‹ La neurasthénieChapitre 7 sur 163 · LES PROFESSEURS RAYMOND ET BRISSÂUD . M · texte numérisé non relu

LES PROFESSEURS RAYMOND ET BRISSÂUD . M

comme Marc-Aurèle, dont le stoïcisme lui semble trop rigoureux. C'est bien chez le poète de l'Ombrie qu'il a trouvé ces précieux trésors que, dans ses jours d'abandon, il montre avec autant de bonhomie que de modestie. Tous ceux qui l'ont entendu dans ses leçons ou dans des discours officiels admirent l'originalité de ses conceptions, la richesse de ses métaphores et l'éclat particulier de ses images. Il a beaucoup grandi depuis ses débuts dans le décannat; il supporte ce fardeau professionnel avec une grande dignité et une superbe désinvolture.

Je peux choisir parmi les neurologistes qui parlent ou écrivent admirablement les professeurs Raymond et Brissaud.

Nous devons au professeur Raymond des leçons dont l'exposition, bien que rappelant l'aspect sévère d'une démonstration anatomique, est absolument parfaite. Dans les ouvrages qu'il a faits en collaboration avec le professeur Janet, et où l'on devine souvent les marques de sa griffe personnelle, et surtout dans ses dernières leçons cliniques, on voit avec plaisir que cet éminent neurologiste cherche à donner à son fond scientifique qui est inépuisable un cachet littéraire fort intéressant. Cette tendance, qu'il accentue de jour en jour, mérite d'être louée. Elle permet d'apprécier avec quelle sûreté il sait dissiper la confusion qui entoure la pathogénie des maladies nerveuses et découvrir le traitement qui convient à chacune d'elles.

Le professeur Brissaud, un savant élevé à l'école des Lettres et des Beaux-Arts, a été le collaborateur préféré d'un grand nombre d'ouvrages scientifiques qui lui ont donné promptement un renom très enviable. Il n'a publié qu'un seul livre de leçons cliniques parmi lesquelles figurent avec honneur celles qu'il a faites à la Salpétrière après la mort de Charcot. Elles sont toutes savamment conçues, et les diverses personnalités morbides qu'elles renferment s'y trouvent profilées avec une grande virtuosité qui atteste les brillantes qualités du jeune maître. Sa culture littéraire ne se manifeste pas seulement dans ses écrits; elle se révèle, et sans le moindre effort, dans tous ses discours, qui lui permettent de dépasser l'intarissable provision de ses richesses. J'en ai trouvé la preuve dans la séduisante allocution qu'il prononça en 1904 à l'ouverture du Congrès de Pau dont il était le président. Il voulait démontrer à la docte assemblée que Bordeu devait être considéré comme un véritable précurseur de la science neurologique. Pour mieux défendre sa thèse, il imagina de faire de ce célèbre médecin un prodigieux portrait qui provoqua l'admiration de tous ses auditeurs.

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