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NEURASTHÉNIE. — PSYCHOSES ET DÉGÉNÉRESCENCES

suels. Quand l'excitation génésique qui gouverne tous leurs actes est à son apogée, la neurasthénie ne trouve aucune place dans cet organisme désemparé; elle ne fait son apparition que lorsque les troubles de la perversion sensitive sont remplacés par ceux de l'épuisement. Alors seulement le médecin peut intervenir et soumettre ces perverties à un traitement qui, s'il n'est pas complètement efficace à l'avantage d'être plus humain que celui qu'on leur imposait à Sparte où les Archontes les condamnaient à un ostracisme très rigoureux.

Voici d'ailleurs ce qu'il convient de faire lorsque leur système nerveux est tombé dans une grande prostation. On peut essayer de recourir aux douches reconstituantes dont beaucoup de malades se plaisent à vanter les bienfaits. Mais pour maintenir leur vertu réparatrice il ne faut pas les rendre trop excitantes. On ferait ainsi une fausse manœuvre qui aurait pour conséquence de réveiller une agitation importune et peut-être funeste qu'il est indispensable de laisser profondément sommeiller.

Type LXV.

Je n'ai pas besoin de mettre en pleine lumière le profil des malades que je suis contraint de classer dans ce type. Ce sont des neurasthéniques de contrebande ou, si l'on veut, très étrangement mâtinés chez lesquels les svmptùmes de la maladie de Beard se trouvent associés par hasard à des troubles génésiques qu'on rencontre très rarement dans cette névrose. C'est ainsi que quelques malades appartenant à cette catégorie ont parfois des traits qui rappelent vaguement ceux du sadisme, du satyriasis, de l'érotomanie, du priapisme et de la nymphomanie.

Lorsque ces perversions génésiques évoluent sous une forme épisodique et n'amènent qu'un dévergondage atténué, la neurasthénie peut accepter ces satellites dans sa représentation. L'hydrothérapie est alors fort utile; à la condition de faire appel à ses applications les plus sédatives. Si, au contraire, les malades manifestent des goûts dépravés ou de ces fureurs erotiques extravagantes qui parfois les excitent à transformer les rendez-vous amoureux en saturnales répugnantes, ils ne sont plus de vrais neurasthéniques; ils doivent être encadrés dans le groupe des psychopathes ou des dégénérés. L'hydrothérapie est tout à fait insuffisante pour la plupart d'entr'eux. Leur traitement exige une autre orientation et un cérémonial thérapeuthique plus rigoureux.

Âperru rapide sur l'évolution de la neurasthénie sexuelle chez

ÉyOLUTION DE LA NEURASTHENIE SEXUELLE CHEZ LA FEMME. 491

r homme et chez la femme. — Pour exposer dans toute leur nudité les types de neurasthénie sexuelle dont Ténu nïération vient d'être faite, je me suis volontairement abstenu de commenter ou d'analyser leur mode d'évolution. Je puis, maintenant que leur liste est close, prendre ma revanche et révéler tous les renseignements cliniques que ces types peuvent fournir aux praticiens. Dans cet aperçu,, qui naturellement sera très raccourci, je vais mettre en relief la part qu'on peut attribuer à certaines influences causales dans le développement de la neurasthénie sexuelle, saisir le& nuances qu'offre cette névrose dans son expression symptomatique chez la femme comme chez l'homme et indiquer les applications hydrothérapiques qui conviennent aux modalités changeantes de cette affection.

La neurasthénie sexuelle trouve certainement son origine dans les causes banales de la maladie de Beard, dans les altérations histologiques ou fonctionnelles que produisent certaines maladies toxiinfectieuses héréditaires ou acquises. Mais il faut reconnaître que les abus sexuels, l'onanisme, les perversions génésiques ont une grande influence sur son développement et sur l'allure de ses manifestations. Ces causes spéciales amènent des désordres génito-urinaires qui sont naturellement variables dans leurs manifestations chez l'homme et chez la femme, mais qui possèdent le triste privilège de provoquer dans les deux sexes une profonde perturbation du système nerveux.

Chez la femme la neuraslhénie sexuelle commence par des troubles idéo ou excito-moteurs ressemblant à ceux qui accompagnent ordinairement la forme essentielle de la maladie de Beard. Mais ces phénomènes initiaux ne tardent pas à être remplacés par un épuisement génital qui a souvent pour résultat d'amoindrir ou d'éteindre les désirs amoureux, d'inspirer par moment une véritable répulsion pour l'acte vénérien et de provoquer dans la région clitoridienne des perversions bizarres qui se rapprochent de l'anesthésie. Il existe en même temps des troubles d'irritation congestive disséminés dans les organes du bassin où se développent des foyers d'actions réflexes qui se répandent presque sans interruption dans toutes les régions du voisinage. Lorsque ces actions réflexes ne s'éloignent pas trop de leur point de départ, elles complètent simplement la symptomatologie de la neurasthénie sexuelle. Mais si elles parviennent jusque dans les centres nerveux, elles peuvent donner naissance à une neurasthénie secondaire d'origine périphérique ou réflexe.

