette maladie, et reparaître ensuite après l'opération chirurgicale destinée à combattre l'affection intestinale. Elle nous permet aussi d'entrevoir les liaisons qui semblent exister entre ces deux états morbides dont la généalogie n'est pas toujours entourée d'une grande clarté.

Cette question de pathogénie a été sévèrement étudiée par le professeur Dieulafoy, que l'on peut considérer comme le grand éclaireur de l'appendicite. Le très éminent médecin de l'Hôtel-Dieu de Paris, nous apprend que l'appendicite est une maladie toxi-infectieuse par excellence. Il nous fait connaître le rayonnement dangereux qu'elle répand dans son voisinage et nous montre, en les plaçant dans une éclatante lumière, les méfaits souvent obscurs qu'elle commet sur tous nos organes. On peut donc admettre avec lui que dans ses tournées malveillantes, elle est capable de troubler les fonctions de l'innervation et de provoquer dans les centres nerveux les modifications structurales qui préparent l'avènement de la neurasthénie. Ces modifications ressemblent à celles que produisent les

perversions de la nutrition et la plupart des maladies toxi-infectieuses.

Il n'est donc pas illogique de supposer que l'appendicite exerce, dans certains cas, une influence réelle sur le développement de la neurasthénie. 11 est moins facile d'expliquer pourquoi, chez quelques malades atteints d'appendicite, la neurasthénie se manifeste avant l'explosion de l'infection intestinale, et- reparaît parfois après l'opération qui a déterminé sa guérison. Ce problème est difficile, mais je ne le crois pas inahordahle.

Quand la neurasthénie se montre avaut l'explosion de l'appendicite, on peut, je crois, tenter d'expliquer cette apparition prodromique. Deux solutions se présentent à Tesprit de l'ohservateur. La première repose sur l'existence d'une congestion irritative développée sur l'appendice et dans son entourage. Il peut arriver que cette congestion reste longtemps stationnaire ; elle donne alors naissance à des impressions sensitives qui, par la voie nerveuse directe ou réflexe, finissent par atteindre les centres nerveux et les disposent, en pervertissant leur irritabilité fonctionnelle, à créer les svmptômes de la neurasthénie. Dans ce cas, on se trouve en présence de la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe.

Dans la seconde solution, la congestion irritative existe toujours; mais elle est dominée par des phénomènes morbides dont l'évolution est plus terrifiante que la sienne. Les régions où elle siège se transforment facilement en un champ de culture où viennent éclore confusément de nombreuses toxines et des colonies microbiennes très répandues. C'est là que l'œuvre infectieuse commence. Avant que l'appendicite soit parvenue à son point culminant, les substances avariées que renferme l'intestin parcourent les vaisseaux en irritant leurs parois et arrivent, par la voie sanguine, dans les centres nerveux dont elles altèrent tous les éléments histologiques. Lorsque la toxi-infection est très accentuée, les désordres cérébraux acquièrent, dans leur expression, une intensité si absorbante que les accidents neurasthéniques se trouvent momentanément éclipsés. Dans les cas moins graves les dégâts sont souvent limités à de simples troubles apportés dans les mutations nutritives des cellules formatrices et la maladie de Beard peut devenir plus apparente. Elle perd alors son caractère essentiel et devient symptomatique.

On voit quelquefois la neurasthénie se déclarer après la guérison de l'appendicite ; cette apparition tardive a sa raison d'être. Il arrive, en «'fl'et, que, malgré la précision et la pureté des manœuvres opératoires, de nombreux microbes ou des toxines non soupçonnés per-

NEURASTHENIE APPENDICULAIRE POST-OPERATOIRE.

sistent à séjourner dans la muqueuse intestinale. L'œuvre infectieuse continue à exercer sur les centres nerveux la même influence nocive qu'ils ont subie dans la période prémonitoire et les sollicite à engendrer une neurasthénie s\ inptomatique semblable à celle de la première heure.

Dans ce dernier acte de la maladie intestinale, on voit aussi survenir la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe. Elle est due le plus souvent à l'irritabilité nerveuse produite par les douleurs mal éteintes qui siègent avec persistance dans la section intestinale précédemment attaquée.

En terminant, je dois dire un mot de la neurasthénie post-opératoire.

Quelques médecins, accusent le traitement chirurgical de l'appendicite de provoquer la neurasthénie, parce que cette névrose apparaît après elle et ne semble plus avoir de rapports avec l'affection intestinale qui, à ce moment, a complètement disparu. Ce reproche est injuste ou plutôt mal formulé.

Personne n'ignore que les opérations sanglantes ont un très grand retentissement sur les fonctions de l'innervation. Quelquefois elles les troublent profondément, mais dans d'autres circonstances elles les délivrent des perturbations qui détruisent leur équilibre ou compromettent leur activité. Pour accroître les témoignages des bienfaits de la chirurgie, je désire évoquer le souvenir d'un fait depuis longtemps gravé dans ma mémoire. C'est celui d'une malade qui fut débarrassée pour toujours d'une neurasthénie, aussi désespérante que tenace, à la suite d'une opération de hernie crurale pratiquée avec une grande virtuosité par le professeur Berger. Je pourrais citer un grand nombre d'observations analogues. Cette énumération me semble inutile, car je n'ai pas besoin de traiter ici une question pratique qui a été si merveilleusement étudiée par la Société de Chirurgie.

Je rentre immédiatement dans mon sujet, non pour faire un plaidoyer en faveur de mon opinion, mais pour dire simplement ce que j'ai vu.

Beaucoup de malades atteints de neurasthénie avant l'explosion de l'appendicite ont été définitivement débarrassés de leur névrose après l'opération que l'affection intestinale avait rendue nécessaire. Ce fait est indéniable et ne doit soulever aucune controverse.

D'autres malades ont été moins heureux. Chez eux, la neurasthénie s'est immédiatement développée après l'opération. Ces cas, scrupuleusement analysés, semblent démontrer que l'opération n'est pas

NEURASTHÉNIE AI'PENDICULAIRE CAUSEE I ID GUERIE PAR L INTERVENTION CHIRURGICALE. 179

seule coupable. J'ai notamment remarqué que les malades atteints de cette neurasthénie post-opératoire avaient dans leur constitution les tares héréditaires qui prédisposent aux affections nerveuses et aux maladies humorales. Presque tous étaient des neuro-arthritiques fatalement exposés aux influences nocives des infections et des intoxications. Je dirai même que quelques-uns d'entre eux n'étaient pas encore délivrés des sérieuses angoisses qu'avaient imprimées à leur esprit les émouvants préparatifs d'une -opération redoutée.

Quoi qu'il en soit, la neurasthénie d'origine chirurgicale ne peut pas être niée.

Il est temps que je me résume. Je le fais en invitant le' lecteur à reconnaître avec moi qu'il existe entre la neurasthénie et l'appendicite des relations incontestables. Je me suis appliqué, pour en signaler la nature, à dessiner toutes les nuances que présente cette neurasthénie spéciale à laquelle j'ai donné le nom de neurasthénie appendiculaire.

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