‹ La neurasthénieChapitre 8 sur 163 · LE PROFESSEUR ALBERT ROBIN ET LE DOCTEUR HUCHARD · texte numérisé non relu

LE PROFESSEUR ALBERT ROBIN ET LE DOCTEUR HUCHARD

Mon devoir et surtout mon plaisir m'invitent à ajouter aux noms que je viens de citer celui du professeur Albert Robin. On peut, sans courir le risque de se tromper, considérer ce prodigieux praticien comme un des plus grands champions de la thérapeutique française. Son esprit se montre toujours rebelle aux conceptions théoriques, même les plus brillantes et n'admet que les hypothèses qui lui paraissent conformes à la réalité des faits. Cet investigateur infatigable a le don précieux de savoir bien saisir l'évolution des troubles fonctionnels qu'il considère comme le prélude inévitable de nos principales affections organiques. Il les décrit avec une précision remarquable, et l'importance qu'il leur accorde explique la ténacité avec laquelle il cherche à anéantir leur évolution. Quand on a la bonne fortune d'assister à cette lutte, on est souvent tenté de le comparer à un général d'artillerie qui, après avoir sûrement dressé ses batteries, marche résolument à l'assaut d'une position difficile. Ses œuvres toujours consultées contiennent des faits très intéressants et des exemples heureusement choisis qu'il a eu le mérite de bien encadrer et de dessiner avec une parfaite certitude. Tous ces ouvrages méri tent d'être lus avec attention et constituent un guide précieux pour tous les praticiens. On a créé pour lui, récemment, la chaire de thérapeutique clinique. Nul n'était mieux préparé que lui pour occuper ce poste de combat.

Après le professeur Albert Robin, je désire parler du docteur Huchard. Ce très distingué confrère est considéré par la plupart des médecins et par beaucoup de journalistes comme un des meilleurs écrivains de notre corporation. Son style est aussi alerte que sobre et sa peinture, quand il veut s'en servir pour présenter au public un tableau pathologique intéressant, a des reflets lumineux parfois très resplendissants.

Sa narration n'est jamais encombrée et se trouve parfois émaillée de boutades ou de saillies qui la rendent très saisissante. On a toujours cette impression en parcourant ses nombreux articles de son Journal des Praticiens, soit qu'il les signe tout seul. — ce qui arrive souvent, — soit qu'il associe son nom à celui du docteur Fiessinger, son bras droit, un bras droit dont la main conduit la plume avec une vigueur et une dextérité incomparables. On est tout aussi intéressé quand on lit son remarquable ouvrage sur les maladies du cœur, qui fait de lui le continuateur du grand Potain dont la science n'était égalée que par sa bienveillance et par son dévouement. Je ne puis oublier de mentionner le traité que le docteur

LES PROFESSEURS À. FuURNIER ET BOUCHARD. 11

Huchard a écrit sur les névroses. Ce traité est un legs du regretté professeur Axenfeld. ce médecin poète toujours prêt à déployer dans ses leçons scientifiques les ressources d'une imagination brillante qui enthousiasmait tous ses auditeurs. La personnalité du docteur Huchard se dégage plus facilement dans son recueil de Consultations Médicales où il trace avec une grande aisance des silhouettes dont on admire les principales lignes. Celles qu'il a consacrées aux névropathes ou plutôt aux hystériques sont brossées à grands traits et, bien que quelques-uns de leurs caractères soient intentionnellement dans l'ombre, on reconnaît les figures qu'il a voulu représenter. En les examinant avec attention, on devine qu'il n'a pas une grande sympathie pour ses modèles et que, le plus souvent, il aime mieux les faire poser à distance. Ces précautions, qu'il croit nécessaires, ne l'empêchent pas d'en faire une image très exacte qu'on peut sans hésiter considérer comme une véritable production artistique.

Je dois placer dans cette galerie deux maîtres justement célèbres, le professeur A. Fournier et le professeur Bouchard. Ils ont joué l'un et l'autre un grand rôle dans l'évolution de la médecine contemporaine : le premier, par sa puissance investigatrice qui lui a permis de découvrir dans tous les replis de l'organisme humain les traces d'une affection redoutable dont il connaît et sait combattre tous les méfaits; le second, par ses merveilleuses tendances généralisatrices qui l'ont conduit à la découverte de groupes et de familles morbides dont il est parvenu à éclairer la nature et à préciser le traitement. L'un et l'autre ont une vaste érudition et possèdent l'enviable privilège de donner à toutes leurs œuvres une forme littéraire séduisante et pure. Ces remarquables qualités, rehaussées par une grande honorabilité professionnelle, leur ont permis de créer un centre de ralliement autour duquel vient se ranger une armée de prosélytes. Dans ce fascicule, je serai souvent obligé, en étudiant les éléments pathogéniques de la neurasthénie, d'invoquer les idées et les doctrines de ces deux grands professeurs.

Je désire placer à côté de leurs noms celui de l'éminent professeur Guyon dont la science et la probité sont universellement appréciées. Ses cours étaient suivis avec une fidélité inlassable et ceux qui ont eu la satisfaction d'entendre ou de lire ses leçons d'ouverture les trouvent très ingénieusement conçues. Quelques-unes d'entre elles et notamment celle dans laquelle il développe ses idées sur l'éducation clinique sont de véritables chefs-d'œuvre.

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