‹ La neurasthénieChapitre 74 sur 163 · NEURASTHÉNIE APRÈS LA COLITE MUCO-MEMBRANEUSE · texte numérisé non relu

NEURASTHÉNIE APRÈS LA COLITE MUCO-MEMBRANEUSE

Dans ce type je place l'observation d'une jeune femme qui est devenue neurasthénique à la suite d'une entérite muco-menibraneuse très persistante. Cette malade issue d'une race fréquemment visitée par les névroses et par l'arthritisme a eu dans sa première jeunesse des crises de migraines, des douleurs lombaires et une susceptibilité gastro-intestinale à laquelle ses parents n'accordèrent aucune importance. Plus tard elle fut atteinte d'une véritable colite muco-membraneuse qui provoqua une grande excitabilité de ses nerfs et une manifeste dépression de ses lorces. Le médecin appelé auprès d'elle se préoccupa tout d'abord d'amoindrir les effets d'une auto-intoxication qui lui parut trop envahissante. Il conseilla en môme temps un repos absolu, l'usage de quelques antispasmodiques, des frictions générales avec de l'eau de Cologne et un régime diététique extrêmement sévère.

Cette médication améliora la santé de la malade, mais ne parvint pas à augmenter ses réserves nerveuses et son énergie. Son médecin, en la voyant languissante, affaiblie et profondément découragée, comprit qu'elle allait verser dans la neurasthénie dont l'explosion paraissait menaçante. Il l'engagea à suivre un traitement hydrothérapique qui modifia assez promptement tous les désordres de son système nerveux.

Chez cette malade la neurasthénie a bien réellement succédé à l'affection intestinale et l'on peut même supposer qu'elle a été la conséquence de la perturbation déterminée dans les centres nerveux par les douleurs que provoque l'entérite, par l'invasion de ses toxines et par l'effondrement nerveux qu'elle produit. A ces causes on peut ajouter l'influence nocive de l'arthritisme qui, en faisant pénétrer par la voie sanguine des substances toxi-infectieuses dans les centres nerveux, trouble les mutations nutritives de ces centres et les dispose à engendrer des accidents neurasthéniques. Dans ces circonstances la maladie de Beard semble perdre son cachet essentiel et devient une simple expression symptomatique. Nous rencontrerons encore cette évolution spéciale en étudiant les effets que produisent sur la neurasthénie les diverses intoxications, les infections etcertaines maladies microbiennes.

Type LIV. — Le malade classé dans ce type appartient, comme le précédent, à la famille des neuro-arthritiques. — Il a été atteint d'une entérite mum membraneuse compliquée de vives douleurs abdominales cl d'une grande surexcitabilité médullaire ei névro-motrice qui mil provoqué de nombreuses actions réflexes pathologiques. — Pendant sa convalescence, ce patient a présenté les symptômes caractéristiques de In neurasthénie. On a pu, dans ce cas, placer-

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cette névrose au second plan, l'attribuer aux désordres nerveux déterminés par l'irritation intestinale, et la considérer comme une neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe. — Traitement hydrothérapique approprié à cette forme spéciale de la maladie.

Le malade qui figure dans ce type a été atteint d'une entérite muco-membraneuse nettement compliquée d'accidents névropathiques très caractérisés. Fils d'arthritiques et de névropathes il a eu l'heureuse fortune de pouvoir supporter longtemps sans faiblir le lourd fardeau de son héritage pathologique.

Un jour, saisi à l'improviste par un grand refroidissement il fut pris de douleurs d'entrailles qui l'obligèrent à rester chez lui. Fatigué d'être condamné à une réclusion qu'il trouvait fort désagréable, il voulut faire une promenade en plein air ; mais il ne tarda pas à ressentir de vives souffrances dans le ventre et regagna promptement son domicile. Quelques jours après cette sortie intempestive, il fut atteint d'une entérite muco-membraneuse qui rendit la région abdominale extrêmement sensible et provoqua une douleur très vive dans la fosse iliaque droite. Cette manifestation névralgique fit craindre tout d'abord l'invasion prochaine d'une appendicite. La prévision-pessimiste ne se réalisa pas. La maladie suivit un cours régulier; malheureusement elle fut arrêtée dans sa marche vers la guérison par des accidents nerveux auxquels on ne s'attendait pas.

