‹ La neurasthénieChapitre 83 sur 163 · NEURASTHÉNIE. — ABERRATION SENSUELLE · texte numérisé non relu

NEURASTHÉNIE. — ABERRATION SENSUELLE

énervant, elle résolut de le quitter pour se réfugier chez un maître de danse qui l'aimait beaucoup et qui lui fit un très bon accueil. Il s'intéressa à elle et parvint à la transformer promptement en un sujet chorégraphique de haut parage. Cette nouvelle carrière lui permit d'acquérir une renommée très promptement répandue dans le monde par une légion de jeunes gens qui formaient autour d'elle une cour assidue de galanterie dont elle était la déesse préférée. Quelques-uns d'entr'eux qui avaient conservé le souvenir de la langue latine disaient, en parlant d'elle, que c'était la notissima fossa du Jardin des Fleurs.

Cette vie bruyante et passablement dévergondée détruisit ses forces physiques, rendit son esprit inquiet et fit éclater un grand accès de neurasthénie. Presque toujours étendue sur un sopha, elle étalait volontiers cette souplesse nonchalante d'une odalisque que Labadie- Lagrave considère comme un stigmate de la neurasthénie levantine. Ses grands yeux bleus autrefois si expressifs avaient perdu tout leur éclat; ses lèvres, volontairement mi-closes, murmuraient tout bas des paroles qui semblaient révéler l'anéantissement de toutes les impressions sensitives. Elle ne dormait plus, marchait péniblement et se nourrissait à peine.

Les applications reconstituantes de l'hydrothérapie, exécutées deux fois par jour pendant plusieurs mois consécutifs, ranimèrent, l'activité physique et morale de la malade, qui eut un instant l'idée de recommencer ses anciennes fredaines. Cette détermination s'évanouit comme un feu de paille, car on ne tarda pas h apprendre qu'elle s'était réfugiée dans un asile religieux dirigé, je crois, par les sœurs de la Sagesse. Ces saintes femmes consentirent à venir à son secours et l'aidèrent à effacer par des actes de contrition sincère le souvenir de sa vie agitée. Je ne puis, à mon grand regret, dire ce qu'est deve nue la neurasthénie de cette étrange repentie.

Type LX1V.

Je pourrais placer dans ce type des cas innombrables de neurasthénie sexuelle développée chez les jeunes femmes qu'on désigne quelquefois sous le nom poétique de Filles de Lesbos. Les tribades, comme on les appelle plus vulgairement aujourd'hui sont dominées par une perversion sensuelle qui les rend esclaves de la volupté. Sous cette influence passionnelle elles ont pour l'homme une assez grande répulsion et manifestent une particulière tendresse pour la femme qui devient pour elles une source intarissable des véritables plaisirs sen-

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