‹ La neurasthénieChapitre 90 sur 163 · ROLE DES ACTIONS RÉFLEXES DANS LA SPERMATORUHÉE · texte numérisé non relu

ROLE DES ACTIONS RÉFLEXES DANS LA SPERMATORUHÉE

produit par cette irritation spéciale. Le professeur Guyon a plus tard -préconisé ces cautérisations5i mais en interprétant plus judicieusement leurs effets thérapeutiques. Son expérimentation, guidée par un sens clinique impeccable, lui a permis de dire que les cautérisations au nitrate d'argent modifient la sensibilité de l'urèthrc et tarissent ainsi la source des actions réflexes morbides dont je viens de parler. Il faut avoir recours à elles ; mais je ne crains pas de dire que leur action curative est facilitée par l'hydrothérapie qui, dans ces circonstances spéciales, possède le privilège de restituer aux centres nerveux de l'encéphale et de la moelle leur régularité fonctionnelle.

A côté des effets que la blennorrhagie est capable de produire sur la neurasthénie consécutive, je dois parler de ceux qu'on attribue aux excès vénériens et à la masturbation abusive dans la génération de ces deux états morbides.

Pour certains auteurs, l'abus du coït et de l'onanisme suffit pour expliquer l'explosion de pertes séminales involontaires. D'après eux, ces désordres génitaux, en déterminant un afflux de sang dans les parties sexuelles, engendre toujours une congestion plus ou moins durable. Elle disparaît lorsque les organes surexcités retrouvent leur calme habituel; mais elle peut devenir permanente quand l'excitation génésique est trop démesurément renouvelée. Il arrive alors que les glandes viriles, trop fréquemment sollicitées, opèrent une sécrétion abondante que les conduits séminifères ne peuvent plus retenir. Ce débordement irrésistible provoque la spermatorrhée et détermine des accidents névropathiques très appréciables.

Telle est la thèse que je rencontre devant moi. Si on veut bien ne lui accorder qu'une importance relative, elle est acceptable et je l'admets très volontiers. Mais quant on veut lui attribuer un caractère absolu et qu'on prétend que la spermatorrhée et la neurasthénie qui la suit sont toujours dues à l'influence pernicieuse des deux grands abus que je viens d'indiquer, elle ne me paraît plus satisfaisante. L'observation des faits autorise le cloute et semble me donner gain de cause.

Si parfois, assez rarement du reste, l'acte du coït et celui de la masturbation souvent répétés déterminent des uréthrites. des prostatites, des cystites et même des orchites, il n'est pas démontré que leur premier effet se traduise par une congestion. J'aime mieux croire, avec Cl. Bernard et Brown-Séquard, que ces mano'iivivs produisent d'abord une suractivité vitale dans les organes génito-urinaires qui ne se congestionnent réellement qu'après avoir été très surexcités.

Cette irritabilité fait naître des impressions sensitives qui, après avoir été perçues et transformées par les centres nerveux, sont renvoyées vers les régions d'où elles sont parties, provoquant des contractions dans les organes du bassin et notamment dans les glandes séminales dont elles exagèrent et expulsent la sécrétion. Ces actions réflexes engendrent la spermatorrhée et, en se propageant dans les centres encéphaliques, facilitent l'apparition de la neurasthénie qui peut trouver son origine dans l'irritation périphérique ou dans l'épuisement général du système nerveux.

En observant avec soin la succession de tous ces phénomènes, on est tout disposé à croire que la spermatorrhée et la neurasthénie qui vient après elle dépendent plutôt de l'impressionnabilité maladive du système nerveux que de la congestion uréthrale attribuée trop gratuitement aux excès vénériens ou à l'onanisme.

Cette hypothèse de la prédisposition constitutionnelle est certainement admissible chez les enfants qui, avant que la sécrétion spermatique soit régulièrement établie, éprouvent à la suite de manœuvres génésiques trop précoces, des troubles neurasthéniques qui ne sont pas précédés par des pollutions. On trouve aussi cette hypothèse acceptable chez certaines femmes qu'une imagination exaltée ou des lectures frivoles entraînent vers des pensées ou des rêves erotiques. Ces personnes,, manifestement déséquilibrées, ont souvent des troubles nerveux qui rappellent ceux de l'hystérie ou de la neurasthénie avant qu'une sécrétion des organes génitaux vienne terminer cette scène de volupté. Et pour donner un complément à cette supposition ne puis-je pas ajouter que l'acte de la copulation se termine chez un certain nombre de névropathes par une véritable crise épileptiforme? S'il en est ainsi, pourquoi ne pas convenir que chez l'homme adolescent les désordres nerveux peuvent avoir dans ces prédispositions naturelles un germe, dans la complexion particulière du sujet une cause impulsive, dans les fureurs du tempérament au jour de la puberté une cause d'explosion, toutes choses, en un mot, qui préexistent aux excès de l'onanisme ou des plaisirs sexuels et presque toujours à l'apparition de la spermatorrhée.