Le malade, dont les fonctions intestinales avaient à peu près retrouvé leur intégrité, ressentit tout à coup des douleurs assez vives dans la région vertébrale et éprouva, sans pouvoir en découvrir la cause, des tremblements, des frissons, des contractions et même une rétention d'urine qui, pendant quelques heures lui occasionna des malaises fort pénibles. Ces désordres dont la nature réflexe paraissait évidente déclinèrent assez vite ; mais ils furent remplacés par des perturbations mentales et physiques qui permirent de constater réclusion d'une véritable neurasthénie.

Le médecin conseilla au malade de suivre une cure hydrothérapique. On lui administra tout d'abord une douche agréablement chaude, dirigée sur les points douloureux, promenée très doucement sur les côtés de la colonne vertébrale et répandue à la fin de la séance sur toute l'étendue de la surface cutanée. On attiédit peu à peu l'eau de la douche qu'on put ensuite refroidir progressivement. Le malade supporta toutes ces manœuvres merveilleusement et eut la satisfaction devoir sa santé s'améliorer de jour en jour. •

Cette neurasthénie offre dans son évolution des particularités qui

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me semblent fort intéressantes. On ne peut vraiment pas la considérer comme une neurasthénie essentielle. Il est aussi assez difficile d'admettre qu'elle est un simple symptôme de l'entérite dont on n'a pas pu constater l'influence toxique. Elle me paraît avoir pour point de départ les prédispositions constitutionnelles du malade expressément mises en émoi par l'irritation douloureuse de l'intestin et par l'exagération de l'excitabilité réflexe de la moelle épinière. On peut donc légitimement supposer qu'elle appartient au groupe des neurasthénies d'origine phériphérique ou réflexe.

Des rapports de la neurasthénie avec l'appendicite et avec les opérations qu'exige le traitement chirurgical de cette maladie. ■ — Neurasthénie appendiculaire. — Je désire, pour terminer l'exposé des connexités de la neurasthénie avec les maladies des voies digestives, signaler celles qui me paraissent exister entre la névrose de Beard et l'appendicite. Ce rapprochement est, je crois, une tentative inédite. Je ne puis lui donner un relief convenable qu'en m 'imposant une grande attention et une sage réserve.

Les relations de la neurasthénie et de l'appendicite ne sont pas dues à de simples rapports de voisinage; elles offrent des particularités qui attestent une affinité plus intime dont j'ai trouvé le témoignage dans le recueil de mes observations. Ces observations ne sont pas, il est vrai, très nombreuses, et je dois même avouer que quelques-unes d'entre elles ont des lacunes qu'il m'a été impossible de combler. Malgré cette disette regrettable, elles ont été suffisamment significatives pour prouver que la neurasthénie est incapable d'engendrer, par sa seule influence, la maladie appendiculaire. Mais, en revanche, elles m'ont appris que la maladie de Beard voltige assez souvent autour de la terrible affection intestinale, mindiquant en même temps qu'elle choisit de préférence, pour faire son apparition, tantôt la période prodromique de l'appendicite, tantôt celle qui suit immédiatement sa guérison, que cette guérison soit obtenue par un traitement absolument médical ou par une intervention de la chirurgie.

J'ai soigné beaucoup de neurasthéniques atteints de troubles gastro-intestinaux dont la bénigne évolution n'autorisait pas à prévoir l'arrivée prochaine d'une sérieuse affection abdominale. Lorsqu'une amélioration sensible se produisait dans leur état nerveux, ils abandonnaient la cure hydrothérapique qu'on leur avait conseillée, et jô n'entendais plus parler d'eux. Cette absence n'était pas de longue durée; ils ne tardaient pas à revenir me voir et j'apprenais qu'ils

avaient subi une opération sanglante nécessitée par le développement rapide d'une appendicite ; quelques-uns étaient débarrassés de leurs accidents morbides ; d'autres, moins favorisés, appartenant presque tous à la race neuro-arthritique, se trouvaient atteints des troubles nerveux qu'ils avaient éprouvés avant l'explosion de l'appendicite et venaient demandera l'hydrothérapie de les aider à combattre cette neurasthénie de retour.

En étudiant avec soin l'histoire de ces malades, il m'a été facile de constater que l'appendicite, soit par elle-même, soit par l'opération exécutée pour obtenir la guérison, est susceptible de jouer un rôle important dans l'explosion de la neurasthénie. Je mets naturellement de côté la neurasthénie essentielle qui conserve toujours sa personnalité, pour n'envisager que la neurasthénie symptomatique et la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe.