Chez l'homme les accidents neurasthéniques ont un caractère spécial dont il n'est pas toujours facile de surprendre l'évolutjon et qu'il

importe de bien connaître. Beaucoup de névrosés éprouvent des troubles sensitifs et moteurs dans les régions les plus accessibles de l'appareil génito-urinaire. Ils sont sujets à des névralgies ou plutôt à une liyperesthésie qui peut occuper toute la longueur de l'urèthre, se limfter parfois à sa portion spongieuse ou bien s'étendre jusqu'aux testicules. Cet accroissement de la sensibilité est suivi de spasmes douloureux et particulièrement d'une irritation prostatique avec ou sans écoulement qui est le point de départ d'actions réflexes dont les manifestations jettent parfois un grand trouble dans l'esprit du malade. A côté de ces symptômes de neurasthénie sexuelle il en faut placer d'autres qui ont une plus grande importance et parmi eux mettre au premier rang- la spermatorrhée et l'affaiblissement de la force virile qui parfois se transforme en impuissance.

La spermatorrhée dont le caractère fondamental consiste en une évacuation involontaire de la liqueur séminale ne se révèle pas toujours de la même façon. Quelquefois elle apparaît nettement ; mais dans d'autres circonstances que favorisent la fausse honte ou l'ignorance du malade, il est assez difficile de découvrir son existence. Il me paraît donc nécessaire d'étudier les attitudes et l'aspect extérieur de ces malades bizarres et rebelles qui ne sont en définitive que des névropathes invétérés ou héréditaires. Cet examen peut donner l'idée d'entreprendre des investigations plus démonstratives et permettre de découvrir la spermatorrhée qui est un des symptômes primordiaux de la neurasthénie sexuelle.

Je n'ignore pas que la spermatorrhée peut exister en dehors de la neurasthénie sexuelle et dépendre de plusieurs causes qui n'ont aucune connexité avec la maladie de Beard. J'indiquerai tout à l'heure qu'elle, peut être due à une action mécanique exercée sur les glandes séminales, à l'influence de maladies organiques ou fonctionnelles situées dans leur voisinage, au phimosis, au varicocèle, aux fissures anales, à la présence de vers dans l'intestin. Je citerai même dans le prochain chapitre, des exemples attestant que la spermatorrhée peut provoquer la neurasthénie. Mais à cette place je ne dois avoir en vue que les cas dans lesquels les évacuations séminales involontaires sont sous la dépendance de la neurasthénie sexuelle. Quoique reléguées au second plan elles ont sur les organes génitaux une action nocive qui ne tarde pas à impressionner tout l'organisme.

Sous leur influence l'acte vénérien perd peu à peu son énerve, l'éjaculation devient de plus en plus rapide, la verge reste flasque et toujours humectée, — ce qui taisait dire à un malade que son raem-

bre viril ressemblait à un saule pleureur, — les sensations voluptueuses se développent péniblement, et le malade devient frigide, impuissant ou infécond. Cette stérilité qui dépend surtout d'un accouplement avorté ou d'une éjaculation trop prompte n'est que momentanée à moins que les testicules ne soient sérieusement attaqués.

A côté de ces désordres localisés dans les voies génito-urinaires il en existe d'autres qui se manifestent dans d'autres appareils organiques. L'appétit est souvent troublé, les digestions sont pénibles et irrégulières ; la diarrhée survient sans raison justificative et alterne avec la constipation ; les mutations nutritives perdent leur régularité et provoquent parfois un grand amaigrissement dont l'aspect est exagéré par une visible décoloration de la peau. Certains malades tombent dans le marasme; leur pouls bat lentement et faiblement; des douleurs passagères mais violentes surviennent dans la région précordiale et sont parfois accompagnées de palpitations, de toux sècbe, d'étouffements et même d'une altération de la voix qui semble avoir perdu son volume, son timbre et son éclat. La lassitude éprouvée par le patient s'accentue tous les jours, ses forces s'épuisent et les membres inférieurs semblent privés de leur pouvoir moteur. L'organisme se détériore, et le système nerveux, surpris par l'invasion de cet effondrement, n'a plus l'énergie de conserver sa pondération et sa puissance régulatrice. L'infortuné malade tombe dans une grande prostration et devient aisément paresseux, irritable, mélancolique et hypocondriaque. Il offre bien alors tous les traits de la. neurasthénie sexuelle, surtout de celle qui se développe sous l'influence des excès vénériens, des perversions génitales ou de la masturbation. Mais pour que ce délabrement si attristant produise une nocivité très accentuée il faut que l'organisme de cette victime renferme dans toutes ses libres des prédispositions flagrantes innées ou acquises aux accidents neurasthéniques.

