‹ La neurasthénieChapitre 92 sur 163 · EFFETS DES MALADIES NERVEUSES SUR L'APPAREIL GÉNITAL DE LA FEMME · texte numérisé non relu

EFFETS DES MALADIES NERVEUSES SUR L'APPAREIL GÉNITAL DE LA FEMME

Pendant longtemps la gynécologie a été considérée comme unespécialité exclusivement réservée aux accoucheurs et aux médecins. Aujourd'hui, les chirurgiens ont pénétré hardiment dans cet enclos pathologique ; et les succès qu'ils ont obtenus sur ce terrain incomplètement défriché avant eux leur a donné une imposante suprématie. On a comparé assez judicieusement leur interventionpresque toujours armée, à une sorte d'autopsie in anima vili capable d'éclairer la patho génie de ces affections et d'inspirer plus sûrement leur thérapeutique.

En affirmant cette vérité je paye une dette de reconnaissance aux habiles chirurgiens qui ont savamment fertilisé ce vaste champ d'expérience. Néanmoins, malgré les résultats heureux qui ont couronné souvent leurs difficiles tentatives, il me paraîl injuste de dépouiller le médecin de son ancienne omnipotence dans la pathologie utérine. C'est lui qui, à la faveur de ses études générales, est plus particulièrement préparé à établir le premier diagnostic du mal, à analyser les causes qui le produisent, à discerner, au milieu de ses manifestations souvent énigmatiques, le rôle qu'il convient d'attribuer aux influences héréditaires ou acquises, aux infections, aux intoxications, aux altérations spéciales du liquide sanguin, et enfin aux multiples désordres nerveux que, dans ces affections complexes, on voit surgir de toute part. Son intervention n'est pas moins utile, pour compléter l'œuvre thérapeutique commencée par une opération sanglante. Il me semble donc que dans les maladies de l'utérus et de ses annexes l'union intime de la médecine et de la chirurgie est rigoureusement nécessaire. Pour la consacrer dignement il faut délimiter, sans aucune prévention, la juste part qui doit appartenir à chacune de ces grandes spécialités de l'art de guérir. Leur action mutuelle a le don de jeter une vive clarté sur les relations qui existent entre la plupart des maladies utero ovariennes et un grand nombre d'affections nerveuses.

Les altérations organiques ou fonctionnelles du système nerveux déterminent souvent dans l'appareil génital de la femme de nombreux troubles morbides dont j'ai, à plusieurs reprises, signalé l'importance et le caractère. J'ai cité notamment ceux que peut déterminer la neurasthénie. Mais, en vertu d'une réciprocité qui n'est presque jamais en défaut, je dois reconnaître que ces mêmes troubles, jouant à leur tour le rôle de causes, sont susceptibles d'engendrer dans toutes les circonscriptions du système nerveux les désordres les plus variés. Pour les bien distinguer il faut savoir à quelle classe de nosologie neurologique ils appartiennent.

ACTION DES MALADIES DE i/uTÉRUS ET DE SES ANNEXES SUR LE SYSTÈME NERVEUX. 219

La première classe est celle des psychoses dans laquelle on voit apparaître des perturbations annonçant l'existence de graves défaillances corporelles et psychiques portant souvent l'empreinte de stigmates qui évoquent ceux de la dégénérescence.

La seconde classe est la plus encombrée; elle donne accès aux accidents nerveux les plus disparates, rebelles à toute association systématique et presque toujours obscurcis par une succession de phénomènes affectant dans leur extériorisation des changements aussi rapides qu'imprévus. Cette classe est* celle du nervosisme.