Afin de donner à cette affirmation un point d'appui clinique, je vais citer des faits dignes d'être examinés avec une scrupuleuse attention.

Type LV.

Ce type contient le récit pathologique d'une jeune personne très nerveuse n'ayant ni antécédents morbides ni tares héréditaires. A la suite d'une crise de douleurs très vives localisées dans la fosse iliaque, elle éprouva dans la région lombaire et dans les membres inférieurs des contractures musculaires qui l'empêchèrent de marcher. Son cœur devint le siège de palpitations désagréables et manifesta par moments des signes d'arythmie. Les fonctions urinaires paraissaient affaiblies et la miction s'exécutait avec une lenteur désespérante. Bientôt après l'apparition de ces manifestations névralgiques, toutes voisines de la région cœcale et compliquées des troubles réflexes que je viens d'indiquer, la malade ne tarda pas à être atteinte d'une véritable neurasthénie, se plaignant sans relâche de sa faiblesse physique, de ses troubles sensitifs, de l'irritabilité de son caractère, de sa dépression intellectuelle et morale. On lui conseilla de suivre un traitemement hydrothérapique. Cette jeune névropathe me fit, dans sa première visite, un récit très détaillé de toutes ses souffrances en me priant de remarquer leur ordre de succession. Je n'hésitai pas à attribuer sa neurasthénie aux douleurs et aux actions çéflexes morbides qui avaient précédé son explosion. Il n'y avait d'ailleurs aucune autre cause apparente à invoquer.

Je nie décidai à lui administrer des douches agréablement chaudes

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répandues sur toute la surface cutanée, doucement projetées sur les côtés de la colonne vertébrale et discrètement localisées, à la fin de chaque séance, sur la région endolorie de l'abdomen. Quelquefois les derniers jets de cette douche étaient un peu refroidis.

Cette malade, après avoir éprouvé une sensible amélioration de son état, suspendit son traitement. Quelques semaines étaient à peine écoulées qu'elle fut atteinte d'une appendicite grave qui nécessita une intervention chirurgicale immédiate. Je la revis deux mois après cette opération. Elle ne présentait aucun signe de neurasthénie; son système nerveux avait retrouvé son équilibre et sa santé générale me parut très florissante.

En groupant tous ces phénomènes et en étudiant leur mode de succession, j'ai été amené à constater que chez cette jeune malade, dont l'organisme n'accusait aucun signe de prédisposition morbide, la neurasthénie a eu pour point de départ les douleurs intestinales et les actions réflexes qui sont venues à la suite. Ces douleurs étaient probablement la conséquence d'une congestion irritative développée autour de l'appendice cœcal. Cette congestion particulière existe souvent dans la période prodromique de l'appendicite, au moment où cette maladie élabore la grande pullulation microbienne qui menace de s'étendre dans tout l'organisme.

Je suis donc autorisé à croire que cette neurasthénie a eu une origine périphérique ou réflexe qu'elle a précisément trouvée aux portes d'entrée de l'appendicite. Je dois ajouter, pour compléter ce récit, qu'elle n'est plus revenue depuis l'opération nécessitée par la maladie intestinale.

Type LVI.

Ce type est celui d'une jeune femme constamment importunée par les accidents du nervosisme et sujette depuis sa naissance à des phénomènes d'auto-intoxication attribués à la fois à un mauvais régime et au tempérament arthritique que ses parents lui ont légué.

Elle fut, sans raison apparente, atteinte d'un accès de neurasthénie qui fut rapidement amélioré et qui disparut sans laisser aucune trace de son passage. Sa santé paraissait excellente. Malheureusement, elle fut bientôt troublée par l'explosion, aussi subite qu'imprévue, d'une appendicite qui nécessita une prompte intervention chirurgicale. Après cette opération, la neurasthénie reparut, ayant une allure identique à celle delà période prodromique. A ce moment la jeune femme n'était pas, hélas! à l'abri de lout mal; elle ressentit de grands malaises que

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l'on considéra avec raison comme les signes précurseurs d'une toxiinfection menaçante. Une nouvelle laparotomie fut pratiquée; elle compléta l'œuvre libératrice de la première, rendit la santé à l'infortunée malade et la débarrassa pour toujours de sa neurasthénie.