Ces prédispositions apparaissent souvent dès la première jeunesse; il est indispensable de les connaître. Elles se traduisent par un tempérament délicat et impressionnable, par une imagination exaltée et rêveuse, par une sensibilité physique avide d'émotions et par une irritabilité psychique qui rend presque toujours l'esprit du sujet inquiet, irrésolu et mécontent. Lorsque l'enfant devient liomme, il recherebe les plaisirs voluptueux avec une véritable frénésie. Ne connaissant pas l'importance et le danger de ces dépenses vitales', il escompte l'avenir, use sans discernement ses forces organiques et favorise sans le savoir le développement de la neurasthénie sexuelle.

494 NEURASTHENIQUES VICTIMES DE LEUR NATURE IMPULSIVE OU DE LEUR TIMIDITÉ.

A côté de ces prodigues se trouvent des individus dont la timidité insurmontable les empêche de rien oser.

Ce sont deux frères siamois de la neurasthénie sexuelle. Ils sont presque toujours exposés aux misères de la spermatorrhée et à des défaillances génitales qui vont de la simple frigidité à l'impuissance et même à la stérilité. Ces névrosés déchus sont toujours exposés à une agitation factice qui a le triste don d'exalter ou de pervertir leur sensualité et d'augmenter leur faiblesse.

Il est donc rationnel, si l'on veut faire acquérir à l'organisme la résistance dont il a besoin à certaines heures, d'apaiser sérieusement sa sensibilité nerveuse et de régulariser sa tonalité.

Le traitement hydrothérapiquc est toujours, pour ces malades, extrêmement secourable. Parmi tous les procédés qu'il met à notre disposition pour produire les effets sédatifs, révulsifs, résolutifs et toniques dont tous ces infortunés ont besoin, je choisis de préférence la douche tempérée, à percussion légère, ayant une durée assez longue, répandue très également sur tout le corps et localisée convenablement sur la région du bassin. Il est important, au moment où l'on clôture cette opération apaisante, de rafraîchir, au besoin même de refroidir progressivement l'eau de la douche qui doit être toujours projetée sur le sujet avec une très grande rapidité. L'action de cette douche est très salutaire et les malades savent presque tous en apprécier les bienfaits. L'un d'eux qui avait, malgré ses défectuosités nerveuses, conservé l'intégrité de ses facultés d'analyste, disait volontiers : « La première partie de cette douche a le pouvoir de calmer l'ardeur et l'irrégularité de mes désirs, la seconde me donne la tentation de réaliser ceux qui me restent. »

Je suis heureux de pouvoir rendre hommage à la valeur curative que montre l'hydrothérapie dans les cas difficiles de neurasthénie sexuelle. Cette louange ne peut soulever dans le corps médical aucune controverse. Mais je me hâte d'ajouter que, pour permettre à ces névrosés spéciaux de bénéficier largement de cette méthode de traitement, il faut en même temps leur faire connaître les prescriptions hygiéniques qui doivent gouverner le fonctionnement régulier de la vie génitale.

Le médecin est quelquefois embarrassé pour donner à chaque consultant un avis qui lui apprenne à réglementer sagement l'exercice de ses actes génitaux. Néanmoins, il me semble que cette thérapeutique toute spéciale peut rendre de grands services, si le praticien qui la dirige a du tact, de la délicatesse et du bon sens. Même en restant

EFFErS DE LA. CONTINENCE ET DE LA CHASTETÉ SUR LA NEURASTHÉNIE SES.UELLE. 195

confiné clans les préceptes généraux que nous révèle l'étude de cette question médico-sociale, il pourra toujours trouver l'occasion de donner un conseil utile.