Ainsi donc, tout en faisant une juste part à tous ces excès dans la provocation des pertes séminales et des accidents nerveux consécutifs, je suis obligé de reconnaître que ces excès ne produisent les désordres dont on les rend responsables que chez les personnes dont la constitution possède des prédispositions névropathiques indéniables.

C'est ce que m'ont appris les nombreux malades chez lesquels j'ai

l'hydrothérapie chez les malades atteints de neurasthénie et spermatorrhée. 215

pu constater l'association intime de la spermatorrhée et de la neurasthénie! J'aurais voulu donner à ce tableau pathologique des proportions plus restreintes ; malheureusement je n'ai pas su imiter la concision de ces remarquables écrivains qui ont la faculté de dire beaucoup de choses en peu de mots.

Il me reste, pour terminer cette étude^ à formuler les indications qui doivent servir de guide à l'application de l'hydrothérapie dans ces états morbides essentiellement complexes.

Kn étudiant chaque type de malade, je me suis préoccupé d'indiquer les procédés hydrothérapiques auxquels il faut donner la préférence et je me suis efforcé de démontrer que les applications locales, pour être vraiment salutaires, ont besoin du concours des applications générales. Quelques mots vont me suffire pour indiquer la forme qu'il faut donner à chacune d'elles et comment il convient de les adapter aux nombreuses manifestations morbides qu'engendre l'association de la spermatorrhée et de la neurasthénie.

Lorsque les pertes séminales sont dominées par une atonie de l'appareil génital, on peut essayer les applications excitantes locales et recourir au bain de siège à eau courante froide et de courte durée, à la douche périnéale, à la douche hémorroïdale et même à la douche ascendante. Ces procédés rendront de très grands services. Si les organes génitaux sont incommodés par des troubles sensitifs ou s'ils sont le siège d'engorgements de nature irritative, on peut substituer l'eau chaude à l'eau froide jusqu'à ce que la dérivation sanguine soit bien établie. Dans les cas où ces effets thérapeutiques paraissent peu accentués^ il faut aussitôt leur adjoindre l'usage d'une douche tonique généralisée. Cette douche ranimera les forces de l'organisme et réveillera l'activité de l'appareil génital.

Quand un malade atteint de spermatorrhée compliquée de neurasthénie manifeste une grande excitation du ^système nerveux, une acuité exagérée de la susceptibilité réflexe de la moelle, une appréciable perversion des sens spéciaux et de la sensibilité générale, un accroissement factice du pouvoir moteur se traduisant par des spasmes, de la raideur ou des contractures, etc., c'est aux applications réellement sédatives qu'il faut recourir. On pourra, selon les circonstances, utiliser les ablutions, les affusions, les frictions mouillées, les immersions plus ou moins prolongées dans les piscines, les bains, les demi-bains, les bains de siège, à la condition bien entendu, que l'eau employée dans toutes ces manipulations ne dépasse pas les limites de la zone neutre qui oscille entre le trente-troisième et le trente-sep-

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tième degré de la thermométrie centigrade. Mais je me hâte d'ajouter que je préfère à tous ces procédés la douche tempérée, paisiblement promenée sur toute l'étendue de la surface cutanée, localisée par instants sur les côtés de la colonne vertébrale et sur la région du bassin. Cette douche qu'on peut toujours administrer avec une grande précision m'a presque toujours paru très bienfaisante, même dans les cas les plus difficiles. On peut à la fin du traitement essayer de la refroidir quand le système nerveux a retrouvé son calme et quand la moelle épinière a perdu sa susceptibilité morbide.

Si, au contraire, il existe une véritable dépression du système nerveux et si le malade manifeste un grand affaissement intellectuel et moral, une absence évidente de sensibilité et de courage, de la tristesse et de la misanthropie, une parésie motrice liée à la dépression de tous les fonctionnements organiques, on doit mettre en œuvre les diverses applications reconstituantes de l'hydrothérapie et faire notamment un appel quotidien à la douche froide, qui, au début, doit être courte, légère et alimentée avec de l'eau dont la température n'a pas besoin, selon l'heureuse expression du professeur Raymond, de dépasser la température du milieu ambiant. Quelquefois ces malades, tout en étant fort affaiblis, ont conservé une impressionnabilité qu'il ne faut pas trop éprouver. On doit alors les soumettre pendant quelque temps à l'usage de ces douches mixtes à température variable qui permettent de les acclimater progressivement aux douches vraiment reconstituantes.

Telles sont les principales indications qu'il importe de suivre pour rendre l'hydrothérapie favorable aux malades qui sont victimes des méfaits que produit presque toujours l'association de la spermatorrhée et de la neurasthénie.

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