Je n'ai pas besoin d'insister davantage sur les péripéties de ce fait qui, malgré son laconisme, contient des détails très explicites. Il nous apprend que la neurasthénie est susceptible de se manifester dans le prologue comme dans l'épilogue de l'appendicite et peut être, dans les deux cas, symptomatique d'une toxi-infection transportée par la voie sanguine dans les centres nerveux où s'élabore ordinairement la maladie de Beard. Pour appuyer cette conception, je me contente de rappeler que la neurasthénie est restée rebelle à la première opération et n'a été guérie qu'après la seconde qui a vraiment débarrassé la région intestinale des microbes tenaces qui étaient restés obstinément enfoncés dans ce foyer pestilentiel.

Je crois rendre hommage à la vérité en disant que c'est bien la chirurgie qui, malgré les incertitudes de sa première intervention, a remporté cet important succès thérapeutique.

Je pourrais citer d'autres faits ayant de frappantes analogies avec les précédents et m'en servir pour donner plus d'amplitude à la défense de ma thèse; mais je préfère limiter mon choix et me contenter de faire l'esquisse d'un malade dont l'observation offre des détails intéressants qui méritent d'être connus. Ce sera la dernière de la série.

Type LVII.

Le malade dont je veux ici esquisser la silhouette est un homme encore jeune qui a le surprenant mérite de conduire avec une égale maîtrise l'étude de la chimie biologique, la culture des belles-lettres, les plaisirs gastronomiques et même les aventures amoureuses. Sa conversation, toujours captivante, révèle une grande érudition, un sens critique très affiné et un esprit d'analyse toujours en éveil. Il aime beaucoup les sciences médicales et ne craint pas d'aborder les difficiles problèmes de la pathogénie pour lesquels il semble avoir une prédilection irrésistible. Son goût pour la chimie biologique est excessif et il le manifeste avec une certaine complaisance, surtout quand le hasard lui permet d'observer des maladies dont la généalogie est difficile à établir.

Il déclare volontiers, même en s'adressant aux professionnels les plus renommés, que presque toutes nos souffrances ont pour point

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de départ une oxydation organique incomplète ou avariée. Ceux que ces dissertations transcendantes sur le chimisme vital importunent l'accusent d'avoir une monomanie qu'ils comparent volontiers à celle que montrait Raspail quand il voulait soutenir que les vers intestinaux étaient la cause de tous nos maux.

Ce névropathe distingué dont le front a l'aspect de celui d'un penseur et dont le regard perçant trahit parfois une déconcertante malice, semble posséder une pondération inaltérable. Erreur profonde ! Cet homme est un véritable mélancolique irrésolu et craintif; sa physionomie montre à certaines heures une empreinte de tristesse que la joie et le sourire ne parviennent jamais à effacer.

Il a eu, plusieurs fois dans sa vie, des accès de neurasthénie durant lesquels ses facultés intellectuelles, affectives et motrices, paraissaient complètement affaissées, tandis que sa sensibilité avait des sursauts qui le rendaient très malheureux. Il attribuait tous ces désordres morbides à un trouble nutritif du tissu cérébral occasionnés par des oxydations chimiques défectueuses ou viciées.

J'ai eu l'occasion de l'assister dans ses phases de détresse temporaire ; il me demandait surtout d'apaiser ses perversions sensitives qui le désespéraient et qui avaient pour résultat d'augmenter sa faiblesse. Je parvenais à le satisfaire en lui administrant des douches sédatives qui lui inspiraient une grande confiance. Elles lui procuraient toujours du calme et du sommeil.

J'avais autrefois soigné sa mère dont les fonctions digestives furent littéralement ravagées par le neuro-arthritisme et dont le système nerveux eut à subir plusieurs agressions de la neurasthénie. Elle transmit ces prédispositions morbides à son fils qui ne sut pas voir les inconvénients de ce nuisible héritage et en comprendre la gravité.

Malencontreusement éprouvé par une série d'excès de tous genres dont il n'entrevoyait pas la funeste influence, il éprouva un jour des douleurs abdominales assez vives dont la persistance provoqua un grand trouble dans ses fonctions digestives. A peine remis de ces récentes secousses, il eut un nouvel accès de neurasthénie qu'il attribua sans hésitation à une auto-intoxication déterminée par l'absorption d'aliments indigestes. Cel accès ne fut pas très violent; mais, au moment même où il paraissait être à son déclin, le malade ressentit de vives douleurs abdominales qui l'obligèrent à rester au lit. Les nombreux médecins avec lesquels il avait de fréquentes relations vinrent le voir et ne purent lui cacher qu'il était atteint d'appendicite.

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