‹ La neurasthénieChapitre 79 sur 163 · NEURASTHÉNIE GÉNITALE MASCULINE · texte numérisé non relu

NEURASTHÉNIE GÉNITALE MASCULINE

Pour modifier cet ensemble pathologique, le médecin conseilla à sa malade de Suivre un traitement hydrothérapique. Elle prit tous les jours une douche chaude progressivement refroidie, très courte et précédée d'un bain de siège à eau courante dont la température et la durée furent réglées sur la susceptibilité journalière de la patiente. Plus tard, on lui administra des douches froides générales qui furent fort bien tolérées et qui exercèrent sur tous les accidents névropathiques une salutaire influence. Pour compléter la guérison, la malade alla s'installer à la campagne, tout près d'un collège où ses enfants purent continuer leurs études.

Dans cette retraite, elle parvint à se faire oublier, à éviter des remontrances qu'aurait peut-être provoquées sa triste aventure et à retrouver dans le calme les bienfaits d'une bonne santé.

Dans ce type se trouve la véritable représentation de la neurasthénie sexuelle dans sa forme la plus exacte et la moins compliquée. Je ne crois pas qu'il soit utile de démontrer le caractère essentiel qui distingue sa généalogie et ses manifestations symptomatiques. Il se montre en toute évidence, sans qu'il soit nécessaire de lui accorder des commentaires explicatifs, que j'aime mieux réserver pour les cas qui présentent une évolution plus complexe.

Type LIX. — Neurasthénie sexuelle développée dans des conditions spéciales chez un jeune névropathe très impressionnable. — Les caractères essentiels de cette névrose ont à peu près tous fait leur apparition en même temps ; mais quelques-uns d'entre'eux ont été lents à se dévoiler et difficiles à constater. — Les phénomènes de la neurasthénie sexuelle masculine ou féminine ne sont pas toujours très apparents. Pour les découvrir il faut faire de persévérantes recherches sans lesquelles on ne peut pas bien connaître leur importance, préciser leur traitement et indiquer notamment les applications hydrothérapiques favorables. — Motifs qu'on peut invoquer pour expliquer cette tardive constatation.

Ce type représente un cas de neurasthénie sexuelle survenue presque inopinément chez un jeune névropathe dans des circonstances assez étranges. Un rendez-vous depuis longtemps préparé le mit un jour en présence d'une charmante femme qui lui inspirait une grande passion. Il croyait obtenir d'elle les faveurs les plus intimes et son rêve commençait à se réaliser, lorsqu'une piqûre d'épingle tout à fait inopportune et fortuitement dirigée sur un organe très sensible vint arrêter subitement ses amoureux désirs (1). Honteux d'être le

(I) .Même accident est arrivé au duc <]q Choiseul dans un duel d'amour avec la

jouet d'un événement particulièrement grotesque, il se hâta de rentrer chez lui. s'enferma dans sa chambre et garda un mutisme absolu sur cette regrettable aventure. Plus impressionné par le choc moral que par le choc physique dont il venait d'être victime, il ne tarda pas à éprouver une grande dépression psychique, de la céphalée constrictive, une profonde lassitude manifestement influencée par le désespoir et par la tristesse. Le malade perdit l'appétit et le sommeil; son estomac devint le siège d'un gonflement très incommode et son cœur fut tourmenté par des palpitations fort désagréables.

Dans son premier examen, le médecin reconnut tous les signes d'un grand épuisement, masqués, à certains moments, par des manifestations non équivoques d'une grande excitabilité nerveuse ; il admit l'existence d'une neurasthénie essentielle inégalement répandue dans les • appareils de la digestion et de la circulation et conseilla l'intervention de l'hydrothérapie.

Sous l'influence de ce traitement, les désordres purement somatiques furent sensiblement amendés. Mais l'accablement moral persista encore, inspirant quelques inquiétudes aux parents du malade et à ses amis.

Préoccupé de cette situation pathologique qui semblait parfois assez énigmatique, le médecin,, pour avoir des renseignements plus précis, eut des entretiens sérieux avec son client qui lui fit connaître l'exacte vérité sur l'origine de son mal. Engagé dans la voie des aveux, il lui dévoila ses défaillances génitales, l'extrême rareté de ses désirs vénériens, son humiliante frigidité, ses pertes séminales involontaires, et jusqu'à son irritabilité prostatique toujours suivie d'actions réflexes régionales fort importunes.

Tous les phénomènes que je viens d'indiquer forment le syndrome caractéristique de la neurasthénie sexuelle. Quelquefois ils suivent de très près ceux de la neurasthénie essentielle; mais souvent ils se manifestent beaucoup plus tard. Dans tous les cas ils sont assez difficiles à dépister et en général les malades ne les font connaître que lorsqu'ils leur inspirent une désolante appréhension. Ils les considèrent comme les stigmates d'une flétrissure humiliante ou honteuse qu'ils aiment mieux soustraire à tous les yeux. Parfois l'existence de

Dubarry. Louis XV appril la mésaventure *le son ministre ; il l'exila dans son domaine de Lhanteloup où il eut le Loisir de réfléchir longtemps aux vicissitudes humaines. (Histoire d'une épingle publiée vers la fin du xvni« siècle.)

ces phénomènes morbides reste longtemps ignorée des malades et même du médecin. Cela tient à ce que les organes génitaux ont des intervalles de repos pendant lesquels ils ne fonctionnent pas et ne peuvent, par conséquent, donner la mesure de leur activité.

Lorsque la neurasthénie réside dans le cerveau, dans la moelle épinière, dans le nerf grand sympathique, dans les appareils de la digestion ou dans la circulation, elle se révèle par des symptômes éclatants qui ne laissent aucun doute sur leur origine. La neurasthénie sexuelle est plus mystérieuse dans son expression, et, pour la mettre dans son vrai relief, il faut se livrer à des investigations qui parfois sont très embarrassantes.

C'est en poursuivant ces investigations avec une grande perspicacité que le médecin du malade dont je viens de commencer l'histoire put constater que la force virile de son client était foncièrement amoindrie. En apprenant qu'il était atteint de cette pénible déchéance le jeune névropathe fut profondément affligé. Son désespoir n'eut pas une longue durée ; il se résigna à accepter sa désagréable situation avec une certaine philosophie. Il disait même très plaisamment : « Les imbéciles vivent sans esprit, je puis bien vivre sans virilité ». Son médecin ne se laissa pas séduire par cette maxime paradoxale et il engagea son client à faire un voyage d'agrément. Ce déplacement ne produisit qu'un effet restreint. On lui conseilla alors de suivre un nouveau traitement hydrothérapique.

Il prit d'abord une douche tempérée assez courte, puis des douches progressivement rafraîchies et finalement des douches froides que l'on fit précéder par une douche périnéalepour combattre les troubles de la prostate et par des bains de siège à eau courante pour combattre les effets énervants engendrés par les déperditions séminales. Cette double action sédative et reconstituante de l'hydrothérapie améliora la santé du malade, dissipa la tristesse de son esprit et lui rendit son ancienne vigueur.

Je désire citer maintenant l'exemple de quelques malades dont la neurasthénie sexuelle a eu pour point de départ un abus immodéré des plaisirs, soit que cet abus provienne d'une série d'actes de copulation trop souvent renouvelés, bien que normalement accomplis, soit qu'il trouve son origine organique dans la perversion perveuse qu'engendrent souvent les jouissances charnelles incorrectement provoquées.

Les excès génésiques, surtout ceux qui surviennent après une longue abstinence, la masturbation souvent renouvelée et spéciale-

Page 1