Dans la troisième classe viennent se ranger des désordres nerveux qui semblent être enchaînés par des liens d'une véritable parenté et qui ont une tendance à se mettre en vedette par des démonstrations bizarres, souvent perverses et presque toujours très éclatantes. Ils s'agglomèrent fréquemment et forment en se réunissant un bloc symptomalique qui, pour certains médecins, constitue la véritable hystérie, c'est à dire, celle dont l'origine utérine est rigoureusement démontrée. Ces esprits sévères, volontairement esclaves des préceptes de la déduction pure ne veulent pas, en effet, donner le nom d'hystérie à une névrose dont l'origine ne remontre pas à une perturbation quelconque de la matrice ou de ses annexes. Cette névrose est pour eux une hystérie de contrebande qui n'a avec la leur qu'un aspect similaire. Si vous ne voulez pas offenser leur croyance, n'appelez pas hystériques des hommes dont les troubles nerveux se trouvent associés à une ataxie particulière de l'imagination et de l'esprit. Ne donnez pas la môme qualification à ces femmes déséquilibrées que nos aïeux appelaient des gourgandines et chez lesquelles l'abus des plaisirs sexuels a amené des perversions sensitives que domine un profond dégoût pour tous les actes vénériens. Observez la même réserve pour ces jeunes filles parfois incorrectes dans leur conversation qui n'empruntent à la fameuse névrose que quelques-unes de ses bizarreries, des spasmes désordonnés, une sensation d'étouffement ou de boule pharyngienne, des pleurs ou des rires non motivés. Je reviendrai sur ce mode d'interprétation de l'hystérie qui mérite d'être plus équitablement analysée dans le fascicule spécial que je consacrerai à l'étûdé de cette maladie.

La quatrième classe présente un ensemble pathologique dans lequel figurent les symptômes fondamentaux de la maladie de Beard. Parfois ils sont associés à ceux des autres affections nerveuses que je viens d'indiquer, pouvant occuper tour à tour un rôle prédominant ou un rôle complètement effacé. Dans d'autres circonstances ces

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symptômes se présentent isolément et permettent d'affirmer l'existence de la neurasthénie. Mais cette neurasthénie qui succède aux désordres génitaux perd son caractère d'essentialité que j'ai souvent décrit et n'est plus qu'une névrose secondaire qui exige un traitement spécial.

Je ne dois m'occuper ici que de cette forme spéciale de la maladie de Beard. Elle commence par une irritation infectieuse ou toxique, dynamique ou traumatique développée dans les organes génitaux. Elle engendre presque toujours des désordres qui restent parfois localisés dans les régions inférieures de l'abdomen, mais qui souvent se répandent dans tous les districts de la circulation et de l'innervation. Ils forment alors un ensemble pathologique si confus dans son expression que le médecin le plus avisé ne peut pas aisément les diagnostiquer d'une façon précise. Les personnes avides de connaître la nature de leur mal, finissent par apprendre qu'elles sont atteintes d'une affection qui, suivant le médecin, porte le nom d'uricémie, de phosphaturie, de diabète, de dyspepsie, d'hypocondrie, de mélancolie, d'épilepsie, de goutte, de rhumatisme, d'une insuffisance hépatique ou rénale, d'une artério-sclérose et même d'une lésion organique le plus souvent développée dans le bassin. Ce luxe d'étiquettes pathologiques me semble tout à fait inutile à employer pour une malade qui, en définitive, est le plus souvent atteinte d'une affection utéro-ovarienne qui a provoqué une neurasthénie cérébro-spinale ou ganglionnaire, escortée, bien entendu, de tous les désordres morbides qu'elle entraîne après elle.

C'est de cette neurasthénie génitale féminine dont je dois dans ce chapitre esquisser l'évolution et les principaux traits.

Elle a, comme je l'ai laissé entrevoir, son point de départ dans une irritation de nature infectieuse ou toxique, dynamique ou traumatique manifestement fixée dans les organes génitaux. Cette irritatation peut être transportée par la voie sanguine ou par la voie nerveuse dans tous les organes et atteindre par conséquent les centres nerveux dont elle modifie le fonctionnement et même la structure. Lorsqu'elle est introduite dans ces centres nerveux par les nerfs sensilifs, elle provoque une série d'actions réflexes qui se répandent dans tous les organes placés sur son parcours, trouble l'harmonie des facultés psychiques, porte une sérieuse atteinte à la sensibilité et à la tonalité des tissus et finit par engendrer ces accidents nerveux qui constituent la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe ayant son point de départ dans les organes sexuels.

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