NEURASTHÉNIE GÉNITALE FÉMININE
morbide de sa vie est une jeune femme très impressionnable qui a grandi et toujours vécu dans un milieu artistique très mouvementé. Mariée à un homme très riche pour lequel elle n'avait qu'une faible tendresse, elle se lassa bien vite de cette union conjugale mal assortie et devintamoureuse d'un jeune virtuosequi lui inspira une vive passion. Le mari, soupçonnant l'inconduite de sa femme, exerça sur elle une surveillance très active et finit par découvrir qu'elle avait de fréquents rendez-vous avec son amant. Un jour il parvint à pénétrer dans l'appartement où se trouvaient les deux amoureux et fit constater le flagrant délit où plutôt son prélude par deux de ses amis qui, dans cette triste circonstance, préférèrent agir en alguazil qu'en gentilhomme. S'ils avaient eu dans leur mémoire la magnifique apostrophe que dans le Ruy Blas de Victor Hugo, don César de Bazan lance à don Salluste qui voulait lu forcer de compromettre l'honneur de Marie de Neubourg, ils n'auraient pas été la cause d'une neurasthénie dont je les rends hardiment responsables (1).
La jeune femme, péniblement surprise par cette visite inattendue, ■perdit subitement connaissance et ne revint à elle que quelques heures après l'effraction calculée du mari.
La malheureuse créature rentra chez elle moralement meurtrie et ne tarda pas à présenter tous les signes de la neurasthénie cérébrale. Cette névrose se répandit dans presque tout le territoire du nerf grand sympathique et finit par se localiser dans l'appareil génitourinaire. La malade ressentit des douleurs iléo-lombaires compliquées de spasmes vaginaux et de leucorrhée; elles ne durèrent pas longtemps et furent remplacées par une insensibilité génitale qui frisait presque l'anesthésie. A tous ces troubles physiques de la sensibilité vinrent s'ajouter des perturbations morales fort pénibles dominées par l'absence complète de désirs vénériens.
(1) Mais doucement détruire une femme ! et creuser Sous ses pieds une trappe ! et contre elle abuser. Oui sait ? de son humeur peut-être hasardeuse ! Prendre ce pauvre oiseau dans quelque glu hideuse. Oh ! plutôt qu'arriver jusqu'à ce déshonneur, Plutôt qu'être à ce prix un riche et haut seigneur, Oui je le dis ici pour Dieu qui voit mon âme — J'aimerais mieux, plutôt qu'être à ce point infâme, Vil, odieux, pervers, misérable et flétri, Qu'un chien rongeât mon crâne au pied du pilori!
Victor Hugo.