En principe comme en fait, on peut dire que la privation des plaisirs sexuels est antinaturelle et contraire aux lois qui président à la reproduction de l'espèce humaine. Dans les milieux humains, on considère la chasteté comme un acte de soumission et d'obédience à certaines obligations sociales ou religieuses. Les médecins l'interprètent autrement et conseillent quelquefois d'en adoucir les rigueurs. On sait que les g'ens continents, surtout quand ils se trouvent dans cette période de la vie où le sens génital est très développé, ont des perturbations nerveuses et souvent des pertes séminales involontaires précédées ou suivies de désirs lubriques assez prononcés. Ces pollutions anormales sont quelquefois les simples manifestations d'un acte physiologique ; il ne faut vraiment s'en préoccuper que lorsqu'elles se produisent trop fréquemment. Dans ce cas, l'émission spermatique involontaire détermine des troubles nerveux; et le médecin a le droit de demander si, pour les guérir, il ne convient pas d'interrompre la continence qui semble être la cause de tout le mal produit. Le mariage est quelquefois un moyen de guérison ; mais il n'est pas acceptable par tous les malades et notamment par ceux que des vœux éternels condamnent à un rigoureux célibat. On doit conseiller à ces derniers de vivre à l'abri de toute agitation troublante, leur prescrire une vie diététique aussi uniforme que sévère et les engager à faire des applications hydrothérapiques quotidiennes suivies de frictions et d'exercices en plein air.

A côté des neurasthéniques que trouble la continence, il faut placer ceux dont la névrose semble être fatalement liée à l'onanisme. L'abus des plaisirs solitaires, surtout quand il a commencé dès le jeune âge, produit dans les deux sexes des flétrissures difficiles à réparer. Il déflore les sentiments les plus purs, corrompt l'imagination et jette une grande perturbation dans les habitudes ou dans les mœurs de ceux qui en sont les victimes. Il faut que le médecin accepte la rude tâche de corriger ces dépravations humiliantes. Il pourra l'accomplir avec profit s'il parvient à soumettre ces névropathes étranges à un traitement physique sévère dont l'hydrothérapie lui fournira les meilleurs éléments. Il devra aussi rendre l'esprit de ces blâmables délinquants plus prévoyant en «'efforçant de leur faire comprendre les grands préceptes qui sont au frontispice de la morale et de la dignité humaine.

196 LA SPERMATORRHÉE CHEZ LES NEURASTHENIQUES.

Je puis aussi signaler à l'attention des médecins moralistes ces neurasthéniques manifestement troublés par le rôle qu'ils attribuent aux pertes séminales involontaires dont ils sont atteints. Leur mentalité est parfois irrégulière et mérite d'être surveillée. Ils vivent volontiers dans une quiétude parfaite et considèrent les pollutions nocturnes — si, bien entendu, elles ne sont pas suivies d'un profond engourdissement, — comme une exagération de leur puissance. Cependant, à la longue, leur opinion se modifie complètement ; ils finissent par croire que cette déperdition séminale irrésistible est dangereuse. Quelques-uns d'entr'eux ont parfois l'idée de la considérer comme une véritable offense à leurs sentiments religieux, à leurs conceptions spiritualistes et à leur chasteté volontaire. Cet état d'âme exige un traitement spécial. On le constate assez souvent chez les neurasthéniques.

D'autres névropathes ont sur leur spermatorrhée des appréciations assez étranges. Pour eux, l'éjaculation séminale ne doit avoir lieu que dans les circonstances naturelles qui la rendent nécessaire. En dehors de ce cas spécial, elle constitue une dépense regrettable qui empêche le sang- d'être régulièrement traversé par la liqueur spermatique à laquelle ils attribuent la puissance de faire éclore dans notre cerveau les idées les plus énergiques, les plus élevées et même les plus poétiques. Le médecin doit écouter ces bizarres divagations; il peut même les souligner d'un sourire ou les amortir par un geste discret, mais à la condition de donner à la raison de ces malades une direction sûre et éclairée.

Il me reste, pour compléter la révélation des faiblesses secrètes qui escortent souvent la neurasthénie génitale, à mentionner celles qui se révèlent dans les deux sexes par l'absence des désirs vénériens et chez l'homme par une brèche plus ou moins réparable faite à sa virilité. J'ai déjà indiqué l'action thérapeutique qu'il faut mettre en jeu pour modifier ces situations délicates. Je n'en reparlerai pas. Mais je dois, pour terminer cette étude de psychothérapie spéciale, donner une appréciation sommaire sur l'influence que l'acte normal de la copulation humaine peut avoir sur le développement de la neurasthénie sexuelle.

Le barème qui règle la faculté génitale varie selon chaque personnalité et ne peut pas servir à préciser la force de résistance de cette faculté humaine. Il est toujours difficile, sans frôler une description presque pornographique, d'indiquer le moment où sa mise en œuvre devient excessive ou nuisible. Les médecins, les philosophes, les

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